dimanche 27 septembre 2026

Charles Broudarge, joaillier… mais aussi commanditaire, et en 49 ans de vie, quel parcours !


Les bijoux que nous retrouvons aujourd'hui permettent de mieux comprendre son activité. 
Plusieurs pièces portant son nom ont été réalisées par des ateliers spécialisés.
C'est notamment le cas de cette extraordinaire pendulette Art déco . Ce type de joyau  permet de nuancer une question importante.

Permettez-moi d'abord de vous raconter son histoire, les bijoux viendront plus tard.

Broudarge ne semble pas avoir été un fabricant travaillant lui-même à l'établi. 
Il apparaît plutôt comme un joaillier, négociant, expert et détaillant, capable de faire réaliser certaines pièces par les meilleurs ateliers parisiens.
Les documents de vente permettent notamment de retrouver des collaborations avec des maisons et ateliers comme Strauss, Allard & Meyer et Verger.



Broudarge organise cette belle manifestation en 1930.


Revue Azur (collection personnelle) de 1931 et 1933

Les adresses de Broudarge méritent cependant quelques précautions.
Les revues Azur que je conserve indiquent encore Broudarge comme joaillier en boutique au faubourg Montmartre en 1931 et même dans l'édition de 1933. Or, j'ai retrouvé une photographie datée de 1933 montrant la maison au 2, rue de la Paix.

Il faut donc probablement tenir compte du décalage possible entre la date de publication d'une revue professionnelle et la date à laquelle les renseignements ont été recueillis. La photographie apporte en tout cas un élément particulièrement précieux : en 1933, Broudarge est bien présent au 2, rue de la Paix.





Broudarge au 2, rue de la Paix à Paris, en 1933.
Cette photographie permet de situer concrètement la maison quelques années avant sa participation à l'Exposition internationale de 1937.

Une hypothèse personnelle.

Je me suis également posé une question en regardant ces différentes adresses. Comment Broudarge a-t-il pu financer son ascension rapide, En 49 ans, il passe de Varsovie, où il est né, à la France, du faubourg Montmartre à la rue de la Paix, puis meurt à New York ?

Je n'ai pas, à ce jour, de document permettant de répondre avec certitude. Mais mon expérience du métier m'amène à envisager une piste : le négoce de l'or, des pierres et des bijoux pouvait constituer une activité particulièrement rentable lorsqu'elle était menée à une certaine échelle.

Les adresses retrouvées pourraient peut-être correspondre à des activités complémentaires : une maison au faubourg Montmartre pour les achats, ventes et expertises, une autre implantation boulevard Poissonnière, puis, parallèlement, une montée en gamme jusqu'à la rue de la Paix.

Ce n'est pour l'instant qu'une hypothèse. Mais elle permettrait de comprendre comment un commerçant pouvait progressivement accumuler les capitaux nécessaires pour entrer dans le monde de la haute joaillerie.

 
Le joaillier de la rue de la Paix En 1937, Broudarge participe à l'Exposition internationale de Paris.


Il figure officiellement parmi les exposants de la classe consacrée à la « Bijouterie, joaillerie, horlogerie fine », aux côtés des grandes maisons parisiennes.

La presse de l'époque décrit sa vitrine au pavillon de la joaillerie.

 

On y trouve notamment un diadème transformable, des clips en platine et diamants, un important saphir de Birmanie, des diamants et des rubis, ainsi que des pierres spectaculaires.
La publicité de la maison insiste alors sur sa réputation : « La maison la mieux réputée de tout Paris pour les belles occasions en bijoux ».

Broudarge propose à la fois des pièces importantes et des bijoux plus accessibles.
Nous sommes loin du petit commerce du faubourg Montmartre des années précédentes.
 
Une famille qui nous permet de suivre sa trace.
Les archives familiales permettent également de mieux comprendre l'homme derrière le commerçant.

Son épouse est Marie Moskovitz.
  

En 1935, leur fils Robert Broudarge célèbre sa bar-mitsva à Paris.

Nous retrouvons ensuite leurs enfants dans les archives américaines.
 

Simone Broudarge, née vers 1920 à Paris, apparaît avec ses parents Charles et Marie et son frère Robert dans les documents familiaux.

En 1938, à l'âge de 18 ans, elle arrive à New York à bord du Champlain.







Elle se mariera ensuite dans le New Jersey en 1942, avec Leon Racine.

 



Et surtout, Simone apparaît également dans les documents relatifs à son père.

Cette découverte est importante : elle établit un lien documentaire direct entre la famille parisienne et la présence américaine. Charles Broudarge était déjà aux États-Unis en 1938.

C'est probablement l'un des éléments les plus intéressants de toute cette enquête.
Nous avions d'abord pu penser que Charles avait quitté la France pour les États-Unis en 1941.

Ce n'est manifestement pas aussi simple.
Une publication professionnelle américaine de 1938 signale en effet :
Charles Broudarge, jeweler, Paris, France, alors en voyage aux États-Unis.
Il est notamment mentionné lors de son passage à Los Angeles, où il rencontre son ami J. P. Spitzel, président de la Gemological Society of Los Angeles.
Charles possède donc déjà des relations professionnelles américaines avant la guerre. Et sa fille Simone est déjà arrivée à New York.
L'époque : la maison Broudarge a connu son apogée dans les années 1920 et 1930. Charles Broudarge était une figure respectée du milieu des pierres précieuses, voyageant notamment aux États-Unis à la fin des années 1930 en tant que membre du conseil d'administration du Club des Diamantaires de France.

1941 : un projet d'installation définitive ?

En janvier 1941, un document du Congrès américain apporte une nouvelle pièce au puzzle.

Le député Charles A. Buckley dépose :

 



H.R. 1130 — « A bill to record the lawful admission to the United States for permanent residence of Charles Broudarge. »

Il ne s'agit pas d'une naturalisation, mais d'une démarche concernant l'enregistrement de son admission légale à la résidence permanente.
Pourquoi cette démarche ? Nous ne pouvons pas encore l'affirmer.

Le contexte européen de l'époque, la situation des Juifs en France et la guerre constituent évidemment un contexte historique majeur. Mais il serait imprudent d'affirmer que nous connaissons aujourd'hui la raison précise de son départ définitif.

Les dossiers américains d'immigration permettront peut-être un jour de répondre à cette question.
Marie puis Charles : une disparition brutale

Le destin de la famille devient ensuite tragique.
 

Marie Broudarge meurt à Manhattan le 5 août 1941, à l'âge de 40 ans. Son acte de décès indique qu'elle est l'épouse de Charles Broudarge.

Sa fille Lucille Broudarge fournit les renseignements nécessaires à l'établissement du certificat et donne alors comme adresse : 745 Fifth Avenue, New York.
Marie est enterrée au cimetière Mount Hebron, dans le même secteur que celui où reposera quelques mois plus tard son mari.

Puis vient le tour de Charles.

 

Le certificat de décès indique : Charles Broudarge,né à Varsovie, Pologne, profession : joaillier.
décédé le 10 décembre 1941 à New York, à l'âge de 49 ans.

Ainsi se termine, à seulement 49 ans, la vie de cet homme qui était passé de Varsovie au faubourg Montmartre, puis de Montmartre à la rue de la Paix, avant de disparaître à New York.
Mais où sont passés les bijoux de Broudarge ?

C'est maintenant une autre histoire qui commence.

À ce jour, mes recherches m'ont permis de retrouver onze bijoux ou objets portant la signature Broudarge, auxquels s'ajoutent les documents et catalogues permettant d'en identifier d'autres.

Parmi eux figurent notamment des clips Art déco, des étuis, des objets précieux et cette remarquable pendulette réalisée par Strauss, Allard & Meyer pour Broudarge.



Bracelet articulé en platine à décor ajouré géométrique serti de diamants demi-taille, brillant et baguette, et rehaussé de trois diamants plus importants. Vers 1930  Signé Broudarge à Paris Long : env. 18,5 cm
Pb: 79 gr Revendu par la Maison Aguttes



BROUDARGE Paris vers 1930 Poudrier rectangulaire en métal argenté godronné et guilloché orné de saphirs synthétiques calibrés et de deux diamants taillés en rose. Signé Broudarge Paris et poinçon d'orfèvre Jacques Loys. Dim. : 8 x 5,5 cm… Revendu par Pestel de Bord
 



Rolex Montre-bracelet chronographe monopoussoir, en or, avec cadran argenté bicolore, référence 2303, vendue par Broudarge Paris. Rare et remarquable.


Véritable morceau d'histoire, la référence 2303 fut lancée dans les années 1920 et présentée comme « le plus petit chronographe du monde ». Disponible en acier inoxydable, en or jaune 14 et 18 carats, elle était dotée d'une des complications les plus séduisantes et sophistiquées : le chronographe à un seul poussoir. Un exploit d'autant plus remarquable compte tenu des dimensions extrêmement réduites de la montre. Le principe est simple : ce mécanisme monopoussoir commande toutes les fonctions par un unique bouton, situé soit sur le bracelet, soit sur la couronne (comme sur le modèle présenté), remplaçant ainsi les deux poussoirs classiques à 2 et 4 heures. Le modèle présenté ici offre un état de conservation exceptionnel, avec un boîtier en or jaune présentant une oxydation prononcée sur la lunette. Le cadran argenté bicolore, typique des chronographes de l'époque, arbore des chiffres arabes noirs imprimés, un tachymètre extérieur et des aiguilles feuilles en acier bleui. À 6 heures, légèrement en dessous du centre, figure la signature du détaillant français Broudarge Paris. Dans les années 1920, la boutique était située au 131 boulevard Sébastopol et chacun pouvait s'y procurer une montre pour seulement 15 francs ! Une montre de haute qualité pouvait coûter 18 francs, et les femmes n'étaient pas en reste, puisque Broudarge était également réputée pour ses bijoux charmants et précieux.


Parti du 131 boulevard Sébastopol, regardez l'évolution de la maison. Le 2 rue de la Paix, son affaire est désormais installée dans le cœur du quartier joaillier.


BROUDARGE – PARIS. Petite minaudière rectangulaire en argent 800 et or 750 millièmes, guillochée sur toutes ses faces et contenant un miroir. Le plateau principal est orné d'un motif géométrique à boutons-poussoirs, ponctué de rubis calibrés et de roses couronnées. (Rayures, usure). Époque Art déco. Poids brut : 121,40 g. Dimensions : 7,8 × 5,3 × 0,90 cm. Revendue par Colin du Bocage.

Ce n'est pas une minaudière puisque ce n'est pas une fabrication Van Cleef & Arpels. NDLR


Superbe expression de bracelet des années '40 en or jaune avec cabochon rubis birmans et brillants. Travail de valeur et de grande harmonie, réalisé par le grand maître-bijoutier français Broudarge. signée Broudarge Paris
Revendu par Luca Mantovano en Italie,  mais non réalisée par Broudarge


Paire de broches à double clip, Broudarge, vers 1930
Chaque plaque en forme d'éventail, ornée de détails géométriques et sertie de diamants taille brillant, ronds et baguette, est signée Broudarge et porte les poinçons français pour le platine. Sotheby's indique Installé au 2 rue de la Paix à Paris, Broudarge était un joaillier jouissant d'une certaine réputation dans les années 1920 et 1930. Pour ses bijoux Art déco, il faisait appel à des ateliers renommés tels que Strauss, Allard & Meyer ou Verger Frères."





L'horloge de bureau ci-dessous nous indique, même si elle est oubliée, l'importance de la Maison en 1930.


Horloge de bureau Art Déco Strauss Allard & Meyer (Place Vendôme, Paris) pour Broudarge à Paris
Une pendule Art déco de huit jours en or 18 carats, émail, diamants, améthystes, onyx noir, nacre et nacre d'ormeau, d'une finesse et d'une beauté exceptionnelles, réalisée d'après un dessin de Verger, dans un coffret d'origine en cuir noir à portes à charnières.
Le boîtier, de forme rectangulaire, est orné de galons en or et d'émail bleu. Il repose sur quatre pieds en or, eux-mêmes recouverts d'émail bleu et turquoise et sertis de diamants taille rose. Le tout est présenté sur un socle en onyx noir et améthyste à degrés, aux angles également en onyx noir. La pendule est surmontée d'un fleuron octogonal allongé en améthyste, reposant sur un socle en onyx noir. Le cadran, dont les faces avant et arrière sont en or, est orné d'émail bleu et turquoise et serti de diamants taille rose.


Les portes-fenêtres d'entrée sont à ressort et s'ouvrent par simple pression d'un bouton serti de diamants taille rose. Elles représentent un paysage chinois stylisé, avec deux personnages chinois traversant une rivière. Elles sont incrustées d'ormeau et de nacre aux nuances variées. Un caractère chinois, probablement « shou », signifiant longévité, est apposé dans l'angle supérieur droit, serti de diamants taille rose sur argent.
Lorsque les portes s'ouvrent, le cadran et les deux panneaux latéraux forment un triptyque. À l'intérieur, une scène similaire à celle de la façade se retrouve : des caractères chinois traversent un pont, des bateaux se dressent en arrière-plan, avec des arbres et des montagnes. Un autre caractère chinois appliqué, probablement « shou », signifiant longévité, figure sur le panneau inférieur gauche, ainsi que des chiffres arabes sertis de diamants.
Le mouvement est à remontage et mise à l'heure par clé, avec un porte-clé situé derrière la porte d'accès arrière. Mouvement rectangulaire en laiton doré, avec barillet, échappement à ancre en ligne droite, balancier bimétallique et spiral Breguet. Le boîtier et les portes portent la marque du fabricant Strauss Allard & Meyer ainsi que des poinçons de garantie français . La pendule est signée « Broudarge Paris » au-dessus du cadran, sur le bord du cadre , et « France » sur le bord de la porte, vers 1925.
Socle : 71 x 52 mm. Partie supérieure : 55,5 x 42 x 28 mm. Hauteur totale (de la base au fleuron) : 99,50 mm. Coffret signé Broudarge Joaillerie Paris, n° 71.600.



Trousse de toilette en vermeil, signée Broudarge.
Couvercle côtelé et texturé orné d'un camée corail et d'un serti de diamants sur le bouton-poussoir en saphir. S'ouvre sur un miroir, trois compartiments et un briquet. Dimensions : 16,1 x 10,0 x 2,0 cm.
Signée Broudarge, Paris. Revendue par Christie's qui malheureusement ne publie pas d'anciens bijoux de Broudarge revendus par la maison.


Broudarge Paris, pendentif Art déco en or blanc 18 carats, diamants et rubis. Une pièce incontournable pour tout collectionneur. Poids : 17,9 grammes. Hauteur : 4,4 cm. Longueur : 2,5 cm. Largeur : 9,5 mm. Diamants : 0,75 carat. Rubis : 0,90 carat. Un bijou intemporel. revendu par Lot Art


BROUDARGE, 2 rue de la Paix à Paris. PARURE en or jaune 750 mil. émaillé polychrome, perles baroques, pierres de couleurs et petits diamants, comprenant une BROCHE figurant un jeune serviteur en turban portant une coupe fleurie et une paire de BOUCLES d'OREILLE aux vases fleuris. Poids brut 18,4 g Les boucles d'oreilles dans leur écrin. 

Mais onze pièces ne peuvent évidemment pas représenter toute l'activité d'une maison qui était suffisamment importante pour exposer en 1937 aux côtés des grandes maisons parisiennes.
Les anciens catalogues de ventes aux enchères ne sont pas tous accessibles en ligne.
Il est donc très probable que d'autres pièces existent encore.
Une enquête qui reste ouverte

Nous connaissons désormais beaucoup mieux l'homme Charles Broudarge.
Mais plusieurs questions demeurent.

Comment a-t-il financé son ascension rapide entre le faubourg Montmartre et la rue de la Paix ?



Peut-être avec ses activités au début de sa carrière, mais il eut aussi une affaire au 131 boulevard Sébastopol (d'où venait la Rolex)

Un joaillier oublié

Ce qui me surprend le plus dans cette recherche n'est peut-être pas seulement l'ascension de Charles Broudarge, mais l'oubli presque complet dans lequel il est tombé.

Les marchands, les catalogues de ventes et les historiens du métier semblent aujourd'hui avoir très peu conservé la mémoire de cette maison. Pourtant, à la veille de la guerre, Broudarge avait atteint une position qui le plaçait manifestement au niveau de nombreux joailliers installés dans le quartier de la rue de la Paix.

Il avait quitté le faubourg Montmartre, s'était installé rue de la Paix, travaillait avec des ateliers réputés, vendait des bijoux importants et exposait en 1937 aux côtés des grandes maisons parisiennes.

Comment une maison qui avait connu une telle ascension a-t-elle pu presque disparaître de l'histoire de la joaillerie ?

C'est peut-être finalement l'une des questions les plus intéressantes de cette enquête.



Quelles étaient exactement ses relations avec les ateliers qui fabriquaient pour lui ?
Combien de bijoux portant sa signature ont-ils réellement été produits ?
Pourquoi et dans quelles circonstances son installation américaine est-elle devenue définitive ?
Que sont devenus ses archives, ses livres de comptes, ses correspondances et ses dessins ?

Et surtout :
Combien de bijoux Broudarge dorment encore dans des collections privées ?
C'est pourquoi cette recherche ne peut probablement pas se terminer dans les archives.
Un lecteur possède peut-être une broche, un clip, une boîte, une pendulette ou un autre objet portant la signature BROUDARGE.

Un collectionneur possède peut-être une pièce dont l'histoire est encore inconnue.
Une famille conserve peut-être des papiers provenant de la maison.

Et les archives anciennes des grandes maisons de ventes pourraient peut-être faire réapparaître des pièces aujourd'hui oubliées.
Si vous possédez un bijou signé Broudarge, une photographie, un catalogue ancien ou tout document concernant Charles Broudarge et sa maison, je serais très heureux de pouvoir compléter cette enquête.


mardi 22 septembre 2026

Louis Rigollet (1884-1957) : Le génie mécanique de l'ombre derrière les chefs-d'œuvre de la place Vendôme

L’histoire de la haute joaillerie française souffre trop souvent d’une amnésie sélective, savamment entretenue par le marketing contemporain des grandes maisons. Le récit officiel préfère prôner le génie exclusif des directeurs artistiques et des vitrines de la place Vendôme, oubliant que sans le génie mécanique des fabricants, aucun dessin, aucune innovation n'aurait pu voir le jour.
À ce titre, je regrette de ne pouvoir trouver les modèles fabriqués par Rigollet pour les grandes maisons.

 


Louis Rigollet est l'exemple le plus emblématique de ces "mains"  restées dans l'ombre. Longtemps confondu dans les catalogues de ventes avec un simple acronyme ou un jargon technique d'animation en raison du mystérieux système d'articulation « RIG » qui lui était attribué, cet homme était en réalité un ingénieur du bijou hors norme. Le dépouillement minutieux de la collection des annuaires professionnels L'Azur, des registres de la Garantie, des documents généalogiques et des bases de données internationales des brevets d'invention tel espace.net permet enfin de reconstituer la trajectoire de son atelier de la rue Saint-Sauveur.

Les origines, l'atavisme familial et l'indépendance (1884-1927)

Pour comprendre le génie de Louis Rigollet, il faut s'éloigner des salons feutrés et du marbre de la place Vendôme, et plonger dans la réalité laborieuse des ateliers. Louis Rigollet n'est pas devenu joaillier par hasard ; il est l'héritier direct d'une véritable dynastie vouée au façonnage de la matière et des structures.

 

Les racines de la famille plongent dans le sol de la Touraine. Son grand-père, Louis Rigollet, marié à Eugénie Cormier, y exerce le rude métier de tailleur de pierres. Dans la région de Tours, cette profession s'articule traditionnellement autour du tuffeau et de la pierre monumentale, (carriere de Veretz par ex) exigeant un sens aigu des volumes, de la géométrie et de l'assemblage architectural. Cet esprit de construction glisse naturellement vers la finesse des métaux précieux à la génération suivante : son père, Louis Martin Rigollet (né en 1860) et marié à Laure Eugénie Chinon, fait évoluer le savoir-faire familial en s'établissant comme bijoutier à Tours. 


C’est devant cette échoppe provinciale, au milieu des marteaux, creusets et des chalumeaux, que le jeune Louis Camille Georges Rigollet naît le 11 août 1884.


Pour être honnête, c'est cette photographie ancienne qui m'a été confiée, et je lui ai mis un coup de jeune.


D'après son dossier militaire, il mesurait 1 mètre 66, il avait les cheveux noirs, les yeux bruns, le visage ovale.
Il s'était engagé "volontaire" pour 3 ans le 28/10/1903, il était soldat de 2ᵉ classe et eut son certificat de bonne conduite.
Le 27/02/1905, il est à Londres, Eastbourne, pour un an.
En 1906, j'habite à Tours, 17 rue du Change, en 1907/02/17, 9 rue Saint-Romain à Paris. 
En 1909/08/14, il habite 7 rue Rousselet, Paris . 
1919, il loge route de Carrières à Versailles et ce n'est que le 2 mars 1927 qu'il est enfin rue Saint-Sauveur à Paris.

Bercé par cet atavisme, le jeune homme parfait son apprentissage et s'ancre très tôt dans sa vie d'adulte en épousant, en 1906, "il a 22 ans", Cécile Couturier (1883-1942). C’est fort de ce bagage familial et de cette stabilité personnelle qu'il monte à Paris. En 1915, au plus fort de la Première Guerre mondiale, la vie du couple s'ancre définitivement dans le 2ᵉ arrondissement de la capitale avec la naissance de leur fille unique, Hilda Cécile Rigollet (1915-1996).

Il devint ouvrier, puis chef d'atelier, puis Louis Rigollet décida de voler de ses propres ailes. Le 23 mai 1924, il franchit l'étape la plus symbolique pour un bon artisan : l'insculpation de son poinçon de maître personnel (numéro de garantie 4127). 


Nom
Rigollet
Prénom : Louis. Initiales . Localisation : 4 bis rue Saint-Sauveur.
Profession : Fabricant bijoutier joailler
Lieu d'activités 4bis rue Saint-Sauveur, Paris (75)
Symbole (pour les orfèvres) une flèche.
Date d'insculpation (pour les orfèvres) : 23/05/1924.
Numéro du registre de la garantie (pour les orfèvres) : 4127.
Numéro du registre de la préfecture (pour les orfèvres) : 17373


Son poinçon, porte ses initiales « L » et « R » séparées par une flèche verticale. Le succès technique et commercial l'amène, le 21 septembre 1927, à fonder la S.A.R.L. « Établissements Louis RIGOLLET » au capital de 350 000 francs, installant son atelier au 4 bis, rue Saint-Sauveur, dans le quartier de Bonne Nouvelle (Paris 2ᵉ).


Dès 1924, Louis dépose un brevet pour un dispositif protecteur de la pointe des broches utilisées dans les articles de joaillerie et de bijouterie.



1927 les établissements Rigollet




BOUCHERON Paris: Face à main en platine (950 ‰), les lorgnons de forme carrée à pans coupés, le manche ciselé serti de diamants taillés en rose. Signé et numéroté. Poinçon d’orfèvre Louis Rigollet. Vers 1925. Poids brut : 24,1 g… Revendu par la maison Pestel de Bord, une loupe platine et diamants était jointe. 


Modèle de face à main revendu par la maison Aguttes. Il était pliable, verre dépoli, émeraude, diamants, platine, or gris signé Lacloche, mais fabrication Rigollet. Il s'en fit tout en diamants.

Louis Rigollet semble raffoler des faces-à-main. Un précieux modèle pavé de diamants exécuté pour Lacloche Frères s’en fait le témoin. Un chroniqueur du Grand Négoce confirme : « M. Rigollet a raison de croire aux gestes effrontés du face-à-main : il est très féminin. » L’année suivante, en 1928, le même rédacteur remarque chez Louis Rigollet une parure en brillants et platine poli aux arêtes vives pour laquelle l’artisan joaillier a inventé un système d’articulation qu’il a baptisé « RIG». Le poinçon qui se lit sur le spectaculaire bracelet manchette dans l'introduction semble être  le sien. Tiré du livre de Laurence Mouillefarine sur Lacloche





Lunettes d’approche ou de théâtre réalisées pour BOUCHERON en 1925 par Rigollet. Calibrés rubis, émeraudes, deux rangées de diamants taille rose, 1 ct 80 de diamants montés sur platine, signée Boucheron. La lunette se replie en deux pour se ranger dans la partie fourreau en onyx.


Le véritable système d’articulation « RIG » (1924-1928)

L'année 1925 voit la consécration internationale de son premier coup de génie mécanique, déposé en France le 8 mai 1924 (puis décliné sous les brevets GB233717A et US1777679A) en collaboration avec S. Zoppini. Mais c'est en 1928 que le nom de cette invention entre officiellement dans l'histoire de la joaillerie, au croisement de nos propres travaux de recherche indépendants.


Dépôt de son brevet en Allemagne en 1925 mais reconnu en 1928

Dès début 2016, j'avais sur ce blog réalisé le tout premier travail d'archive déconstruisant le storytelling de la maison Lacloche Frères. Francis Lacloche, alors au ministère de la Culture, me confirma certains faits de la vie de son père. Ces recherches pionnières, qui ont inspiré et nourri les publications ultérieures (notamment l'ouvrage de Laurence Mouillefarine sorti en 2019 chez un grand éditeur), trouvent aujourd'hui leur prolongement technique. Interrogé par mes soins, Francis Lacloche m'a transmis une chronique d'époque exhumée dans ledit ouvrage, où un rédacteur de 1928 remarque chez Louis Rigollet une parure révolutionnaire en brillants et platine poli aux arêtes vives. Le journaliste note alors avec admiration que pour cette création, « l’artisan joaillier a inventé un système d’articulation, qu’il a baptisé RIG ».
 


Cette mention historique concorde de manière spectaculaire avec mes propres découvertes: c’est précisément en septembre 1928 (dans le numéro 31 de la revue allemande Deutsche Goldschmiede-Zeitung, issue de la collection de la bibliothèque Johann Hasse) que l'Office allemand des brevets publie l'extension internationale de son invention (DE465150C) sous la désignation de Gelenkverbindung (connexion articulée).

 

Le problème technique résolu par Rigollet était majeur : lorsque les bracelets en platine de l'Art Déco s'enroulaient autour du poignet, les maillons rigides s'écartaient, laissant apparaître des espaces vides inesthétiques qui rompaient le pavage de pierres. L'invention de Rigollet déplace l'axe de rotation au ras de la face supérieure décorative du bijou. Le résultat est une articulation invisible où les maillons coulissent les uns sous les autres sans jamais laisser voir le moindre espace vide. 
Adopté immédiatement par les grands donneurs d'ordres comme Lacloche Frères, pour qui Rigollet façonne également de somptueux faces-à-main pavés de diamants, ce mécanisme d'une souplesse de tissu prend ainsi officiellement le nom de sa griffe commerciale : le système d'articulation RIG. Il l'a déposé plus tôt en France mais n'a été admis qu'en 1930 aux USA

1927: Louis Rigollet est membre actif de la Chambre syndicale de la bijouterie, de la joaillerie et des industries qui s'y rattachent, qui s'inquiète de l importation des perles de culture japonaises.

En sa séance du 20 mars dernier, à laquelle assistaient: MM. Fouquet-Lapar, Saglier, Hardellet, Giard (au Bureau) et MM. Arvisenet.
Hagneaux, Mellerio, Aucoc, Auricoste, Blanchet, Brézina, Carette, Chapus, Coussin, Delâtre, Delettrez, Desmarès,Duval, Garnier, Landier, Lenfant, Loiseau, Maes, Marnotte, Nicolle, Rigollet, Thibouville,Verger, Weissmann, et après avoir adopté le procès-verbal de la précédente séance, lecture fut faite d'une lettre adressée par M. Fouquet-Lapar à M. le directeur général des Douanes, faisant suite aux différentes décisions concernant les régimes de la soumission cautionnée et de la consignation pour l'importation temporaire des pierres gemmes taillées et des perles fines. 
Il fut donné connaissance ensuite de la lettre adressée au président de la Chambre syndicale par M. le ministre du Commerce et que nous publions ci-dessous dans son intégralité :
Monsieur le Président,
Dans les importants arrêts qu'elle a rendus le 28 juillet 1927, la Cour d'appel de Paris, se prononçant sur les procès qui lui étaient soumis à l'occasion de l'importation et de la vente en France de perles de culture, a décidé que ces perles ne sauraient être vendues pour des perles naturelles.  




 Ce superbe clip a été revendu par la maison Aguttes. Paris.
Onyx et pavage de diamants ronds taille ancienne Or 18 k (750) Poinçon de maître Louis Rigollet, 
Écrin en forme Dim. : 4 x 3 cm env. – Pb. : 15.1 g


Pour une fois l'écrin est important, la maison Aguttes avait noté sur son catalogue "Poinçon de maître Louis Rigollet années 1920", C'est bon!  Mais il y a, en lettres d'or sur l'écrin, "Ets" pour "Établissements", donc nous pouvons préciser que c'est à partir de 1927.

Dans les années 1930, les Établissements Louis Rigollet s'affirment comme « Fabricant Joaillier Décorateur » dans l'annuaire L'Azur. L'atelier ne se contente plus d'exécuter, il conçoit la nouveauté en Belle Joaillerie. C'est cette réputation de prototypiste de génie qui pousse la maison Van Cleef & Arpels à lui confier la réalisation de ses projets les plus complexes.

Brevet pour une : agrafe à élément digitiforme servant à retenir sur un vêtement, une coiffure ou autre, un insigne, une montre ou tous les motifs décoratifs.


Bracelet rubis et diamants 
Composé d'une série de motifs géométriques, orné de rubis taille carrée, sertis de diamants taille ancienne, 8/8 et carrée, longueur 170 mm, poinçons français pour le platine (850°/00), poinçon de maître, poids brut 73,24 g, vers 1930. 




Diamants ronds, anciens, taille simple et baguette, platine (marks français), années 1930, pendentif amovible, marque de fabricant (Louis Rigollet)
Diamants : pour un poids total approximatif de 30,00 à 33,00 carats.
Taille/Dimensions : pendentif de 9,7 cm de haut ; chaîne de cou d’une longueur réglable d’environ 60,0 cm. Poids brut : 81,0 grammes (lot Art)



Bague marguerite en platine 850 millièmes présentant un diamant taille brillant moderne d'environ 1 ct dans un entourage de dix diamants taille carré. Numérotée 553. M. O. : Louis RIGOLLET. Dim. du diamant principal : 6,5 - 6,6 x 3,8 mm Poids total estimé des diamants : 1,80 ct Doigt : 54,5 - Poids brut : 6,3 g... revendu par la maison Le Floch



Ce bracelet de perles de rocaille et de corail à dix rangs signé Louis Rigollet est doté d'un fermoir tube de style plongeur 18 carats rarement vu, avec la marque de Louis Rigollet, 
Ce bracelet mesure 6,5 cm de long et comprend dix (10) rangs de rocailles et de coraux, un classique des bijoux de cette époque. Les perles ont un bel éclat, bien assorties et de forme baroque, présentées dans un ensemble unifié et uniforme. Lorsque le bracelet est porté avec une légère torsion, l'effet est comme une corde, une sensation agréable contre le poignet.
Le fermoir très intelligent est facile à mettre et à enlever tout en étant très sûr sur le poignet. Sur le côté du fermoir se trouve un petit bouton qui permet de fixer et de libérer le fermoir.
Le fermoir porte un poinçon de l'aigle français et la marque de la flèche LR (déposée au nom de Louis Rigollet) et est en très bon état général. Parfait pour ajouter une touche de raffinement à la française à votre look, ce bracelet est un incontournable pour celles qui apprécient les bijoux intemporels et exquis.
 


Le 22 février 1937, Louis Rigollet dépose un brevet capital (GB491074A) intitulé « Une méthode améliorée pour sertir les pierres précieuses ». Si Van Cleef & Arpels a breveté le principe général du Serti Mystérieux en 1933, la technique originale consistant à glisser des pierres rainurées sur des rails métalliques en T, reste artisanale, fragile et complexe à ajuster.

 91 074. Bijouterie. RIGOLLET , L. 22 févr. 1937, n° 5273. [Classe 43] Un dispositif de sertissage de pierres précieuses ou de bijoux comprend une coupelle munie d’une languette rigide sur une face et d’une languette souple sur l’autre. La languette rigide s’engage dans un logement de la pierre, tandis que la languette souple s’insère dans un autre logement de la pierre. Comme illustré, le dispositif comprend une coupelle métallique 2 munie, sur l’un de ses bords supérieurs, d’une languette ou saillie 3 destinée à s’engager dans un logement ou une encoche 4 de la pierre 1. À la périphérie opposée à la languette 3, un interstice est ménagé dans la coupelle. Cet interstice est comblé par une fine bande métallique 51 dont la partie inférieure 5, jusqu’aux trous 7, est soudée aux bords de l’interstice. La partie supérieure de la bande, formant une languette souple 6, est munie d’un ergot 8 destiné à s’insérer dans un logement ou une encoche 9 de la pierre. La coupelle peut être brasée ou soudée au support de la pierre, ou bien être munie à sa base d'un col, d'une bride, d'un collier ou de griffes conçus pour passer dans un trou du support et être fixés par rivetage ou brasage. Voir le brevet n° 454 821.

Rigollet apporte une réponse mécanique révolutionnaire : le sertissage individuel à encliquetage (dit snap-fit). Il conçoit une petite coupelle métallique invisible dotée d'un côté d'une languette rigide fixe, et de l'autre d'une fine bande de métal flexible munie d'un ergot. Lors de l'assemblage, la pierre rainurée vient se clipser instantanément et définitivement dans la coupelle souple. Ce système élimine le risque de casse des gemmes, assure un maintien parfait et supprime toute griffe visible sur le dessus du bijou. Cette innovation est le chaînon manquant qui a fiabilisé et pérennisé les plus grandes pièces de collection en serti invisible de la place Vendôme, à commencer par ses fameux clips de corsage.

 

 Photo du clip Ballerine de Van Cleef & Arpels en or et rubis et diamants fabriquée par Rigollet

L’alliance de guerre, la puissance financière et la retraite (1941-1957)


L'histoire officielle a longtemps situé l'évolution d'après-guerre de l'atelier aux alentours de 1950. Les registres officiels de la Garantie rectifient cette chronologie. C'est en pleine période d'Occupation, le vendredi 2 mai 1941 (registre 1505/préfecture 21110), que naît la raison sociale « Rigollet et Ulmer » et son poinçon de maître associé, le trigramme « LRU ».


L'ancien et le nouveau poinçon 

L'associé n'est autre que la maison « ULMER & C¹ᵉ », installée au 10, rue Vivienne, grand spécialiste de la bijouterie mécanique pour hommes (boutons de manchettes et chaînes d'or). Cette fusion entre le joaillier d'élite (Rigollet) et le chaîniste de précision (Ulmer) permet à l'atelier du 4 bis, rue Saint-Sauveur de devenir une puissance industrielle majeure après la Libération.

 
                                           

Le bracelet "BRAID" avait été créé en 1947, et en 1954 est sortie cette montre-bracelet  pour Van Cleef et Arpels.
L'étude Rossini a revendu cette montre accompagnée d'une bague.

VAN CLEEF & ARPELS (Commande spéciale) Ensemble comprenant une montre-bracelet de dame en or jaune 18K (750) articulée et un anneau tressé en or jaune 18K (750) assorti. - la bague : signée Van Cleef & Arpels et numérotée. Poinçon tête d'aigle. Tour de doigt : 50 - Poids brut : 9 g. - la montre : poinçon de maître de Louis Rigollet. Poinçons tête d'aigle et tête de rhinocéros. Cadran doré signé Van Cleef & Arpels  Mouvement mécanique. Le fond du boîtier signé Van Cleef & Arpels et numéroté. Longueur : 18,2 cm. - Diamètre : 1,1 cm. - Poids brut : 48,52 g.

Dans les années 1940 et 1950, l'atelier donne vie aux bijoux transformables en or jaune torsadé, aux bracelets mailles d'une souplesse textile (développés d'après son brevet de cordon métallique souple à ressorts du 25 juin 1931, FR706560A) et aux fameuses montres-bracelets en tresses d'or. La réussite est totale : l'édition de 1950 de l'annuaire L'Azur indique que le capital de la société LOUIS RIGOLLET ET ULMER a explosé pour atteindre le montant spectaculaire de 1 287 000 francs.

 

LOUIS RIGOLLET Broche-clip en platine et en or gris 18 K (750) dessinant une gerbe sertie de diamants ronds de taille brillant et de diamants calibrés, ornée de deux pâtes de verre incolores plus importantes, l'une ronde, l'autre taillée en goutte. Non signé, poinçon de maître. Travail français des années 1940. Hauteur : 4,5 cm environ. Poids brut : 19 g Une pince à diamant française de 1940  revendue par maître Ader.


Une broche en or français de dix-huit carats, Louis Rigollet avec rubis, diamants et émail.








Toutes les grandes épopées artisanales ont un dénouement. Le 9 décembre 1955, alors qu'il prépare sa retraite à l'âge de 71 ans, Louis Rigollet cède son droit au bail concernant la porte-cochère historique et le sous-sol de fabrication du 4 bis, rue Saint-Sauveur à la société Presse et Propagande pour la somme de 900 000 francs. Cet acte juridique marque la fermeture définitive de ce haut lieu de la création parisienne. Le poinçon LRU est biffé des registres, les outillages sont dispersés. Louis Rigollet s'éteint deux ans plus tard, en 1957, laissant un patrimoine matériel immense mais anonyme.



travaillé sous la direction du célèbre Jacques Lacloche, et porte sa marque. Lacloche a réalisé de nombreuses œuvres de la série « Portrait de femme ». Curieusement, cette pièce ne figure pas au catalogue de Lacloche. Il est probable qu'il s'agisse d'une idée originale de Rigollet, mais que Lacloche ne l'ait pas adoptée et n'y ait pas apposé sa marque (signature). On suppose donc que Rigollet l'a vendue sous son propre nom (ou sans signature). Par conséquent, cette pièce n'est pas une œuvre de Lacloche produite en série, mais bien une pièce rare et unique. Son charmant décor, représentant une promenade par temps de pluie, possède une dimension narrative qui ne manquera pas de séduire les collectionneurs.
Revendue par "AntiqueGallery Soleil"


Quelques mots sur la maison René ULMER, après le décès de Rigollet, mes parents travaillaient avec cette maison et à mes débuts, vers 1974, j'ai travaillé aussi avec eux, un grand technicien dans ses chaînes, bracelets et colliers. Il était né en 1896 à Mulhouse, il s'était inscrit au registre des métiers en 1936, il fut radié en 1941, parce qu'il s'associa à Louis Rigollet. 


Il reprit un poinçon dont le symbole était une hélice d'avion et les lettres R.U. Ce poinçon fut biffé le 24 mars 1964 ayant créé une société Ulmer et Cie, et le même symbole mais les lettres U. Cie ;


 Je n'ai pu trouver de pièces représentatives sur le net,  de cette "maille Ulmer" qui se faisait dans toutes les couleurs, très belle, très souple. C'était léger et un certain volume avec les côtés du bracelet qui avaient un peu de hauteur.


Pourtant, pour l’historien du bijou, le collectionneur averti ou le confrère joaillier, la vérité historique ne se lit pas sur l'or imprimé des écrins de la place Vendôme. Elle se traque patiemment au revers des pièces, dans le secret du platine et de l'or, là où le petit losange gravé d'une flèche atteste, pour l'éternité, de la signature du véritable créateur.


Charles Broudarge, joaillier… mais aussi commanditaire, et en 49 ans de vie, quel parcours !

Les bijoux que nous retrouvons aujourd'hui permettent de mieux comprendre son activité.  Plusieurs pièces portant son nom ont été réalis...