On me demanda une médaille en or. Grande. Importante. Conforme au dessin des services de l'entreprise, 6 centimètres de diamètre. 5 millimètres d’épaisseur.
Et quatre jours pour la livrer.
Faire sculpter une matrice en acier ? Impossible. Graver un coin de frappe** ? Hors délai. Modeler en plâtre puis réduire ? En cire directement ? peur d'être imprécis. Trop long.
Il fallait trouver autre chose.
La plus grande usine de ce groupe italien se trouve à Villers-Écalles, en Normandie, où se trouve la production la plus importante de Nutella au monde.
L’idée
je me suis souvenu d’un procédé vu chez un imprimeur : la photogravure chimique.
Non pas pour une plaque décorative, mais pour creuser profondément — jusqu’à obtenir un véritable relief.
Le dessin à l’échelle définitive m'avait été fourni par la maison.
Aucune demi-teinte. Du tranché. du franc.
Je demandai à l’imprimeur : « Ronger le plus profond possible. »
La chimie comme sculpteur.
Plaque épaisse. Vernis photosensible. Insolation UV. Révélation.
Puis bain de perchlorure de fer.
Là où le métal était mis à nu, l’acide attaquait. Longtemps. Non pas quelques centièmes de millimètre,
mais plusieurs millimètres.
Plus l’attaque durait, plus les reliefs émergeaient. Les flancs devenaient légèrement inclinés .l’acide travaille aussi latéralement . Mais cette pente donnait presque un modelé naturel.
En quelques heures, la chimie avait remplacé le burin.
De la plaque à l’or
La plaque gravée devint matrice. Donc, le train pour Paris après avoir prévenu mon fondeur de mon arrivée...
Le tirage en or sortit plein, dense, lourd en main : 6 cm de diamètre, 5 mm d’épaisseur.
Une médaille qui avait une présence réelle, presque architecturale.
Le relief était net, graphique, sans hésitation.
Le 18 avril 1985 – Vélizy
Lorsque je la vis passer autour du cou de son destinataire par le futur PDG français, je mesurai le chemin parcouru en quatre jours.
De la table à dessin au bain d’acide, du moule à l’or fondu, puis à la cérémonie.
La médaille était née d’un détour technique, d’un souvenir d’atelier, d’une urgence transformée en solution.
Ce que cette médaille m’a appris
Un atelier vit de traditions. Mais il survit par l’invention quand il faut livrer à temps.
Connaître les procédés de l’imprimerie, comprendre la chimie des métaux, oser détourner un outil de sa fonction première,
Voilà ce qui permet parfois de tenir un délai impossible.
Ce jour-là, ce n’est pas le burin qui a travaillé.
C’est l’acide.
Making a 103-Gram Gold Medal in Four Days
A Workshop Memory – Vélizy, April 18, 1985
I was asked to produce a gold medal.
Large. Substantial. Official.
6 cm in diameter. 5 mm thick. 103 grams of gold.
And only four days to deliver it.
Having a die engraved? Impossible within that timeframe.
Sculpting a plaster model and reducing it mechanically? Too long.
Striking it traditionally? Out of the question.
I had to find another way.
The Idea
I remembered a process I had once seen in industrial printing:
photo-engraving with acid.
Not for a thin decorative plate,
but for deep etching — deep enough to create true relief.
I drew the design at full scale.
Black for the recesses. White for the raised parts.
No half-tones. Only sharp, decisive contrast.
When I brought the artwork to the printer, I gave a simple instruction:
“Etch it. As deep as possible.”
Chemistry as a Sculptor
A thick brass plate was prepared:
-
coated with photo-sensitive resist
-
exposed under UV light
-
developed to reveal the bare metal
Then it was immersed in ferric chloride.
Where the metal was exposed, the acid attacked — slowly but relentlessly.
This was no shallow decorative etch of a few tenths of a millimeter.
We aimed for several millimeters of depth.
As the bath continued, the relief gradually emerged.
The walls were slightly tapered — acid always undercuts —
but that natural slope gave the design a subtle modeling effect.
In a matter of hours, chemistry had replaced the burin.
From Brass Plate to Gold Medal
The deeply etched plate became my master model.
Silicone impression.
Wax reproduction.
Lost-wax casting in gold.
The final piece was solid, heavy in the hand:
6 cm across, 5 mm thick, 103 grams of gold.
The relief was crisp and graphic, almost architectural.
Industrial precision serving an object of honor.
April 18, 1985 – Vélizy
When I saw the medal placed around its recipient’s neck,
I reflected on the journey it had made in just four days.
From drawing board
to acid bath
to mold
to molten gold
to ceremony.
The medal had been born from a technical detour —
from a workshop memory revived under pressure.
What That Medal Taught Me
A workshop lives on tradition.
But it survives through invention.
Knowing the techniques of printers, electroplaters, founders —
understanding the chemistry of metals —
daring to repurpose an industrial process for jewelry —
that is what sometimes makes the impossible deadline possible.
That day, it was not the engraver’s burin that did the work.
It was the acid.
And four days were enough.







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