Photo: https://www.prixdelor.info/platine-derriere-or/
Le grand public et les publicistes de la place Vendôme ne jurent aujourd'hui que par le platine pour asseoir le prestige des gemmes les plus précieuses. Mais la véritable histoire technique de ce matériau, dépouillée des artifices du marketing, révèle un parcours sinueux où la science de laboratoire et l'évolution de la langue ont longtemps dicté leur loi à la main de l'artisan. Pour le comprendre, il faut replonger dans la poussière des vieux manuels et pousser la porte des ateliers de l'ombre où la rigueur était la seule règle.
J'adore mes vieux dictionnaires, en 1756 : « la platine » n'était qu'un morceau de fer ou de cuisine.
Pour mesurer le chemin parcouru par ce matériau, il faut ouvrir mon dictionnaire original de la Langue Françoise de Richelet en 1756. À cette époque, le mot « platine » est exclusivement féminin. Si vous cherchez sa définition à la page 514, vous n'y trouverez aucune trace d'un quelconque métal noble ou rare. La platine désigne alors trois objets bien distincts et purement utilitaires. C'est d'abord un ustensile de ménage : un « Rond de cuivre, avec des pieds de fer, sur lequel on accommode & on sèche le linge ». C'est ensuite un composant d'imprimerie ou d'armurerie : un « morceau de fer ou de fonte quarré qui est attaché sur la boîte de la presse…
On dit aussi, une platine de pistolet, de fusil, &c. » Enfin, c’est une pièce de micromécanique : une « petite plaque déliée qui soutient les roües d'une montre ».
En cette moitié du XVIIIe siècle, bien que l'élément chimique commence à peine à intriguer les scientifiques européens, il n'a pas encore de nom masculin ni de place dans le vocabulaire des artisans du bijou. Le futur « Métal Roi » n'est alors, pour le dictionnaire, qu'une plaque de fer ou un dessous de linge.
Au milieu du XIXe siècle en 1854, le platine est devenu un nouveau venu au masculin, mais que les ateliers parisiens peinent encore à dompter. Isolé au début du siècle, baptisé d'après le mot espagnol plata (argent), il intrigue les chimistes autant qu'il rebute les façonniers. Dans mon vieil exemplaire du manuel Roret de 1854, le platine n’est pas encore le métal massif de la structure du bijou. On le considère avant tout comme une « doublure préservatrice » pour le cuivre ou le fer, loué pour sa « grande indifférence pour un nombre considérable d'agents chimiques ».
À cette époque, le grand problème des joailliers est l’altération de l’argent, qui noircit inévitablement sous l’effet des « exhalaisons sulfureuses » du gaz d’éclairage. C'est un batteur d'or parisien, M. Letellier, qui ouvre la voie en réussissant à convertir le platine en feuilles aussi minces que celles d'or. Le Roret note déjà la sentence technique : « Il faut pour cela du platine d’une très-grande pureté ; celui qui n'est pas bien purifié se déchire et est criblé de trous ». Les ateliers commencent alors à associer ces feuilles de platine à l'or pour obtenir des décors bicolores inaltérables. Mais pour le travailler dans la masse, il y a un mur thermique : le platine est si réfractaire qu'il exige des températures de fusion inaccessibles aux forges traditionnelles.
En cette moitié du XVIIIe siècle, bien que l'élément chimique commence à peine à intriguer les scientifiques européens, il n'a pas encore de nom masculin ni de place dans le vocabulaire des artisans du bijou. Le futur « Métal Roi » n'est alors, pour le dictionnaire, qu'une plaque de fer ou un dessous de linge.
Sucrier Louis XVI en platine créé par le bijoutier Janety en 1786, exposé à New York
Au milieu du XIXe siècle en 1854, le platine est devenu un nouveau venu au masculin, mais que les ateliers parisiens peinent encore à dompter. Isolé au début du siècle, baptisé d'après le mot espagnol plata (argent), il intrigue les chimistes autant qu'il rebute les façonniers. Dans mon vieil exemplaire du manuel Roret de 1854, le platine n’est pas encore le métal massif de la structure du bijou. On le considère avant tout comme une « doublure préservatrice » pour le cuivre ou le fer, loué pour sa « grande indifférence pour un nombre considérable d'agents chimiques ».
À cette époque, le grand problème des joailliers est l’altération de l’argent, qui noircit inévitablement sous l’effet des « exhalaisons sulfureuses » du gaz d’éclairage. C'est un batteur d'or parisien, M. Letellier, qui ouvre la voie en réussissant à convertir le platine en feuilles aussi minces que celles d'or. Le Roret note déjà la sentence technique : « Il faut pour cela du platine d’une très-grande pureté ; celui qui n'est pas bien purifié se déchire et est criblé de trous ». Les ateliers commencent alors à associer ces feuilles de platine à l'or pour obtenir des décors bicolores inaltérables. Mais pour le travailler dans la masse, il y a un mur thermique : le platine est si réfractaire qu'il exige des températures de fusion inaccessibles aux forges traditionnelles.
En 1886 dans le Roret du bijoutier Orfèvre
Mais en 1892, dans ma "Nouvelle encyclopédie des connaissances pratiques" d'Ed.Moride, je lis :
PLATINE. Corps simple, métallique, le plus inaltérable et le plus dense de tous les métaux. Le platine est d'un gris d'argent ; il est malléable, infusible, inattaquable par les acides nitrique et sulfurique, mais il est altérable à chaud par la potasse caustique et très soluble dans l'eau régale (mélange d'acide nitrique et chlorhydrique.) Ce métal peut recevoir un beau poli et se laisse facilement laminer et étirer à la filière. Les fils qu'on en obtient servent de conducteurs à tous les appareils d'éclairage électrique et à toutes les piles.
On rencontre souvent dans la nature le platine mêlé à l'or et au diamant ou allié au fer, au cuivre, à l'osmium, au rhodium et au palladium. On trouve ce précieux métal en Amérique, au Brésil et en Russie ; on en fait des creusets, des capsules, des alambics pour la rectification de l'acide sulfurique, et on en garnit la pointe des paratonnerres.
Il faudra attendre l’évolution des chalumeaux à haute température et la maîtrise des alliages pour que le platine devienne le métal roi de la haute joaillerie. Depuis nous avons connu le Microdard, et le Laser qui, d'après la maison "Cookson Clal" utilisent généralement la technologie Nd:YAG (néodyme-dopé grenat d’yttrium et d’aluminium). C’est un peu technique, mais ce qu’il faut retenir, c’est que c’est un type de laser pulsé qui émet un faisceau concentré, permettant de travailler avec une précision extrême et une faible zone d’échauffement. Cette caractéristique est essentielle pour souder des pièces délicates sans endommager les pierres précieuses ou déformer les parties sensibles du bijou.
Entre 1825 et 1930, la Russie et les mines de l'Oural couvrent près de 90 % de la production mondiale.
À l'état pur, le platine est tenace mais trop tendre. Pour lui donner du corps sans altérer sa blancheur, les ateliers affinent leurs recettes. On voit apparaître le « platine bijoutier » allié au cuivre, puis les compositions au ruthénium ou à l'iridium (le platine iridié). Chauffé entre 400°C et 800°C, le métal se recouvre d'une pellicule d'oxyde d'un magnifique bleu-vert couleur velours, qui disparaît à plus haute température pour retrouver son éclat argentin inaltérable.
À l'état pur, le platine est tenace mais trop tendre. Pour lui donner du corps sans altérer sa blancheur, les ateliers affinent leurs recettes. On voit apparaître le « platine bijoutier » allié au cuivre, puis les compositions au ruthénium ou à l'iridium (le platine iridié). Chauffé entre 400°C et 800°C, le métal se recouvre d'une pellicule d'oxyde d'un magnifique bleu-vert couleur velours, qui disparaît à plus haute température pour retrouver son éclat argentin inaltérable.
1856 : le bijoutier Cartier achète plusieurs kilogrammes de platine pour la confection de bijoux en platine.
1857 : le chimiste français Henri Étienne Sainte-Claire Deville développe un four permettant de fondre le platine et ses alliages. Il est notamment l'auteur du livre : "De la métallurgie du platine et des métaux qui l'accompagnent".
1912 : la France adopte au mois de décembre la tête de chien comme poinçon afin de marquer à la frappe les bijoux et objets fabriqués en platine.
J'emprunte à un ami, Michael Fieggen, le texte de son récent et excellent livre "Les poinçons français des métaux précieux de 1789 à ce jour".
Poinçons de garantie pour platine
Lors de l’adoption du platine dans la bijouterie courante, vers 1890, le contrôle était assuré par les poinçons de l’or, car la couleur très différente des deux métaux devait empêcher les erreurs.
La demande croissante de ce nouveau métal et sa couleur intéressante, couplées à un accroissement constant du prix du platine, passant de 15 francs à 191 francs le gramme entre 1905 et 1920, favorisa l’adoption de nouveaux alliages dits or blanc ou palladié, dont les teintes ressemblaient à celle du platine.
Trois nouveaux poinçons pour le platine furent alors introduits en janvier 1913. Cependant, il convient de noter qu’avant l’introduction de ces trois poinçons, divers autres poinçons avaient été utilisés pour marquer le platine. La liste suivante montre les poinçons qui pouvaient se trouver sur les ouvrages en platine et être considérés comme étant en règle. Dans le cas d’un ouvrage marqué avec un poinçon d’exportation, il fallait obligatoirement être muni, en plus, d’un poinçon de réimportation pour pouvoir circuler en France.
La tête de rhinocéros lors du recensement de platine entre le 8 avril et le 8 mai 1910.
Du 11 avril 1910 au 21 décembre 1912 :
• Tête du médecin grec, 1ᵉʳ titre ;
• Tête d’aigle, petite garantie ;
• Tête de cheval ;
• Charançon ovale ;
• Tête de Mercure, 1ᵉʳ titre plus tête de lièvre ;
• Tête de Mercure petite garantie plus tête de lièvre ;
Du 11 avril 1910 au 13 février 1926 :
• Hibou : pays non contractants, ventes publiques et bijoux d’occasion.
À partir du 14 février 1926, le poinçonnage de ces derniers bijoux était assuré par le poinçon mascaron dans un cadre rectangulaire, nᵒ 240.
Du 1ᵉʳ janvier 1913 à diverses dates.
Paris et départements
233. Tête de chien à droite découpée et entourée d’un listel. Introduit le 1ᵉʳ janvier 1913 (décret du 5 décembre 1912) pour les menus ouvrages en platine (même contenant de l’iridium) de titre 950/000 jusqu’au 4 janvier 1994, date à laquelle d’autres poinçons pour platine de titres 950, 900 et 850/000 furent introduits. À partir de 1994, ce poinçon à la tête de chien découpée n’est utilisé que pour marquer les menus ouvrages en platine au titre de 850/000. Différent sur le coup. (À noter qu’entre 1910 et 1912, divers autres poinçons prévus pour l’or étaient utilisés pour marquer le platine.) Et qu’entre 1940 et 1943, le poinçon à la tête de rhinocéros accompagnait le poinçon à la tête de chien sur les ouvrages en platine.) Le poinçon de Paris est, pour l’instant (2024), dépourvu du différent α qui est présent sur presque tous les autres poinçons employés dans ce bureau. Toutes les régions, du 1ᵉʳ janvier 1913 à ce jour.
Les objets composés d’une juxtaposition d’or et de platine, souvent des bagues en or avec chatons ou griffes en platine, sont marqués des deux poinçons de l’or et du platine.
234. Tête de jeune fille à gauche entourée d’un listel. Pour les ouvrages en platine 950/000 destinés à l’exportation. Différent au-dessus de l’oreille dans l’espace réservé. Toutes les régions, du 1ᵉʳ janvier 1913 (décret du 5 décembre 1912) au 1ᵉʳ août 2000, selon le décret nᵒ 2000-745, mais il ne semble pas avoir été inculpé depuis 1994.
235. Mascaron à la tête d’homme barbu, vu de face, entouré d’un listel. Différent dans la barbe. Pour ouvrages en platine 950/000 importés des pays contractants ainsi que de l’horlogerie provenant des pays contractants et non-contractants. À partir de 1971, ce poinçon fut insculpé sur tout ouvrage en platine importé, quelle qu’en soit l’origine. Paris et départements, du 1ᵉʳ janvier 1913 (décret du 5 décembre 1912) au 1ᵉʳ août 2000, selon le décret nᵒ 2000-745, mais il ne semble pas avoir été inculpé depuis 1990.
Anecdote
Le poinçon tête de chien découpé n° 233 était utilisé de 1913 à 1994 pour les ouvrages de titre 950/000, et depuis 1994 pour le titre 850/000 ! De ce fait, on ne peut pas être certain du titre d’un ouvrage d’occasion retrouvé inculpé de ce poinçon.
Et aujourd’hui, de nombreux ouvrages en platine de titre 950 ou 900/000 sont quand même marqués par les bureaux de garantie avec le poinçon tête de chien 850/000, faute d’un test au touchau pour distinguer le titre exact.
1924 : le plus grand gisement de platine au monde est découvert en Afrique du Sud, près de Johannesbourg par le géologue allemand Hans Merensky.
Magnifique diadème en platine de Cartier
Plus techniquement, le platine, c'est ?
Le platine est l'un des constituants principaux de la mine du platine. Celle-ci présente, en effet, la particularité de renfermer six métaux à l'état natif : platine, ruthénium, rhodium, palladium, osmium et iridium.
Lorsqu'il fut découvert dans les sables aurifères de Colombie, en 1735, on ne lui accorda pas aussitôt l'attention qu'il méritait. Au XIXᵉ siècle, ses qualités multiples l'ont fait rechercher pour l'industrie chimique et la fabrication d'instruments de physique, et il fut introduit en bijouterie-joaillerie à la fin du siècle.
Gisements
Entre 1825 et 1930, le platine provenait essentiellement de mines exploitées dans l'Oural : la Russie couvrait alors près de 90 % de la production mondiale, les 10 % restants étant assurés par la Colombie et l'Afrique du Sud.
Aujourd'hui, les plus gros producteurs sont l'Afrique du Sud, le Canada et l'Union soviétique, dont on évalue difficilement la production. La Colombie, l'Australie, la Birmanie et Bornéo en produisent en moindre quantité.
On trouve le minerai dans les roches ignées et dans les dépôts alluvionnaires ou placers. On exploite surtout ces derniers qui constituent le fond de vallées : en lavant les sables, on recueille de 2 à 4 g de platine par tonne de sable.
On en trouve également dans les sables aurifères, les veines de quartz, les roches de dunite, la pyrargyrite, pour ne citer que les sources les plus connues. Le fer est sa principale impureté.
On peut trouver aussi du platine en France, non en grande quantité, mais dans:
Alluvions marines du Pénestin, Morbihan.
Anciennes mines d'argent, par exemple celle des Chalanches, Allemont, Isère, région Rhône-Alpes, France
Placers de la Durance, Basses-Alpes (microparticules de Pt)
Alluvions noirs marins de Saintes-Maries-de-la-Mer ou à l'est de l'Espiguette, Camargue (microparticules de Pt)
Exploitation
La métallurgie du platine est relativement simple. Les différents métaux sont séparés par lavages successifs des sables qui les contiennent. L'or est extrait par amalgamation au mercure. Puis, on isole la mine du platine dont on retire encore le fer et le cuivre, par un traitement à l'acide nitrique. Sur ce résidu, on fait agir de l'eau régale. Par chloruration et calcination, on obtient la « mousse de platine ». Celle-ci, traitée chimiquement, donne le platine pur.
Propriétés chimiques
Le platine fin est pratiquement inoxydable : lorsqu'on le chauffe à l'air, l'oxyde de platine qui se forme le recouvre d'une belle couleur noir de velours. Il ne s'oxyde cependant ni en lingots, ni en fils.
Il est attaqué à chaud par l'eau régale, le soufre, l'étain, le zinc, le plomb, le cyanure de potassium, le phosphore, l'arsenic et, même à basse température, par la silice.
Le texte en italique qui précède est tiré de ce livre en vente chez Amazon dont je fus le conseiller technique pour la traduction.
Cette rigueur de la matière, je l'ai découverte au début des années 1960. À ma sortie de l’école BJO de la rue du Louvre, mon CAP en poche, mon père rencontre M. Eschwege, diamantaire renommé, pour lui demander s'il connaît un bon patron pour parfaire mon apprentissage. Ce dernier appelle directement Marcel Rubel, qui fait venir son principal façonnier, Jacques Candas, installé au 60-62 rue de Richelieu.
Candas était un colosse d’un mètre quatre-vingt-cinq à la voix éraillée. Quand Rubel lui demande de me prendre, Candas grogne : « Ah non, je ne veux pas m'emmerder avec ça ! » Mais M. Rubel lui dit : « Eh bien Jacques, vous allez prendre ce jeune en apprentissage. » Mon futur patron se tourne vers moi : « Tu viens ? » Il a râlé tout le long du trajet entre la rue Lafayette et la rue de Richelieu, avant de me confier à l’un de ses ouvriers.
Une des cinq pièces de l'atelier Candas
Chez Candas, on ne travaillait que le platine pour les plus grands noms : Van Cleef & Arpels, Mellerio, Rubel, Meister à Zurich ou Gübelin. Sorti pourtant deuxième de mon école, on me donne une pièce à faire en maillechort pour tester mes capacités. Pendant deux jours, les ouvriers défilaient derrière ma cheville avec des sourires narquois. En fin de semaine, le verdict tombe, paternel mais inflexible : « Bon, on recommence tout. »
J'ai dû réapprendre chaque geste appris à l'école, mais avec plus de précision, au dixième de millimètre. Six mois plus tard, je sortais enfin cette pièce en maillechort , que je conserve encore aujourd'hui.
À cette époque, l'enseignement ne s'encombrait pas de la profusion de polycopiés ou de parchemins grand format que les élèves affichent aujourd'hui fièrement. Mon CAP de bijoutier et mon Brevet d'État de gemmologie de décembre 1960 tenaient sur de modestes carrés de papier de 10 cm sur 10 cm. Nous n'avions pas de grands livres d'art pour nous guider, si ce n'est de rares ouvrages comme "Les Bijoux Antiques", déjà dépassés par la technicité moderne de la rue de Richelieu. Notre seul véritable manuel, c'était l'œil de l'ouvrier d'à côté et la rigueur du pied a coulisse et du Palmer.
À cette époque, l'enseignement ne s'encombrait pas de la profusion de polycopiés ou de parchemins grand format que les élèves affichent aujourd'hui fièrement. Mon CAP de bijoutier et mon Brevet d'État de gemmologie de décembre 1960 tenaient sur de modestes carrés de papier de 10 cm sur 10 cm. Nous n'avions pas de grands livres d'art pour nous guider, si ce n'est de rares ouvrages comme "Les Bijoux Antiques", déjà dépassés par la technicité moderne de la rue de Richelieu. Notre seul véritable manuel, c'était l'œil de l'ouvrier d'à côté et la rigueur du pied a coulisse et du Palmer.
Livre que j'ai reçu pour mon deuxième prix à l'école de bijouterie-joaillerie de la rue du Louvre.
Après mes 18 mois de service militaire, je suis revenu rue de Richelieu chez Candas fin 1963. Cette fois-ci directement sur le platine. Nous fabriquions tout à la main, notamment les chatons, même les petits. C'est de cette époque que je garde mon plus beau souvenir de transmission. Un après-midi, Candas m'appelle de son bureau de sa voix puissante : « Tout p'tit ! » C'était mon surnom à l'atelier, du haut de mes 1 m 63.
Nous voilà partis en métro vers le Faubourg Saint-Honoré, chez le célèbre fleuriste Lachaume. Pour une fois Candas avait reçu la commande d’une grande broche "Oiseau de Paradis" en or jaune, (je ne me souviens pas d'une autre pièce en or jaune) À l'époque, ces fleurs exotiques n'étaient pas courantes à Paris. Vers 18 heures, nous reprenons le métro pour le retour, chacun avec deux fleurs sur de grandes tiges, maintenues bien haut à bout de bras au-dessus de la foule des voyageurs pour ne pas en esquinter les précieux pétales.
Dès l'arrivée à l'atelier, Candas s'est mis au travail. Il est resté jusqu'à 21 heures à son bureau , me forçant à rester à ses côtés pour observer ses dessins, et me demander mon avis dont il ne tenait absolument pas compte ! Mais quel talent incroyable il avait pour interpréter la nature, marier les couleurs de l'or, et la délicatesse de l'émail futur.
Dès l'arrivée à l'atelier, Candas s'est mis au travail. Il est resté jusqu'à 21 heures à son bureau , me forçant à rester à ses côtés pour observer ses dessins, et me demander mon avis dont il ne tenait absolument pas compte ! Mais quel talent incroyable il avait pour interpréter la nature, marier les couleurs de l'or, et la délicatesse de l'émail futur.
Diadème Halo Cartier Londres, 1936
Le paradoxe économique du marché moderne
Pour l'expert judiciaire, le marché actuel présente une véritable anomalie. Historiquement, le platine a toujours été le métal le plus cher, culminant bien au-dessus de l'or en raison de sa rareté et de la complexité de son affinage. En août 2021 encore, alors que le palladium s'envolait à 70 000 € le kilo, le platine se maintenait à 29 000 €/kg.
Aujourd'hui, le cours du platine s'est effondré en dessous de celui de l'or jaune, bousculé par le désamour industriel (notamment dans les pots catalytiques) et la ruée spéculative vers l'or comme valeur refuge. Quelle ironie pour l'artisan ! Le métal le plus noble à travailler, le plus lourd au porté et le plus sûr pour maintenir les diamants est devenu financièrement plus abordable que l'or. Mais à l'établi, la hiérarchie ne change pas : le prix passe, le geste reste, et le platine conserve sa couronne éternelle.
Pour l'expert judiciaire, le marché actuel présente une véritable anomalie. Historiquement, le platine a toujours été le métal le plus cher, culminant bien au-dessus de l'or en raison de sa rareté et de la complexité de son affinage. En août 2021 encore, alors que le palladium s'envolait à 70 000 € le kilo, le platine se maintenait à 29 000 €/kg.
Aujourd'hui, le cours du platine s'est effondré en dessous de celui de l'or jaune, bousculé par le désamour industriel (notamment dans les pots catalytiques) et la ruée spéculative vers l'or comme valeur refuge. Quelle ironie pour l'artisan ! Le métal le plus noble à travailler, le plus lourd au porté et le plus sûr pour maintenir les diamants est devenu financièrement plus abordable que l'or. Mais à l'établi, la hiérarchie ne change pas : le prix passe, le geste reste, et le platine conserve sa couronne éternelle.
























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