mercredi 5 août 2026

les Arpels Joailliers et Edouard Vuillard, le peintre.

Le lien entre Jacques Arpels et Édouard Vuillard, le peintre, c'est la femme de Jacques Arpels.
« Cet article, initialement publié il y a plusieurs années et retrouvé grâce aux archives du Web, a été revu, complété et actualisé à la lumière de nouvelles recherches. »


Autoportrait d'Édouard Villard


C'est en 1902 que Jos Hessel rencontre le peintre Vuillard. Vuillard est un artiste connu et établi, Hessel est un grand marchand, homme chaleureux et riche.
 

Jos et Luciy dans le petit salon rue de Rivoli.

Hessel  prend Vuillard sous sa coupe, le dégage des contingences commerciales et lui ouvre sa maison tous les soirs. La femme de Jos Hessel, Lucy Reiss de son nom de jeune fille, devient sa muse, puis sa maîtresse sans que cela semble gêner Jos Hessel puisque cela durera 38 ans.


Château acheté par Jos Hessel en 1925 près de Paris. En 1925, la famille Hessel acquiert le château des Clayes (Yvelines), où ils mènent une existence mondaine, y invitant leur ami Vuillard et des personnalités comme l'écrivain Tristan Bernard et l'homme politique Léon Blum.




La femme de Jos Hessel était l’un des modèles, sinon le modèle préféré de Vuillard. C’est Vallotton qui en 1900 avait présenté l’artiste au couple Hessel. Madame Hessel était la cousine des galeristes Gaston et Josse Bernheim, et pendant trente-huit ans Lucy Hessel va s’occuper du peintre à temps complet, elle s’occupait de tout, de sa carrière mais aussi de l’homme. En somme, muse, amie et amante.


Vuillard et Lucy Hessel

Le couple n'a pas d'enfant, et adoptera en 1935 Lucie Grandjean (1921-2004) dite « Lulu ». C'est elle qui devint madame Jacques Arpels.
Madame Grandjean, sa mère, était  femme de ménage des Hessel. Le père de Lucie Hessel avait été blessé pendant la Première Guerre mondiale et était devenu aveugle. Après la mort de ses parents en 1935, Lucie Grandjean est adoptée par Jos et Lucy Hessel .

 

Vuillard : Lucy dans sa chambre au château des Clayes

Lorsqu’il meurt en 1940 à l’âge de 71 ans, c’est encore son amie Lucy Hessel qui est assise à ses côtés, au Castel Marie-Louise, à La Baule. Jos Hessel et sa femme, face à l’avancée des Allemands, avaient quitté Paris avec Vuillard, catholique, mais d'ascendance israélite, pour se réfugier à la Baule.


Luciy Hessel et Lulu, future Mme Arpels, dans sa chambre rue de Naples.


Idem rue de Naples Lucy et Lulu, tableau, dit le Télégramme
Tableau revendu par Christie's


Elle se prénomme aussi Lucie et est surnommée Lulu, ne pas confondre avec Lucie Van Cleef, la sœur d'Alfred Van Cleef, et surtout pas avec Lulu Arpels, la fille de Louis Arpels, qui connut de très près Jean-Marie Le Pen.
Elle est née en 1921, elle épouse Jacques Arpels le 31/10/1940.
Vous remarquerez le témoin de la mariée sur cette annonce dans le "Figaro", Amateur de théâtre, Hessel est ami avec Tristan Bernard avec lequel il passe ses étés au Pouliguen (Loire-Atlantique).

 

De gauche à droite Tristan Bernard, Louise Hessel, Vuillard, et Lucy Hessel

 Le Figaro du 28/11/1941


J'ai voulu savoir s'il y avait des traces de cette villa "Sapho" à Cannes. 

La rue du Dragon a été changée de nom en 1975. Désormais rue du Médecin-lieutenant Bertrand Lepine, Cannes


Mais avec l'aide des services municipaux, j'ai pu retrouver ces photos et un plan. Le plan date de 1927 pour une modification du permis de construire. Elle se trouvait au milieu d'un ensemble de 3 maisons indépendantes construites par les architectes lyonnais Louis Rogniat et Gérard Weber, vers 1880. Jos Hessel a donc dû acheter la maison peu après, voici deux photographies de cette villa. Jacques Arpels et sa femme habitèrent la villa "Sapho" pendant la guerre jusqu'à leur départ de Cannes en 1944 pour se rendre à Saint-Paul-de-Vence puis en Suisse en 1944, 

Lucie Reiss/Hessel décédera le 24/11/1941 à Cannes.

Avant la guerre, Lucie, qui habitait avec Jacques Arpels à Neuilly, hérita du château que son père avait acquis en 1925 en région parisienne et Jacques devint châtelain, il paraît que les gens du patelin l’appelaient "le seigneur des Clayes".Les anciens de la profession auraient volontiers ajouté qu'il était déjà « le seigneur des claies » chez Van Cleef & Arpels.
                                                                               

Vuillard avait peint de nombreux tableaux dans ce château.
Malheureusement Lucie et Jacques Arpels s'étaient exilés pour fuir les nazis qui transformèrent le château en Kommandantur. Le château fut incendié, il ne reste que deux tours et les communs qui sont devenus la bibliothèque de la ville.

Lucie Arpels aura trois enfants, Philippe, Dominique et François, elle divorcera d'avec Jacques Arpels.
Elle se remariera avec M. Klene. Après la mort de Mr Kléné, Lucie Kléné fut victime d'un escroc qui abusa largement de la faiblesse de Lucie atteinte de la maladie d'Alzheimer.
Cet escroc utilisa les biens de Lucie, notamment des tableaux de Vuillard ou des bronzes de Rodin ou de Maillol qu'il avait revendus en les remplaçant par des copies.

Jos Hessel, grand expert, grand marchand.


Il y eut une suite : Le trésor caché de la muse de Vuillard et l'escroquerie.


François Schiffer  et Lucie Kléné (journal Le Monde)

Pour comprendre l'ampleur du vol, il faut remonter à la source de ce patrimoine. Lucie « Lulu » Hessel n'est pas n'importe qui : on l'a vu plus haut,  elle est la fille adoptive de Jos Hessel, l'un des plus grands marchands d'art de Paris, et de son épouse Lucy. Pendant 38 ans, Lucy Hessel a été la muse absolue, l'amante et l'amie intime du peintre nabi Édouard Vuillard.

À sa mort, le peintre laisse derrière lui un trésor : des dizaines de toiles intimistes capturant le quotidien de la famille, notamment dans leur château des Clayes. Ce patrimoine exceptionnel en peintures de Vuillard, mais aussi en bronzes de Rodin ou de Maillol, atterrit légitimement entre les mains de la jeune Lulu. 

Du faste de la place Vendôme à l'isolement

En octobre 1940, Lulu épouse Jacques Arpels,  puis divorce et se remarie avec Monsieur Kléné, la vie de Lucie bascule. Veuve et isolée, elle est diagnostiquée de la maladie d'Alzheimer. C'est à ce moment précis qu'entre en scène l'escroc de cette histoire : son dernier compagnon, François Schiffer. 13 ans plus jeune qu'elle.

Il va profiter du déclin cognitif de Lulu Hessel, sa méthode parait simple, il subtilise les vraies toiles de Vuillard accrochées aux murs. 
Afin que Lulu ne s'aperçoive de rien dans ses rares moments de lucidité, et pour tromper le personnel de maison, il fait réaliser de vulgaires copies qu'il réinstalle aux mêmes emplacements.
Il va revendre les tableaux originaux et les sculptures de Rodin sur le marché international.  

Ce sont les enfants de Lucie, Dominique et Philippe Arpels, qui vont découvrir l'escroquerie. En voyant leur mère s'enfoncer dans la maladie et son mobilier de valeur disparaître au profit d'un testament rédigé en faveur de cet amant opportuniste, ils lancent une procédure judiciaire.

La justice finira par trancher en faveur des héritiers Arpels en prononçant la révocation des testaments frauduleux et en condamnant les agissements de l'escroc pour abus de faiblesse. Heureusement, certaines pièces maîtresses ont pu être sauvées du désastre : en 2016, le musée d'Orsay a par exemple récupéré par legs l'œuvre exceptionnelle de Vuillard, Le Déjeuner en famille (dit Le Déjeuner Hessel), initialement préservée par Lucie Kléné. 


« Cette affaire fut évoquée plusieurs années plus tard dans l'émission Héritages*, à laquelle j'ai été invité à apporter mon témoignage sur le contexte historique et joaillier. »*


Un document, des photos, un témoignage: richard.jeanjacques@gmail.cpom




vendredi 17 juillet 2026

André Vassort (1911-2002) : Le grand fabricant de la place Vendôme resté dans l'ombre

                                 Sur ordinateur, cliquez sur toutes les photos pour les agrandir

C'est la photographie que je préfère de la Couronne de la Shabannou, débarrassée du chapeau interne.


Pendant longtemps, André Émile Vassort est demeuré un nom presque inconnu, même des amateurs de haute joaillerie. Son poinçon est pourtant associé à certaines des plus prestigieuses réalisations du XXᵉ siècle, mais son parcours, ses origines, sa formation et l'histoire de son atelier n'avaient, jusqu'à présent, jamais fait l'objet d'une étude approfondie.
Fruit de plusieurs mois de recherches, de témoignages inédits, de documents d'archives et d'échanges avec sa famille, cette étude se propose de retracer, avec la plus grande précision possible, la vie et l'œuvre d'un homme qui fut l'un des grands fabricants de la place Vendôme. Elle s'attache à distinguer les faits établis des traditions orales et à rendre à André Émile Vassort et à son atelier la place qui leur revient dans l'histoire de la haute joaillerie française.

Si je m'en tiens à l'acte de naissance, André Émile est né le 23 octobre 1911 à Croissy-sur-Seine près de Versailles dans le département de Seine-et-Oise (actuellement les Yvelines).
Son père Henri Emile Vassort, 35 ans, était boulanger rue des Ponts, sa mère Marie Angele André avait 30 ans. Son grand-père Louis Émile Vassort était présent.

Plus précisément, son père Henri Émile Vassort, 35 ans, né en Beauce à Saint-Escobille (ancien département de Seine-et-Oise, actuellement Essonne), était hôtelier-restaurateur-boulanger rue des
Ponts, sa mère Marie-Angèle André avait 30 ans, fille d’horticulteur à Bayeux – Calvados.

1929 (18 ans) Il est stagiaire chez son oncle qui possédait un théâtre sur les Grands Boulevards.
« les Folies Dramatiques »
1930 (19 ans) l'école des Arts et Métiers, mais pour des raisons de santé André Vassort était contraint
de choisir une profession sédentaire, posture assise, mobilité réduite ; il choisit la profession de joaillier et entra comme apprenti chez Lenfant Joaillier.
En 1934, il obtint son CAP de joaillier, il fit toute sa formation chez Lenfant pour terminer
Chef d'atelier.

Sachant cela, on ne peut plus s'étonner de la qualité des chaînes, des systèmes et autres.

Son mariage est indiqué en 1937.



André Vassort a épousé le 27/02/1937, Madeleine Geneviève Boudal, secrétaire, alors qu'il était domicilié au 17 rue du Maréchal Foch au Vésinet : André avait 26 ans.

De l'atelier à la Couronne impériale d'Iran.

Lorsque l'on évoque la haute joaillerie française, les mêmes noms reviennent toujours : Van Cleef & Arpels, Cartier, Boucheron, Chaumet… Les vitrines sont célèbres, les bijoux admirés dans le monde entier. Pourtant, derrière chacune de ces maisons travaillaient des ateliers dont le grand public ignore souvent jusqu'au nom.

C'est justement l'histoire de l'un d'eux que je vous propose de découvrir aujourd'hui.

3 âges de la vie : André au ski avec sa femme qui travailla dans l'entreprise, et leur fils Patrick qui, avec sa sœur Catherine, succédera à André.

Le 9 avril 1943, en pleine Occupation, un jeune joaillier fait enregistrer son poinçon de maître. 

À cette époque, rien ne laisse imaginer que cet artisan deviendra, quelques années plus tard, l'un des plus importants fabricants de bijoux de la place Vendôme.

Son nom : André Vassort.

Le poinçon conservé au ministère de la Culture n'est pas net, on devine le A. le V.


L'administration note :
Nom : Vassort, Prénom : André, Producteur, Inventaire. Initiales : A.V. Localisation : 34
rue Sainte-Anne.
Profession : bijoutier/joaillier Lieu d'activités : 34 rue Sainte-Anne, Paris (75) Symbole
un chevreau
Date d'insculpation vendredi 9 avril 1943 Numéro du registre de la garantie : 1632 Numéro
du registre de la préfecture 21246


Attention, le dessin du symbole signalé dans le dictionnaire Verlet, et reproduit par d'autres n'est pas bon. 


Car sur son poinçon, le chevreau est debout.

Fort de son poinçon insculpé le 9 avril 1943, il s'inscrit au registre des métiers le 10 avril 1943.

Trois ans plus tard, en 1946, André Vassort et son épouse Madeleine Boudal créent officiellement leur société. Au fil des années, leur atelier connaît un développement remarquable. Installés rue Sainte-Anne, à deux pas du Palais-Royal, les Ateliers Vassort réuniront bientôt plus de deux cents professionnels : joailliers, sertisseurs, dessinateurs, fondeurs, polisseurs, lapidaires et horlogers. Un véritable concentré des savoir-faire de la haute joaillerie française.

Il s'avère très difficile sans archives de dater les bijoux qu'il a fabriqués, j'essaierai d'être le plus précis possible.
Mais ce qui interpelle, c'est l'extraordinaire variété de modèles de qualité, du plus simple au plus riche, exécutés par les ateliers d'André Vassort 


1945 Cartier (par André Vassort), bracelet articulé de maillons asymétriques en or, chacun agrémenté d’une ligne de quatre saphirs calibrés, vers 1945, 10,4 x 1,9 cm, poids brut 112,5 g.

Il faut bien comprendre ce qu'était un atelier comme celui-ci.

Contrairement à une idée largement répandue, les grandes maisons de la place Vendôme et rues adjacentes, ne fabriquaient pas toujours elles-mêmes les bijoux qu'elles présentaient dans leurs salons. Elles imaginaient les collections, les dessinaient parfois, puis confiaient leur réalisation aux meilleurs ateliers de la place de Paris. André Vassort faisait partie de ce cercle très fermé auquel faisaient confiance les plus grandes signatures.

Ses ateliers réalisèrent ainsi des créations pour Van Cleef & Arpels, Cartier, Chaumet, Boucheron, Harry Winston, Tiffany, Gérard, Mauboussin, Dior, Hermès et bien d'autres encore.

À cette époque, le client ne connaissait presque jamais le nom du fabricant. Il admirait la signature de la maison. Pourtant, derrière chaque bijou exceptionnel se cachait le travail patient d'hommes et de femmes dont la maîtrise technique permettait de transformer un dessin en œuvre d'art.


1950-60 Revendu par la maison Aguttes
Clip "fleur" Boucheron. Améthystes et topazes gravées, émeraudes et diamants, or 18 k (750).
Signé et poinçon de maître André Vassort. Poids : 30,1 g – Haut. : 4,5 cm

Pendant plus d'un demi-siècle, les Ateliers André Vassort allaient travailler dans une discrétion presque absolue. C'était la règle de la profession. Les maisons de la place Vendôme mettaient naturellement en avant leur nom, tandis que les fabricants restaient dans l'ombre. Pourtant, dans le métier, chacun savait parfaitement à qui il avait affaire.

Il ne suffit pas d'être un excellent joaillier pour diriger un grand atelier. Encore faut-il réunir les meilleurs compagnons, les fidéliser et créer une véritable équipe. C'est précisément ce qu'André Vassort allait réussir.


Hôtel Laporte de Serincourt. 34, rue Saint-Anne, 1ᵉʳ arrondissement, Paris.

Les Ateliers Vassort, ce furent plus de deux cents professionnels, dont une centaine située au siège de la société dans l’hôtel de La Comtesse du Barry, au 34 de la rue Sainte-Anne, en face de l’hôtel de Lully, dans le quartier du Palais-Royal à Paris. L’hôtel particulier regroupait les ateliers de fabrication, de fonderie, de sertissage, de polissage, d’horlogerie, de lapidaire.


Mon ami allemand Stefan Stern a constitué une très importante collection de dessins de bijoux. Je vous encourage à visiter cette collection et en particulier ceux d'André Vassort: 






En 1955, André Vassort donne une nouvelle dimension à son entreprise en créant la société André Vassort S.A., installée au 34, rue Sainte-Anne, à Paris. Consacrée à la bijouterie, à la joaillerie et à l'orfèvrerie, cette nouvelle structure accompagne le développement de son atelier, dont le savoir-faire est désormais recherché par les plus grandes maisons de la place Vendôme.

BOUCHERON Paris vers 1955 Bague cocktail de forme tank en or jaune 18 carats (750 ‰) et platine (950 ‰), le plateau serti de rubis synthétiques en rosace, l'épaulement de l'anneau ajouré de festons. Signée Boucheron Paris, et le poinçon d'orfèvre d'André Vassort. Taille de doigt : 55 Poids brut : 14,6 g... revendue par la maison Pestel Debord



De design abstrait, circonférence intérieure d'environ 150 mm, signé Cartier. fabrication Vassort

Idem



1955 BOUCHERON CLIP « FLEUR » Or 18 k (750) et saphirs Signée et numérotée Poinçon de maître André Vassort. Haut. : 4,5 cm - Pb. : 26,3 g

Au fil des années, les ateliers s'agrandirent rue Sainte-Anne, dans cet hôtel particulier. Plus d'une centaine étaient réunis sur place : joailliers, sertisseurs, dessinateurs, polisseurs, fondeurs, horlogers et lapidaires. Chacun avait une spécialité, mais tous poursuivaient le même objectif : atteindre une qualité irréprochable.


Circa 1950. Créé par le maître joaillier français André Vassort, ce collier a été réalisé à la main en or jaune 18 carats massif, avec un dégradé d'éléments en plume texturés et articulés. Il est muni d'un fermoir discret à poussoir et d'une charnière pour une sécurité accrue. Poids total : 87,9 g. Longueur : 38,7 cm. Il porte les poinçons français : trois fois, avec la tête d'aigle française comme garantie de l'or 18 carats, le cartouche du maître joaillier, la mention « av » pour André Vassort, le numéro de série unique et la signature « Cartier Paris 2316 ». Il est accompagné de son écrin d'origine. revendu par la maison: https://bid.winbidsauctions.com/


Détail du motif central de ce collier

Lorsque l'on évoque aujourd'hui la haute joaillerie, on pense immédiatement aux créateurs. On oublie souvent que, sans ces ateliers, les dessins seraient restés de simples feuilles de papier. Un dessin peut être magnifique ; encore faut-il trouver les artisans capables de lui donner vie.

Patrick Vassort résume parfaitement cet esprit lorsqu'il écrit :

« Les gens extraordinaires donnaient à voir ce que nous ne verrons sans doute plus jamais : le sur mesure, l'original, l'exclusif, l'unique. »

Cette phrase, à elle seule, résume ce qu'étaient les Ateliers Vassort.

Il y a une chose que le grand public ignore souvent.

Lorsqu'une grande maison présentait un bijou exceptionnel, elle s'appuyait sur une chaîne de métiers où chacun jouait un rôle essentiel. Le créateur imaginait, le dessinateur mettait l'idée sur le papier, les lapidaires choisissaient les pierres, les joailliers construisaient le volume, les sertisseurs donnaient vie à l'ensemble et les polisseurs apportaient la touche finale.

Chez André Vassort, cette organisation avait atteint un niveau d'excellence qui expliquait la confiance que lui accordaient les plus grandes maisons de la place Vendôme. Ce n'était pas l'œuvre d'un seul homme, mais celle d'une équipe où chaque artisan maîtrisait parfaitement son métier.

Je connais bien cette manière de travailler. Dans mon propre atelier, lorsqu'un jeune dessinateur ou un apprenti commençait à prendre son autonomie, venait toujours le moment où il fallait lui faire confiance. On lui confiait un dessin, puis un bijou. On le laissait avancer, tout en passant régulièrement voir où il en était. Non pour le surveiller, mais parce qu'un simple conseil donné au bon moment évite parfois des heures de travail perdues. C'est ainsi que le métier se transmettait.

Je suis persuadé qu'il en allait de même dans les grands ateliers. On n'y fabriquait pas seulement des bijoux ; on y formait des artisans qui, à leur tour, transmettraient ce savoir-faire.


ANDRE VASSORT
Bague en platine composée d'anneaux enlacés sertis de diamants de taille brillant. Poinçon de maître. Vers 1960 Tour de doigt : 52 Pb : 16,5 g   Revendu par Maison Aguttes                                                                                    

À partir de 1964, la maison s'internationalise, notamment grâce au développement du réseau aérien.
Cette bague pour montrer toute la diversité des productions d'André Vassort: Cette bague composée de corail sculpté, ornée d'onyx et de diamants ronds. Diamants d'un poids total d'environ 1,00 carat or jaune 18 carats Marque de fabricant pour André Vassort Poids total : 16,28 grammes. Revendue par Sotheby's




BOUCHERON par la Maison VASSORT Collier en or jaune 18 carats (750 millièmes) et platine (950 millièmes) formé de feuilles stylisées en chute, chacune sertie de trois diamants taillés en brillant, orné au centre d’un motif de demi-lune également serti de diamants taillés en brillant. Signé et numéroté. Travail de la Maison Vassort, vers 1960. Longueur : 39,5 cm ; poids brut : 93,9 g .

Van Cleef et Arpels par André Vassort


1960 env. Boucles d'oreilles de Van Cleef & Arpels or jaune fabrication Vassort.


BOUCHERON Paris, années 1960 Paire de boucles d'oreilles en fils d'or jaune torsadés 750 ‰ à décor de trois anneaux doubles entrelacés, agrémentées, en pendants amovibles, de pompons à maille colonne. Signée « BOUCHERON PARIS» et numérotée « 36.350 ». Travail français, poinçon losangique de l'atelier André VASSORT. Dimensions totales : 5,1 x 2,3 cm. P. Brut : 24,3 g. . Avec écrin de la Maison en suédine grise. Travaillant pour les maisons les plus prestigieuses de la Place Vendôme (Mauboussin, Van Cleef & Arpels, Boucheron, O.J. Perrin), l’Atelier d’André VASSORT est incontournable.
Texte de la Maison Gros et Delettrez qui les a revendues


Bague en or jaune, ornée de diamants taillés en brillant blancs et de diamants jonquille, au centre une perle de culture des mers du Sud « gold ». Poinçon de maître : André Vassort. Tour de doigt : 51. P. Brut : 15,8 g. Revendue par maison Gros et Delettrez


1960 lot 105 : VAN CLEEF & ARPELS Bague "citrine" et or torsadé 18 k (750). Signée et numérotée.
Poinçon de maître André Vassort – 15 gr

C'est dans cet environnement d'exigence et de confiance qu'André Vassort allait être confronté à l'un des plus grands défis de sa carrière : la réalisation de la Couronne impériale destinée au couronnement de Farah Pahlavi, impératrice d'Iran.


La couronne originale, réalisée avec les pierres des Joyaux nationaux d'Iran, est demeurée en Iran. Les expositions organisées par Van Cleef & Arpels présentent une réplique réalisée en métaux précieux et ornée de pierres non précieuses. Cette réplique permet au public de découvrir l'esthétique de la couronne sans déplacer le joyau original, conservé avec les Joyaux nationaux d'Iran.

La couronne impériale d'Iran

Lorsque Mohammad Reza Pahlavi décide de faire couronner son épouse, Farah Pahlavi, le 26 octobre 1967, une couronne entièrement nouvelle doit être créée. Pour la première fois dans l'histoire moderne de l'Iran, une impératrice reçoit officiellement une couronne.

1966, au mois d'octobre, Pierre Arpels a reçu la visite officielle de M. l'ambassadeur d'Iran en France et du gouverneur de la banque centrale d'Iran qui lui demandèrent de présenter plusieurs projets. 
Une trentaine de dessins furent envoyés à Téhéran. Peu de temps après, il apprend que trois dessins sont retenus, dont deux de la maison.

Les pierres précieuses destinées à sa réalisation proviennent exclusivement des Joyaux nationaux d'Iran, conservés dans les coffres de la Banque centrale. Ces joyaux constituent une partie des réserves de l'État iranien et ne peuvent, à ce titre, quitter le territoire. Van Cleef & Arpels installe donc un atelier à Téhéran afin de concevoir la couronne au plus près de ce trésor exceptionnel.

Les pierres sont soigneusement sélectionnées puis retaillées lorsque cela s'avère nécessaire par la maison Grospiron afin de répondre aux exigences du dessin. La réalisation de la couronne proprement dite, fabrication de l'armature en or, ajustage, sertissage des pierres, assemblage et polissage, est confiée à l'atelier d'André Émile Vassort, qui travaille alors pour Van Cleef & Arpels.


Voici la couronne fabriquée par les ateliers Vassort, non sertie, non polie.

Cette distinction est essentielle : si la beauté des gemmes attire naturellement le regard, c'est le travail du fabricant qui leur donne vie. Sans la précision de l'armature, la qualité des sertis et la perfection de l'assemblage, les pierres les plus prestigieuses ne seraient qu'une collection de gemmes. C'est le savoir-faire de l'atelier Vassort qui les transforme en une véritable couronne impériale.

Dans les souvenirs confiés par Patrick Vassort à l'auteur, celui-ci évoque les nombreux voyages de son père en Iran, les essais réalisés avec plusieurs couronnes et Pourquoi existe-t-il plusieurs couronnes ?



Photo de dos André Vassort les dessins sur la table sont de Jacques Courtois dessinateur chez André Vassort

Afin de préparer cette commande exceptionnelle, plusieurs maquettes complètes de la couronne furent réalisées. Les pierres des Joyaux nationaux d'Iran, conservées à la Banque centrale, ne pouvant quitter le pays, les ateliers de Claude Grospiron dans le Jura  taillèrent des pierres synthétiques reproduisant fidèlement les dimensions des gemmes originales. Ces modèles permirent à l'atelier André Vassort de mettre au point l'architecture de la couronne, les sertissages et les ajustages avant les opérations finales effectuées en Iran avec les pierres authentiques. Cette méthode fut également utilisée pour la réalisation des parures – colliers et motifs d'oreilles – destinées aux sœurs du Shah Mohammad Reza Pahlavi.

Claude Grospiron m'a permis de livrer une confidence qu'il m'a faite:

"J'ai eu l'honneur de tailler dans nos ateliers du Jura (le siège de la maison se trouve rue Drouot à Paris) ces mêmes pierres en synthétique afin de les sertir ensuite. Il faut savoir que même le jour du couronnement les vraies pierres sont restées au coffre. Cette même couronne a été exposée au musée de la Marine dernièrement. Le sultan du Qatar l'ayant achetée lors de la liquidation de la maison Vassort.


Quand on pense que cette réplique est en or et argent avec des pierres de synthèse.

Selon le témoignage de Patrick Vassort, deux de ces maquettes furent conservées après l'achèvement de la commande : l'une par Van Cleef & Arpels pour ses archives, l'autre par les Ateliers André Vassort afin de pouvoir, si nécessaire, procéder à une réparation de la couronne originale. Les répliques aujourd'hui présentées lors de certaines expositions de Van Cleef & Arpels témoignent ainsi de ce remarquable travail préparatoire.

La couronne de Farah Pahlavi demeure aujourd'hui l'un des chefs-d'œuvre de la haute joaillerie du XXᵉ siècle. Derrière le nom prestigieux de Van Cleef & Arpels se trouvent également ces ateliers de l'ombre, dont celui d'André Émile Vassort, dont le talent et la maîtrise technique ont largement contribué à la naissance de cette œuvre exceptionnelle.

Selon Patrick Vassort que je remercie grandement pour les corrections apportées à ma connaissance du sujet :

La fabrication de la couronne de Farah Diba Pahlavi et de tous les colliers pour les sœurs du Shah Reza Pahlavi et les nombreuses démarches de Pierre et Jacques Arpels de 1965 à 1967 pour occulter l’atelier André Vassort furent certainement excessives, donc insignifiantes. C’est pourquoi des liens se sont créés entre la Shabanou et André Vassort, qui reçut de nombreux présents à l’aune de ses nombreux séjours à Téhéran et Ispahan, et une prise de conscience qu’André Vassort résuma si bien pour situer son entreprise: « Nos réalisations sont partout, notre nom est nulle part! » Seul son poinçon de maître ne fut pas éradiqué.
C’est sans doute également ce qui motiva André Vassort pour participer si généreusement et efficacement à l’aventure de Louis Gérard Azoulay qui débuta en 1968.

C'est pourquoi mon second chapitre traitera, entre autres clients, de la maison M. Gérard, qui n'est autre que Louis Gérard Azoulay.

Je remercie par avance toutes les personnes ayant connu André Vassort, travaillé dans son atelier ou conservé des documents, photographies ou souvenirs susceptibles d'enrichir cette recherche. Elles peuvent le contacter à : richard.jeanjacques@gmail.com

Vous venez de lire la première partie de mon  article sur la maison Vassort, je prépare la suite qui va réserver des surprises.


les Arpels Joailliers et Edouard Vuillard, le peintre.

Le lien entre Jacques Arpels et Édouard Vuillard, le peintre, c'est la femme de Jacques Arpels. « Cet article, initialement publié il y ...