jeudi 5 septembre 2019

Leon Rouvenat, puis Rouvenat-Lourdel, puis Rouvenat-Després, puis...

Ce n'est rien de moins qu' une belle histoire, et quand je vois l' importance de la production de cette maison, je me demande où sont passés les bijoux, car il en reste peu sur le marché.



Leon Rouvenat est né le 21 juillet 1809, l' acte de naissance est étonnant, on y découvre que c'est la sage femme (et non le père) qui fait la déclaration en Mairie, et que la sage femme déclare lui donner les prénoms de Pierre François Leon.
La sage femme déclare qu'il est né de Jean François Rouvenat et Suzanne Quétin. Seuls deux membres de la famille de Suzanne Quetin ont signé, ni le père, ni la mère.....
J ai trouvé sur d autres documents que le grand père et l' arriere grand père étaient Suisses, du canton de Fribourg.
Son père est déclaré "propriétaire" sans profession indiquée, le père et le grand père sont baptisés alors que Leon Rouvenat ne le sera pas et est déclaré sur son acte de mariage "Non catholique"
Pourquoi le père n'a pas signé??
Apres, rien, du moins je n'ai pas trouvé, a part une indication de début d'apprentissage en entreprise, chez Calmette qui fut un bon Joaillier.

A ce stade il nous faut faire connaissance de la jeunesse de Charles Christofle.

C'est également sous le règne de Louis Philippe que commence à attirer l'attention du public un nom qui devait venir justement célèbre plus tard, celui de Christofle.
Charles Christofle (1805-1863) appartenait à une riche famille lyonnaise, qui possédait une importante manufacture de soieries, et qui fut ruinée à la suite de l'invasion de 1814. Christofle, encore très jeune, dut interrompre les études qu'il faisait au collège Sainte-Barbe et apprendre un métier ; c'est ainsi qu'il entra dans la maison de bijouterie que Calmette, son beau-frère, avait fondée en 1812. Après y être resté comme apprenti pendant trois ans, et comme ouvrier pendant un an, il devint, dès 1825, l'associé de son beau-frère. En 1831, il dirigeait seul la maison, avec un succès qui lui valut la médaille d'or à l'Exposition de 1839.




Ainsi donc Leon Rouvenat entré  en 1827 comme jeune ouvrier chez Calmette, il va faire connaissance  de Charles Christofle.
Nous voyons sur l article ci-dessus que Leon Rouvenat va devenir l'associé de Charles, et Charles Christople parle de Rouvenat comme son neveu?

"Afin de se consacrer exclusivement à l'exploitation des procédés électro-chimiques, Christofle abandonna, en 1849, la direction de sa maison de joaillerie. Parmi ses apprentis bijoutiers, il avait depuis longtemps distingué un jeune homme nommé Léon Rouvenat, qui se faisait remarquer par son intelligence et son activité et qui, ouvrier en 1830, devint bientôt un des meilleurs commis de la maison.
C'était un auxiliaire habile et dévoué; c'est pourquoi Charles Christofle n'hésita pas à lui donner en mariage sa propre nièce, fille d'Isidore Christofle, fabricant de boutons. Ce neveu par alliance devint son associé, puis lui succéda en 1849. Léon Rouvenat (1809-1874) continua alors à diriger seul la maison " Revue de la BJO, mais n'allons pas trop vite!!

L’entreprise Christofle est fondée en 1830 par Charles Christofle. Issu d’une famille d’industriels parisiens spécialisés dans le travail du métal précieux, Charles Christofle est âgé de 15 ans lorsqu’il entre en apprentissage chez son beau-frère Hugues Calmette, un fabricant de « bijoux de province »  En 1830, il reprend à son compte l’affaire familiale et dépose en 1832  son poinçon de maître à la Garantie de Paris, pour fabriquer des bijoux en or.





Voici donc le mariage de  François Pierre Léon ROUVENAT) qui eut lieu dans cette merveilleuse église  Saint Eustache - Paris, 75,Léon , non catholique avec Henriette Antoinette Julie Christofle née en  1823 donc elle avait 17 ans et lui 31 ans
Témoins:
- Hugues CALMETTE, rentier, 5 rue du Pont de Lodi
- Charles Henri CHRISTOFLE, négociant, 76 rue de Montmartre
- Jacques Dominique BELLAND, avoué au tribunal civil, 5 rue du Pont de Lodi
- Pierre Amant MOURET, horloger, 5 rue Vivienne.

Quelle chance pour Leon Rouvenat car en 1839, Charles Christofle est déjà l’un des plus gros bijoutiers français et emploie 50 personnes. Il exporte ses bijoux jusqu’en Amérique du Sud. C’est en 1842 qu’il commence à exploiter pour la France les brevets des Anglais Henry et Georges-Richard Elkington concernant un procédé de dorure et d’argenture électrolytiques. Devant le succès du procédé, il fonde en 1845 la société « Charles Christofle & Cie » et commence à fabriquer dès 1846 les pièces à argenter, devenant ainsi indépendant des autres fabricants orfèvres.

Donc Leon Rouvenat est l associé de Charles Christofle dès 1840, Leon lui succède en 1849 et transfère la fabrique 62, rue d'Hauteville en 1851.




Ce qui explique pourquoi la légende pour cette épée "Exécutée en 1848 par Christofle et Rouvenat   alors 56 rue de Bondy" Ils sont associés et Léon Rouvenat ne deviendra le seul patron qu'en 1849..
Mais déjà la Maison occupe le marché sud  américain et Amérique Centrale, Christofle  et plus tard Rouvenat ont eu l intelligence de suivre la situation de tous ces états qui ont accédé récemment ou accèdent à l indépendance et dont les chefs d'état veulent du décorum et des régalias.

Le 25 juin 1850  naissance de Félix Després  à Saint Gatien des bois dans le Calvados.
Il est le fils de Jean Auguste Després agé de 31 ans, profession "Garde Particulier"  et de Désirée Alexandrine Moussy agée de 20 ans. Les témoins étaient Cordonnier et Instituteur



En 1850  Rouvenat suit les traces de Lemonnier, il prépare l exposition universelles de Londres


Rouvenat va présenter  les épées qu il a réalisées pour le président de la nouvelle grenade, celui de Bolivie, l' epée d honneur du général Mosquéra de nouvelle grenade, le président d'Haiti,  à l''Exposition universelle de 1851 à Londres avec ceux de la couronne, du sceptre et des insignes, en or garnis de diamants, commandés  par l'empereur d'Haïti, Faustin 1er

Des 1851  il est secondé par son frère Auguste Rouvenat, puis son gendre Charles Lourdel, 

Curieux homme que ce Charles Louis LOURDEL dit BIÉVAL
C'était un chanteur d'art Lyrique comme ténor né et décédé (Arras, Pas-de-Calais, 11 février 1829 – Maisons-Laffitte, Seine-et-Oise [auj. Yvelines], 05 mai 188*) il était le fils  de Léandre Hippolyte LOURDEL (1804 –), négociant, et d’Anne Constance Philippine LEDIEU (1797 –).
C'est de par son mariage qu il arrive à la joaillerie car il épouse à Paris 8e le 25 janvier 1864 Henriette Rosine ROUVENAT (Paris, 08 juin 1843 – ap. 1883) [fille de François Pierre Léon ROUVENAT bijoutier-joaillier, et de Julie Henriette Antoinette CHRISTOFLE (1823 –), nièce de l’orfèvre Charles CHRISTOFLE.

Au Conservatoire de Paris, il obtint en 1851 un 2eme accessit d’opéra-comique. Il débuta au Théâtre-Lyrique [Opéra-National] en 1851. Il fut quelquefois affiché sous son propre nom. En 1864, il habitait 3 rue des Saussaies à Paris 8e. 






Crystal Palace à Hide Park: La Great Exhibition of the Works of Industry of all Nations (grande exposition universelle des travaux de l'industrie de toutes les nations) de 1851 fut la première des Expositions universelles. Elle eut lieu du 1er mai au 15 octobre 1851 à Londres. Elle marqua le sommet de la puissance britannique d'époque victorienne.

En 1851 Henri Vever 
"D'ailleurs, Lemonnier ne fut pas seul à triompher à l'Exposition de Londres. Son succès fut partagé par les joailliers dont nous avons déjà signalé le mérite sous le règne de Louis-Philippe : Dafrique, Rouvenat, les frères Marrel, Rudolphi, qui furent dignes de leur ancienne réputation, sans toutefois que leurs bijoux, dont nous avons reprodui t un certain nombre dans notre premier volume, quoique fort bien exécutés, accusassent des tendances artistiques sensiblement nouvelles."



1855 dans l annuaire général du commerce

1855 dans le Mercure de France
Grande victoire en face de la bijouterie et joaillerie étrangères; nous voulons parler aujourd'hui del'exposition.de M- ROUVENAT, qui, hier, comprenait dans son ensemble : Une garniture de robe en diamants, du prix de 70,000 francs; une broche montée en diamants sur or fin, représentant un aigle posé sur son nid et défendant ses oeufs contre les attaques d'un serpent; un ostensoir en or massif, du poids de huit, kilogrammes et du prix de 110,000 francs, enrichi de diamants, de rubis et d'émeraudes ; une épée d'honneur, en or et argent, du prix de 8,000 francs, dont la poignée porte un chiffre en diamants» et qui a été exécutée pour le général Santa-Arma, président de la République dominicaine; un sabre turc, en or et argent, rehaussé par des diamants et des pierres précieuses; enfin; une riche variété de produits tels que parures, bracelets, broches, bagues et autres pièces ornementées avec des diamants et des pierres de la plus belle eau.
Le goût le plus exquis, marqué au cachet le plus sévère, distingue avant tout les oeuvres de M. Rouvenat; comme pour les oeuvres de Froment-Meurice, il est impossible d'opter plutôt pour une forme que .pour une autre dans le séduisanL ensemble des pièces de cet habile artiste; ancien ouvrier, puis successeur d'une maison constamment célèbre, M. Rouvenat est essentiellement le fils de ses oeuvres ; sa marque de fabrique gît essentiellement dans le type caractéristique de ses  beaux produits d'art; aussi, ce fabricant-artiste ne revendique-t-il jamais la priorité qu'il a créée; car son imagination est assez subtile, assez ingénieuse, assez inventive pour trouver bien vite une autre création dès que la mode a patronné sa première idée, dès qu'elle l'a accréditée sur le domaine public.


Des que l exposition Universelle de Londres fut fermée, les français réclamèrent une exposition universelle à Paris.


Si Londres a devancé Paris pour la tenue de la première Exposition universelle, la France est en 1855 la première nation à offrir une grande exposition internationale d'art contemporain aux Champs Elysées, peinture, gravure, lithographie, sculpture, médailles et architecture.



Rouvenat participe évidemment et se trouve bien obligé d'offrir un présent pour les charités du prince Napoleon.

"M. Rouvenat mérite une mention à part, tant à cause de l'importance de sa maison, que parce qu'il est bien réellement un fabricant, un joaillier. Nous avons déjà parlé du bel ostensoir destiné au Mexique, exposé par M. Rouvenat. Cet industriel intelligent compte parmi sa clientèle une foule de grands dignitaires et de généraux de la Nouvelle-Grenade, de la Colombie, du Pérou, du Chili d'Haïti, etc. Toute l'Amérique du Sud est inondée de ses riches produits. On se souvient qu'il exposa à Londres les modèles des couronnes et des parures destinées à l'empereur Soulouque et à l'impératrice sa femme, ainsi que le glaive, le sceptre et tous les insignes du gouvernement impérial que lui avait commandés le nouveau souverain d'Haïti. L'empereur du Brésil se fait également envoyer, des ateliers de M. Rouvenat, ses parures et ses crachats en diamans*. M. Rouvenat est un joaillier universel et transatlantique.
Parmi les grosses pièces de son exposition  nous citerons une épée moderne et un sabre turc, très beaux de ciselure, et enrichis de pierres précieuses. Dans la joaillerie proprement dite, M. Rouvenat expose une magnifique- garniture de robe en diamans, simulant des fleurs des champs, et qui, grâce à des montures habilement dissimulées, peut se diviser en plusieurs fragmens et former à volonté un collier-rivière, un diadème, un bracelet et une broche. Nous remarquons encore une fort jolie broche montée en diamans sur or fin, représentant un aigle posé sur un nid, et défendant ses œufs contre les attaques d'un serpent les œufs de cet aigle aux ailes brillantes sont des perles rosées. Les autres parures, broches, bagues, bracelets, parmi lesquels il faut distinguer un bracelet à rosace et un bracelet style égyptien, tous ces objets, par l'élégance de leurs formes et leur exécution soignée, expliquent la vogue lointaine dont jouit l'établissement de M. Rouvenat."
* explication des "crachats de diamans" a la fin de l' article
https://www.richardjeanjacques.com/2016/11/joaillerie-chaumet-des-origines_27.html




1855  Un corsage était quelque chose qui recouvre le buste



L impératrice Eugénie entourée des ses dames d'honneur, au palais de Fontainebleau par Winterhalter: ce tableau fut présenté a l exposition de 1855
En agrandissant l'image il est interessant  de voir les bijoux représentés, plus de bracelets que de colliers, bracelets larges, à pampilles, rigides, colliers de perles


Georges Fouquet  entre chez Charles Murat en 1850, tout en vendant des modèles en cire et des dessins, puis se place comme modeleur et dessinateur chez Jules Chaise en 1854. 
En 1855,  Georges Fouquet apprend la joaillerie chez Léon Rouvenat, et il a 32 ans quand il s'établit à son compte, au 176 rue du Temple, en 1860

Mais aussi, Massin  qui resta trois ans chez Fester, un très bon atelier
Vivant d'une modeste journée et du produit de la vente de dessins qu'il faisait le soir chez lui, après sa journée d'atelier, et qu'il plaçait assez facilement dans les grandes et petites maisons de joaillerie.
En 1854, Massin entra comme chef d'atelier de joaillerie chez Rouvenat, qui lui donna cet emploi, sur le vu de ses dessins et après l'épreuve faite, dans ses ateliers, de l'exécution d'un bracelet, feuillages en diamants et en or, que Massin fit seul,monture et serti. Un froissement d'amour-propre vint malheureusement abréger son séjour dans cette belle maison Léon Rouvenat, qu'il quitta à regret au bout d'un an.


 Ce texte de Vever ci-dessous  est un peu long  mais tres interessant sur la conscience professionnelle de Georges Fouquet

Fouquet entra, en 1855, chez M. Léon Rouvenat, afin d'y apprendre la joaillerie dont il n'avait alors qu'une faible connaissance et aussi pour voir exécuter des pièces d'art comme il s'en faisait dans cette maison.
« Jusqu'alors, dit-il, je n'avais jamais modelé de figure humaine quand, vers la fin de juillet, l'occasion se présenta d'en tenter l'essai."
 Un samedi, à quatre heures après midi, M. Rouvenat me fit monter dans son bureau. Là, je vis assemblés MM. Jules Peyre, dessinateur émérite de la manufacture de Sèvres ; Julienne, célèbre dessinateur-décorateur industriel ; Félix Closson, dessinateur et chef d'atelier.
» Il nous exposa que, appelé à concourir avec ses principaux confrères de la place à la fourniture de la corbeille de mariage d'Ismaïl-Pacha, il devait présenter, le surlendemain, à neuf heures du matin, des dessins pour pièces de coiffure en joaillerie, comportant une quantité déterminée de brillants pour une somme très importante. Il commanda ces dessins à ces messieurs sans s'adresser à moi, modeleur, pensant sans doute que je n'aurais pas le temps d'exécuter en cire un projet présentable en moins de cinq ou six jours.



Quelques dessins de Rouvenat pour couper le texte

» Au moment où il prenait congé de nous pour partir à sa campagne, qui était à Saint-Michel (Seine-et-Oise), je lui demandai si je devais m'en occuper. « Si vous voulez », me répondit-il d'un ton délibéré, qui voulait dire qu'il ne faisait pas fond sur moi.
» Piqué au vif, je descendis dans mon cabinet et méditai sur ce que je pourrais exécuter. Je conçus immédiatement mon projet ; le voici : modeler grandeur nature un profil de tête de femme, haut relief, et grouper dans la chevelure, depuis le côté droit de la nuque jusqu'au haut du front, en le contournant entièrement, une gerbe de fleurs des champs, de grandeur naturelle également. Cette gerbe se composait de deux épis de blé barbu, de liserons, de marguerites, de boutons d'or et d'avoines folles : les fleurs et les feuilles à différents degrés d'éclosion. Il y avait des guirlandes, des grappes de chatons, qui s'enchevêtraient comme des lianes et retombaient dans la direction de l'épaule. Étant à mon premier modelage de tête, ainsi que je l'ai déjà dit, je pris pour modèle, en le modifiant, le profil de l'Impératrice Eugénie, dont j'avais un petit médaillon dans mon cabinet.
Dès quatre heures et demie, j'attaquai ma tâche; j'allai dîner de six à sept heures, et travaillai ardemment jusqu'à minuit et demi. Le lendemain, dimanche, j'étais à mon poste à six heures du matin ; je déjeunai et dînai à mon cabinet, ayant prié le concierge de me faire apporter mes repas du restaurant, afin de ne pas perdre de temps, et le soir, à minuit et demi, je partis, ma tâche presque entièrement achevée, mais aussi courbaturé de partout : des jambes, du dos, de la poitrine et des mains.
J'avais accompli, en vingt-six heures de travail, la besogne de quatre-jours
Je n'avais pas perdu une seconde. Cinq minutes après mon départ, M. Rouvenat, rentrant pour son rendez-vous du matin, apprit du concierge, qui me le répéta, que je venais de partir et dans quelles conditions j'avais travaillé le samedi soir et toute la journée du dimanche ; il en parut étonné, n'ayant pas compté sur ma coopération dans le concours en question.



Dessin de Rouvenat au Petit Palais à Paris

» Le lendemain matin, à six heures, j'arrivai terminer mon travail, n'ayant, comme la veille et l'avant-veille, dormi que quatre heures à peine chacun des jours consacrés à ma tâche. J'achevai d'emmailler tous mes chatons en cire au moyen de petits fils de fer passés au minium, et fixai les guirlandes là où elles devaient être placées. Puis, avec un blaireau, je fouettai de poudre de bronze la tête et de poudre d'argent la gerbe, de manière à bien faire ressortir l'une sur l'autre.
» A huit heures du matin, M. Rouvenat vint me voir et savoir ce que j'avais bien pu faire depuis son départ. « Eh bien, notre artiste, me dit-il, vous avez, paraît-il, beaucoup travaillé hier?. » Puis, jetant un coup d'œil sur mon chevalet, qui était recouvert de lustrine, il ajouta : « Voilà l'ceuvre ? Peut-on voir ? » Je me levai pour lui éviter d'enlever la lustrine qui aurait pu accrocher quelques aspérités,



Dessin de Rouvenat au Petit Palais à Paris


et découvris mon travail. Un rayon de joie illumina son visage, et il me dit dans un élan d'enthousiasme : « Nous serons les vainqueurs Il n'y aura rien de comparable à cela! » Il voulut emporter de suite mon modelage pour le faire voir au magasin; mais, ayant encore trois quarts d'heure à passer dessus, je le gardai jusqu'au moment du départ, qui eut lieu à huit heures quarante-cinq. Une heure après, il
était de retour avec la commande de cette pièce et d'autres de moins d'importance, formant ensemble un total d'une centaine de mille francs, m'a-t-on dit.
» Mon cher patron, que j'aimais beaucoup, me remercia par un sourire, une bonne poignée de main, et ce fut tout.
Il ne tint pas autrement compte de l'effort suprême que j'avais fait pour obtenir ce résultat, ni du temps que j'y avais consacré au détriment de mes heures de repos dominical.
» Cette pièce de coiffure fut exécutée sous la direction de mon éminent collègue Janin, chef spécial des joailliers, avec toute l'exactitude de forme et de galbe donnée par la nature. Cette exécution lui fit le plus grand honneur."

Les souverains firent des acquisitions de bijoux lors de l'Exposition universelle de 1855, dont trois bracelets. un dit " jarretière ›", omé d'une médaille d'or à l'effigie d`Eugénie. gravée par Bovic d'après Nieuwerkerke et Jules Peyre, entourée de brillants. payé l300francs à Léon Rouvenat. un autre en saphirs. émeraudes rubis et brillants à Victor
Lemoine. pour 24000francs, et un en brillants et turquoises, par Mananian,
pour IOOOO francs". 



1856 un des bijoux "rosace" de Rouvenat

1856  dans  "L industrie contemporaine"
 Signalons encore un ostensoir dans le style de la Renaissance, en or massif, du poids de 8 kilogrammes, enrichi de diamants, de rubis et d'émeraudes, et sortant des ateliers de M. Rouvenat qui traite avec habileté l'orfèvrerie et la bijouterie. Le plan et la décoration de cette pièce somptueuse sont parfaitement conçus : l'ange de la Foi en occupe le centre ; les quatre évangélistes viennent audessous, chacun avec ses emblèmes ; sur le devant du pied repose l'agneau pascal en diamants, entouré d'une gloire en rubis. Plusieurs orfèvres avaient concouru pour obtenir la commande de cet ostensoir, qui est destiné au Mexique. Nous aurions bien d'autres noms à citer quand il s'agit de pièces d'art ; il en est qui se présenteront plus naturellement dans d'autres divisions de l'orfèvrerie : les uns dans l'orfévrerie de table, les autres dans l'application des émaux, d'autres enfin dans la fabrication de la dorure et de l'argenture par les procédés galvaniques. 


Puis il y eut le fameux Soulouque....une espèce de Bokassa avant l'heure qui se prenait pour le Napoleon des Antilles.



Faustin Soulouque (15 août 1782 - 6 août 1867) était officier de carrière et général de l'armée haïtienne quand il fut élu président de la République en 1847. En 1849, il fut proclamé empereur d'Haïti sous le nom de Faustin Ier. Bien vite il purgea l'armée de l'élite mulâtre qui la dirigeait, installa des loyalistes à la peau noire dans les postes administratifs, et créa une police secrète et une armée personnelle. En 1849, il institua une noblesse noire dans le pays. 

Le même jour, les sénateurs, à cheval, se rendirent en corps au palais. Le président du sénat portait à la main une couronne de carton doré, fabriquée pendant la nuit. Il la posa avec la précaution voulue sur l’auguste chef de Soulouque, dont le visage s’épanouit à ce contact si désiré. Le président du sénat attacha ensuite à la poitrine de l’empereur une large décoration d’origine inconnue, passa une chaîne au cou de l’impératrice, et débita son discours, auquel sa majesté Faustin répondit avec ame : — Vive la liberté ! vive l’égalité ! L’empereur et son cortège se rendirent ensuite à l’église, au son de la plus terrible musique qu’on puisse imaginer, mais qui se perdait heureusement dans le frénétique crescendo des vivat et dans le bruit assourdissant des salves d’artillerie, lesquelles durèrent presque sans interruption toute la journée. Au sortir de l’église, sa majesté parcourut la ville, et je laisse à penser la profusion de guirlandes, d’arcs-de-triomphe, de tentures et de devises. Au bout de huit jours, les illuminations par ordre duraient encore, et la police surveillait d’un œil soupçonneux la fraîcheur des feuillages dont chaque maison (notamment les maisons des mulâtres) continuait, toujours par ordre, d’être décorée.



Couronne de Faustin 1er


Cependant Faustin Ier, enfermé dans son cabinet, passait des heures entières en contemplation devant une série de gravures représentant les cérémonies du sacre de Napoléon. N’y tenant plus, sa majesté impériale appela un matin le principal négociant de Port-au-Prince, et lui commanda de faire venir immédiatement de Paris un costume en tous points semblable à celui qu’il admirait dans ces gravures. Faustin Ier commanda en outre une couronne pour lui, une pour l’impératrice, un sceptre, un globe, une main de justice, un trône et autres accessoires, toujours à l’instar du sacre de Napoléon. Les finances de l’empire ne s’en relèveront de long-temps, car tous ces objets sont déjà livrés et payés, et les lenteurs qu’a éprouvées, faute de maçons et de charpentiers, la construction de la salle du trône, ont seules retardé la cérémonie du couronnement, qui a eu lieu enfin tout récemment, le jour de Noël. Gustave D'Alaux



Faustin 1er Empereur de Haiti

Le 25 août 1849, il se fait proclamer empereur par le Parlement. Son sacre a lieu le 18 avril 1852, dans un faste ruineux pour les faibles finances de ce pays, et le paiement de la dette doit être interrompu. Il organise une répression violente contre les mulâtres et rétablit l'absolutisme sur l'île. Faustin devient l'empereur Faustin Ier, l'empire est héréditaire mais l'empereur n'a pas d'héritier mâle. La succession passe donc au prince Mainville-Joseph (fils de son frère, le grand-duc Jean-Joseph) qui épouse Olive Soulouque (fille adoptive de Faustin, fille d'une première union de l'impératrice Adélina) avec qui il aura trois enfants.


Il crée également une noblesse nombreuse, recrutée principalement parmi ses hauts fonctionnaires et partisans.. 




Il se fiance avec Adélina Lévêque en 1846 et leur mariage est célébré le 26 août 1849, le lendemain de sa proclamation comme empereur. Adélina est sacrée impératrice avec son époux le 18 avril 1852. Ils ont deux filles :
S.A.I. la princesse Olive Soulouque (née en 1832), fille adoptive de l'empereur, fille d'une première union de l'impératrice Adélina ; princesse impériale, mariée à son cousin, Mainville-Joseph.
S.A.S. la princesse Célita Soulouque, mariée à Jean-Philippe Lubin, comte de Pétion-Ville.



Vous remarquerez que cette couronne  copie  la couronne de Napoleon III et les Aigles qui la compose.



J ai bien trouvé la photo de la Couronne de Faustin , mais que sont devenus, le Sceptre, la main de Justice, le globe impérial, les parures en diamants, le collier de Sainte Anne et la croix de sainte Anne de l'impératrice,  les couronnes en or et pierres précieuses  de l' Empereur et l' Impératrice, Tous ces régalia avaient  été fabriqués par Leon Rouvenat qui a dû être payé, mais le budjet de Haiti ne pouvait supporter de pareilles dépenses.
Après avoir abdiqué, Faustin s'exile en Jamaïque avant de partir pour la République dominicaine. En exil, il se proclame chef de la famille impériale en exil. Avant de s'enfuir, la famille Soulouque avait pris soin de partir avec une partie des caisses de l'état pour s'assurer une vie paisible et dorée en exil. L'empereur déchu s'éteint le 6 août 1867 à Petit-Goave à l'âge de 84 ans



Rouvenat 1860 environ






La maison Bonhams de Londres a revendu cette broche:
Une broche en forme de diamant, grenat, émail, rubis et argent, Rouvenat & Ch.Lourdel, Paris vers 1860 Broche papillon en or avec diamants, grenats, émaux, rubis et argent,  signée L & R, accompagnée de la boîte d'origine


1863 Le journal des travaux de l académie



1865 dessin de Rouvenat conservé au Musée du Petit Palais

1865, c'est l'année ou Félix Després entre en apprentissage chez Rouvenat




Rouvenat crée d'après le journal "Le Monde" La "Cachemirienne " apparemment aucun rapport avec la laine cachemirienne ?? dans l article ci-dessous

Cap de Bonne Espérance:
La production de la laine a fait des progrès rapides dans cette colonie, qui en fournit à la métropole annuellement  environ 9 millions de kilogrammes, 80 fois autant qu'en 1835, et 10 fois plus qu'en 1838. 
Les échantillons de duvet de cachemire provenant des  chèvres cachemiriennes entretenues dans le parc de Windsor par S. A. R. le prince Albert offrent une nouvelle variété de laine, nouvelle pour l'Angleterre. La qualité de ce produit  doit encourager à faire de nouveaux efforts pour multiplier la variété remarquable du genre copra. Cet exemple d'une  flaine  cachemire produite en Europe aurait obtenu une médaille si cette récompense n'eût été décernée déjà par le Jury  de la classe. 



Depot du brevet de Leon Rouvenat pour ses broches dites "Cachemiriennes"

J ai trouvé à l'INPI le brevet de Leon Rouvenat, ce qui est étonnant, c'est l adresse indiquée "Bd St Martin" était ce son adresse personnelle à cette date?
2 ans plus tard on le retrouve à Neuilly.

Cote du dossier
1BB69362
Type de brevet:Brevet d'invention de 15 ans
Titre: mode de fixation des broches, épingles et tous autres bijoux similaires, les-dites broches, épingles, etc., dites cachemiriennes
Année de dépôt 1865 Déposant; ROUVENAT Adresse du déposant Paris (29, boulevard Saint-Martin, Seine) Profession du déposant
joaillier bijoutier Mandataire LAVIALLE Numéro de dépôt 69362 Date de dépôt 15/11/1865 Classe 18



Déclaré à Neuilly



1867

En 1867, Massin déclara: » J'ajouterai un fait assez caractéristique de l'influence que commençaient à exercer mes idées et ma main d'œuvre, quand je vis venir chez moi, me demander du travail, mon ancien patron Rouvenat, Crouzet, l'un des maîtres de la bijouterie, puis Kramer, Morel, Duron, Boucheron et Guillain, tous praticiens ayant ateliers. Je vis venir aussi des confrères joailliers, seigneurs de moindre importance et ne refusai jamais à personne ni le dessin demandé, ni l'exécution de la commande. »









Également très remarqué fut l'envoi de Léon Rouvenat, dont nous avons déjà parlé, et spécialement une branche de lilas de grandeur naturelle, toute en diamants, « pouvant servir alternativement de broche de corsage et de coiffure »  
Cette branche, achetée par l'Impératrice, avait été exécutée . Cette branche, vendue 25.000 francs, employait 410 brillants et 1.025 roses, pesant 64 carats 1/2. « Pour donner à la fois aux tiges qui portent les grappes de fleurs la grosseur et la flexibilité de la nature, elles ont été faites en fil d'or plat, tordu en forme de ressort à boudin, ce qui leur donne, avec la souplesse nécessaire, une grande solidité. » (Catalogue des objets exposés par L. Rouvenat à l'Exposition Universelle de Paris, en 1867.) (Henri Vever)

Elle fut éxécutée par un des meilleurs ouvriers de Rouvenat, nommé Leroy, qui reçut une médaille de collaborateur.
Vivienne Becker raconte dans son livre sur l'art nouveau, que Rouvenat  commandait une branche de Lilas frais tous les matins de sorte que ses ouvriers puissent la copier avec exactitude.




La Broche Lilas 1867 achetée par l'Impératrice Eugénie

"Dire que c’est un chef d’œuvre de joaillerie ce n’est pas dire assez; ce travail-là n’est rien moins qu’une merveille: comme composition, arrangement et exécution, l’art ne peut aller plus loin; l’ensemble éblouit, et quand on examine les détails, on va de surprise en surprise. Avec quelle prodigieuse exactitude sont rendues les moindres parties de la fleur, et quelles difficultés il a fallu vaincre pour enchâsser, sertir tous ces brillants de manière à reproduire avec vérité les corolles entr’ouvertes ou épanouies, les boutons près d’éclore, les pétales, les feuilles et toutes les parties les plus délicates de la branche entière. Un pareil travail ne peut avoir été entrepris et exécuté que par un grand et un très-grand artiste.

M. Rouvenat, qui a obtenu une  médaille d’or en 1849, la médaille d’or et la croix en 1855, la médaille de mérite en 1862 à l’exposition de Londres, a reçu cette année une nouvelle médaille d’or. On ne pouvait faire moins pour lui; mais pour ne blesser personne, sans doute, on n’a pas osé faire davantage.


Les visites successives de tous les princes, l’assiduité constante de la foule toujours en extase devant sa vitrine, sont pour lui la constatation d’un succès qui a tout l’éclat d’un triomphe". "World Fairs"



Cette branche de lilas est accompagnée d'un diadème à fleurs d'églantine et de divers ornements de coiffure en pierreries : libellule, papillon et paon avec grosse perle poire, colibri aux ailes déployées, dont le succes est attesté par les achats de personnalités telles que Napoléon Ill, le roi de Prusse et le vice-roi d'Egypte







Mode en 1866, observez "la Grecque" sur la robe

MODES EN 1866.
Peigne de chignon à chainettes et pampilles, boucles d'oreilles, bracelets, collier de corail rattaché à la coiffure, etc.



Rouvenat suit-il la mode? Il fabriqua un grand nombre de bijoux "a la Grecque"
Exemples divers ci-dessus et ci-dessous





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C'est de la réclame comme on disait, mais pas de la publicité mensongère



 L’exposition de M. Rouvenat a été l’objet de tant d’éloges, les merveilleux produits que contient sa vitrine ont soulevé de si. hautes et de si vives admirations, la presse a décrit ses chefs-d’œuvre de joaillerie avec un si grand luxe de détails, que nous pouvons nous dispenser de les décrire à notre tour.

Nous nous contenterons donc de signaler son magnifique diadème Henri II, son paon émeraudes, saphirs et brillants, le gracieux colibri acheté par l’Empereur, la légère et charmante libellule acquise par le vice-roi d’Égypte, des camées plus beaux que les antiques les plus purs, la coupe de jade blanc provenant du palais d’été de l’empereur de la Chine, enrichie d’ornements du goût le plus exquis, enfin un miroir style grec d’une forme si ravissante et d’un éclat si splendide, qu’il faut que nous n’ayons plus de Périclès, d’Alcibiade et d’Aspasie pour qu’il n’ait pas trouvé d’acheteur. ( World Fairs)



Diadème Henri II expo de 1867 




Le motif central de ce collier de 1867 est très proche d'inspiration de la broche précedente.







La maison Sotheby's qui a revendu cette merveille  indique : Aigrette colibri, rubis, émeraudes et diamants, attribuée à Léon Rouvenat, mais elle ne donne pas de date, peut etre 1867
Vever écrivit:  le premier de ces « colibris » fut acheté par le Roi de Prusse (devenu plus tard l'Empereur Guillaume 1er, le second, par Napoléon III ; la Duchesse d'Aoste, le Duc de Montmorency et d'autres personnages suivirent cet exemple, et les commandes se succédèrent sans interruption. Le Vice-Roi d'Egypte, Ismaïl Pacha, pour sa seule part, en acheta trente-huit.





Annales des Sciences Physiques



Broche Perles et diamants de l'Impératrice Eugénie


1868 Exposition  au Havre, commentaire élogieux



1868 dans l art industriel

En 1868, Rouvenat s'associa avec son gendre, M. Lourdel, qui, devenu seul chef de la maison, saura en suivant les inspirations et l'exemple de son beau-père, la maintenir au premier rang quelle avait conquis



Dessin de Rouvenat conservé au musée du Petit Palais 

A propos de bracelets:  il faut retenir « un bracelet en brillants, ornements
Renaissance à jour sur fond émail noir, dans lequel, cachée sous une émeraude, se logeait une petite montre ; un autre bracelet palmette grecque, repercée en brillants et roses, avec filets d'émail noir ; un troisième bracelet grecque double, roses et rubis sur fond émail noir. » On voit par ces exemples que les fonds et les filets d'émail noir étaient à la mode. Cela passait pour être « distingué ».

En 1871 Felix Després a 21 ans représente la Maison Rouvenat à l exposition universelle de Londres




1871 Rouvenat toujours rue d'Hauteville

Felix Després represente la maison Rouvenat en 1873 à l exposition de Vienne

La participation française à l ’Exposition de Vienne en 1873  valait plus par la qualité que par la quantité . On y remarquait notamment dans la section du métal , les productions de Barbedienne, Boucheron, Christofle, Durenne, Thiébaut , à qui furent réservés des diplômes d’honneur. Les orfèvres des divers pays étaient  dailleurs peu nombreux et les rapporteurs du jury , Fontenay et Rouvenat , les classèrent en trois catégories. 
1° ceux qui, vivant sur le passé et s’ inspirant de types d’ un caractère tout local ne font que reproduire éternellement les mêmes modèles ; 
2° ceux qui vont de l'avant et cherchent à inventer en s'aidant de l ’étude des styles ; 
3° ceux qui , n'ayant en vue que le côté mercantile de leur industrie, ne se donnent pas la peine de créer eux—mêmes, mais copient plus ou moins 
gauchement les dessins des autres.

Belle initiative nous pourrions en 2019 essayer ce classement?




Un ami facebookien Her....Horo..... m'a adressé des dessins de Rouvenat, mais ils ne sont pas datés, difficile de les attribuer a Leon Rouvenat  ou Felix Després, mais l important est de vous en montrer.




Collier et pendentif en or et diamants.De conception florale, sertie de nombreux vieux diamants de mine, simples et roses, pesant environ 25,50 carats, longueur du collier de 15 pouces, deux diamants manquants; l'élément central du collier se détache pour être porté comme un pendentif ou une broche; les trois pampilles se détachent aussi; les capitules qui fixent les pendentifs peuvent également être suspendus au collier; les éléments sertis de diamants datent de 1870 environ, les maillons de collier ajourés et les accessoires de boucles d'oreilles ont été ajoutés ultérieurement. Avec boite ajustée signée Bouvenat, Paris.







1874 dans la chronique des arts et des lettres



Puis un ami étranger (mais que veut dire étranger avec Internet),
Erik Schoonhoven m'a fait découvrir un livre de 1874 consacré aux industries modernes, consacré à:

Les grandes usines, études industrielles en France et à l'étranger by Julien François Turgan, et à cette époque Christofle et Rouvenat en faisaient partie. j ai pu séparer le texte des images mais je vous présente la Première page et quelques passages.





Ce texte décrit: M. Rouvenat est un des premiers qui ait appliquée la joaillerie 
et à la bijouterie les habitudes de l’industrie moderne ; dans ses ateliers s'exécutent, à l'exception de remaillage et de la gravure, la succession d'opérations nécessaires pour fabriquer un joyau ou un bijou. Pour la première fois, un espace assez vaste, si l'on considère le genre d'industrie, a été mis à la disposition des ouvriers, entassés jusqu'alors dans des chambres plus ou moins 
grandes, et exécutant isolément un ou plusieurs temps de la fabrication. 
Dans ses ateliers l'or et l'argent arrivent en lingots, les pierres brutes ou sur papier, et de l'usine les pièces sortent  entièrement terminées, y compris l'écrin même qui les renferme.  Nous pourrons donc étudier complètement, rue Hauteville, cette  industrie peu connue et cependant si intéressante. 



Ayant sous la main le personnel et l'outillage, il peut concevoir et faire exécuter des pièces particulières qui rappellent les travaux de l'ancienne joaillerie et sortent du cadre ordinaire des produits du commerce courant. Tout en continuant à travailler comme fabricant pour les marchands et les intermédiaires français et étrangers, il a su établir avec le public des relations directes  peu fréquentes en général dans son industrie. Toute personne ayant la fantaisie d'un bijou spécial et en ayant composé le dessin, peut faire exécuter chez M. Rouvenat un objet qui ne se retrouvera pas dans toutes les boutiques de bijouterie, comme les  formes vulgaires appartenant au commerce. Nous approuvons fort cette manière de faire, car, suivant nous, le joyau et le bijou 
sont le plus souvent des présents qui doivent affecter une forme  particulière, presque unique, et qu'il est déplaisant de voir porter  par d'autres.





Le Chalumeau

Aujourd'hui le genre dit d'exportation est rentré dans la fabrication générale, et depuis que les chemins de fer et le goût des voyages ont fait arriver à Paris un plus grand nombre d'étrangers, ces derniers ont pris notre manière de voir et nous avons accepté un peu de leurs fantaisies, de sorte qu'il en est résulté l'uniformité presque absolue d'abord dans l'appréciation, puis dans la fabrication. La joaillerie et la bijouterie françaises ont fait de si grands progrès, l'or employé (titre 0,747) dans notre pays est si justement estimé, que cette industrie est arrivée à une production annuelle de 96 millions de francs environ, dans laquelle l'or et l'argent employés figurent pour plus de 60 millions.






Avant de commencer un joyau, il faut d'abord décider le volume et le poids des pierres qui le composeront; se rendre compte du prix auquel il pourra être vendu et faire en conséquence le dessin dans des proportions telles que les conditions précédentes, puissent être observées. On choisit ensuite les pierres que l'on tâche autant que possible de réunir semblables de couleur et de qualité en indiquant pour chacune certaines places  qui devront cacher ou au moins amoindrir une partie des défauts que peuvent avoir les diamants, tandis qu'une autre place les aurait exagérés. Pour se rendre compte approximativement de 
l'effet que l'on peut obtenir, on applique les diamants sur une  planchette recouverte de cire en suivant les contours du dessin : après cette épreuve, le fabricant écarte certaines pierres ou bien  en dispose les facettes dans certains sens plus favorables que d'autres à l'émission des feux. 





S'il manque une pierre dans son approvisionnement personnel, il a recours à des agents, courtiers ou plutôt courtières qui vont chez les principaux marchands chercher les parties de diamants classés par poids et par couleur et que l'on confie à l'intermédiaire pour qu'il y trouve à rassortir exactement ses pierres. 
Pendant que l'on s'occupe ainsi des diamants, les ouvriers spéciaux préparent l'or ou l'argent destiné à les recevoir; car il y a aussi une mode dans le choix de ces métaux, et pendant quelques années on n'a voulu que des montures en or, sous prétexte que l'argent se noircissait au gaz. Aujourd'hui on en est revenu à la monture en argent, parce qu'on suppose qu'elle est une garantie de la blancheur de la pierre et qu'à tort ou à raison on préfère les diamants blancs, à ceux qui sont plus ou moins teintés de jaune, bien que ces derniers aient souvent plus de feux. 




L'or et l'argent fin qui entrent chez M. Rouvenat sont d'abord remis au titre c'est-à-dire qu'on ajoute autant de cuivre qu'il faut  pour les ramener à 747 grammes d'or : cette opération doit être faite de manière à laisser plutôt un excès de un, car les essayeurs de la monnaie sont extrêmement sévères, et si on dépassait la tolérance de 3 millièmes, les bijoux terminés seraient impitoyablement cassés, le jour où on les portera au contrôle pour recevoir 
la marque du poinçon qui en garantit la composition. 



Rien n'est plus étrange pour un profane que l'aspect d'un atelier de joaillerie ; l'or et l'argent sont considérés par ceux qui le travaillent exactement comme le fer ou la tôle chez un serrurier et un fabricant de quincaillerie. Sans respect aucun pour  la valeur monétaire, il faut planer, tailler, fondre, tordre, évider 
le métal exactement comme s'il s'agissait de métaux communs. 




C'est toujours avec une vive surprise que l'on voit le sans-façon avec lequel on manie ces précieuses matières qui, une fois dans la vitrine du joaillier prendront une si grande valeur ; elles  sont du reste fort ternes lorsqu'elles n'ont pas subi leurs dernières façons. On dit cependant que le plancher est couvert par des claies dans lesquelles tombent les poussières et les parcelles  détachées par la lime ou la brosse : ces poussières recueillies avec grand soin sont lavées dans des filtres en feutre et rendent une quantité d'or montant à un chiffre élevé; d'autres précautions sont prisés pour recevoir tout ce que les outils enlèvent aux morceaux d'or que l'on travaille. L'établi des ouvriers est échancré de façon qu'ils puissent en quelque sorte entrer dans la table même, sous laquelle se prolonge un grand tablier de cuir qui leur retombe sur les genoux soutenu par les montants de l'échancrure. Malgré ces précautions on ne peut se figurer les déchets absolument perdus qui disparaissent sans qu'on puisse les retrouver. 
Quand l'or a été ramené au titre, ce qui ne se fait plus guère par le joaillier lui-même, mais s'exécute dans des maisons spéciales comme celle de Mme veuve Lyon Allemand.





Bien des gens, sans pousser si loin la susceptibilité, préfèrent cependant ce qu'on appelle la nouveauté aux formes depuis longtemps connues. C’ est à satisfaire ce goût que M. Rouvenat s'ingénie sans cesse; il dessine des modèles particuliers et nouveaux, invente des combinaisons de pierres ou de métal, et à force de travail est arrivé à occuper une grande place dans sa profession. 
De tout temps, le goût de la parure a fait créer de petits objets destinés à être portés soit aux mains, soit au cou, soit aux oreilles, soit dans les cheveux ; les fleurs, les feuilles, des graines brillantes furent les premières parures. Les métaux, et surtout L’or et l’argent, plus inaltérables que les autres, d’abord presque à l’état brut, puis grossièrement travaillés leur succédèrent.

Pour quelques personnes seulement, autrefois comme aujourd'hui, le bijou ou le joyau est un prétexte pour accumuler des valeurs. Les nations peu policées font des chapelets de sequins ou de piastres et, dans quelques pays, les jeunes filles portent sur elles leur dot en plaques d'or qui les suivent jusque dans le tombeau ; les Grecs et les Romains enterraient aussi leurs morts avec leurs bijoux, mais comme ils avaient bientôt remarqué que cette habitude faisait violer les sépultures, ils avaient inventé l'estampage pour n'enfouir dans la terre que les simulacres des véritables parures. 




En juillet 1874  deux mois avant sa mort.




Leon Rouvenat décede le 7 septembre 1874 - Montmorency (95), à l'âge de 65 ans  Il est inhumé au  Cimetière de Montmartre





La tombe de Rouvenat, 32 eme section Montmartre, c'est grace a Philippe Landru que j ai pu obtenir ces clichés son site vaut la peine d'être visité



Son buste est de Franceschi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Franceschi





Acte de décès aimablement adressé par Isabelle petite fille de Jean Rouvenat, petit-fils de Auguste Alexis Rouvenat, frère de François Léon Pierre.
François Léon Pierre était donc le grand oncle de son grand-père. 


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FIN DE LA PREMIERE PARTIE

Suite: https://www.richardjeanjacques.com/2019/09/leon-rouvenat-puis-rouvenat-lourdel.html

Rue de la Paix en 1923

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