mardi 22 juin 2021

Robert EHRET, le joaillier qui dessina la FRANCISQUE du Maréchal Pétain

 


Robert Léon Ehret est né  le 13 mars 1891 à Paris 2e, rue Saint-Antoine, Son père  Gustave Ehret est à cette époque Sommelier et sa mère  Marie-Thérèse Talivey est domestique,  quatre années après la naissance  de Robert, son père va enfin le reconnaitre et épouser sa mère, est-ce lui qui a placé sa jeune femme?  Toujours est-il qu'au mariage, elle indique comme profession: cuisinière.



Acte de naissance de Robert Ehret

En 1911, il est appelé au service militaire. Sa fiche matricule nous apprend qu'il réside alors à Paris 2e, 46 rue d'Agout,  la petite rue qui longe l'école de Bijouterie Joaillerie Orfèvrerie, devenue depuis la  Haute École de Joaillerie. Sa profession : ouvrier lapidaire.
Robert Ehret incorporé le 1er octobre 1912 et, comme la guerre mondiale éclate avant la fin de son service militaire, il reste sous les drapeaux jusqu'au 22 août 1919. Il eut une conduite exemplaire,  cité quatre fois à l'ordre du jour de la division, blessé à deux reprises, on l'a cru disparu en mars 1918. En réalité, il a été fait prisonnier et interné à Karlsruhe d'où il est libéré après l'armistice de 1918. 
Au cours des sept années passées sous l'uniforme, Robert Ehret monte en grade : brigadier en 1913, maréchal des logis en 1914, adjudant en 1915, sous-lieutenant en 1916, lieutenant en 1919.  il devient capitaine de réserve en 1935. En 1920, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en reconnaissance de ses mérites militaires.




Acte de mariage de Robert Ehret, en 1922, il se déclare  "Lapidaire", l un de ses témoins est Pierre Basset, joaillier a Neuilly, l autre témoin est ingénieur, tous trois sont médaillés de guerre et Pierre Basset a reçu lui aussi la légion d'honneur.  A cette date, Robert a 31 ans habite toujours chez ses parents rue d'Argout,   et est certainement salarié d 'une entreprise, mais je ne pense pas que ce soit chez Van Cleef & Arpels qui n'avaient pas d'atelier.
Ce n'est que dix ans plus tard que Van Cleef & Arpels, vont "annexer" un atelier qui travaillait déjà pour eux, mais aussi  pour Janesich, Lacloche, Boucheron, Ostertag , Mauboussin....
C'est donc Alfred Langlois  un grand "Boitier" qui va signer un contrat d'exclusivité  avec Van Cleef. A cette époque Langlois avait 15 employés.
Van Cleef & Arpels  donnaient aussi du travail à Strauss-Allard et Meyer,  Desmares, Frey, Verger, Rubel, Lenfant, Péry, Mirra, Boisson, Dumont et selon madame Sylvie Raulet, l'atelier Ehret.
Donc il est plus conforme à la réalité de dire que Robert Ehret ne travaillait pas Chez Van Cleef & Arpels, mais en tant qu'artisan, installé à son compte, pour Van Cleef & Arpels


D'ailleurs si je me fie au livre Van Cleef & Arpels de Sylvie Raulet écrit en 1986, on peut voir que deux bagues  sont dessinées par Renée Rachel Puissant Van Cleef et que ces dessins font partie de la collection de l atelier Ehret.
Ce qui veut dire que l'Atelier Ehret a exécuté ces modèles pour VCA et a gardé les dessins gouachés.

D'après Mr Jean Claude Streicher, En septembre 1940, le commandant Bonhomme, officier d'ordonnance du Maréchal Pétain et ami du capitaine Ehret, présente ce dernier au docteur Bernard Ménétrel, médecin et proche conseiller du Maréchal. Apprenant sa qualité de joaillier, Ménétrel lui demande de concevoir un insigne symbolisant l' "unité française aux ordres de son chef, le Maréchal Pétain. Il s'agissait donc de remplacer l'effigie de Marianne et les lettres RF, symboles républicains devenus caducs.
Cette dernière phrase démontrant le début du culte de la personnalité.





 On ne pouvait reprendre, en effet, l'ancien fanion tricolore frappé des lettres RF, ni la Marianne "franc-maçonnique" puisque la République avait été suspendue. A partir d'une suggestion du Dr Ménétrel, médecin personnel et secrétaire particulier du Maréchal, le façonnier de bijoux proposa alors un emblème composé d'un bâton de maréchal bleu aux dix étoiles, « aux extrémités d'or et accosté de part et d'autre d'une francisque d'argent », la hache de guerre des anciens Francs. Ces deux lames se voulant le symbole des deux grandes victoires remportées contre l'Allemand, Tolbiac et Verdun. L'idée plut et a été aussitôt adoptée².
 D'abord emblème personnel du Maréchal, la francisque gallique est devenue sa distinction personnelle, nouvelle Légion d'honneur, par la loi du 16 octobre 1941 en vue d'honorer tous ceux « qui se sont donnés à lui, (comme) lui-même a fait don de sa personne à la France ». Elle sera remise à 2 626 récipiendaires, dont 3 femmes, pour seulement 15 radiations.(jean claude Streicher)


Journal Le Matin de mars 1942 et la suite ci-dessous




Nous avons aussi le récit d'un intime du Maréchal, Henri du Moulin de la Barthète, chef de son cabinet civil.
« L'institution de la francisque, écrit-il dans ses mémoires, à laquelle s'attachait aussi un serment de fidélité, m'apparut dès ses débuts comme un monument de puérilité. On a voulu voir dans cet insigne un critère de sélection, un modèle de récompense pour les bons serviteurs de l'Ordre nouveau.
« La vérité fut beaucoup plus simple. Un officier de réserve, dessinateur de son métier et façonnier chez Van Cleef, le bon capitaine E... (il l'anonymise, puisqu'il le raille), s'essayait dans les bureaux du docteur Ménétrel, à découvrir un motif ornemental qui pût servir de thème aux armoiries du chef de l'Etat. Au sein des pires catastrophes, il se trouve toujours de paisibles esprits pour taquiner l'encre de Chine et s'engager dans des fantaisies héraldiques. La chose en soi n'était pas grave. Mais le capitaine E..., en exhumant de quelque vieux recueil la double hache de la francisque gallique, s'avisa de substituer au manche de l'arme le bâton de maréchal et de dessiner, sur les tranchants des cercles tricolores... Que représentait, au juste, cet insigne ? A mes objections, l'on répondait toujours : il faut que les fidèles du Maréchal puissent se compter. »



 Nouveau drapeau de "l'Etat Français" dessiné par Robert Ehret


D'après Wikipédia: les Ateliers Ehret à Paris auraient eu l'exclusivité de la fabrication des francisques en or et de celles en or et diamants, alors que les insignes en bronze et émail étaient fabriqués par les établissements Arthus-Bertrand et Augis.
Quelles sont les sources de cette information?




Le Maréchal décore François Mitterrand de la Francisque , c'est donc François Mitterrand qui en a fait la demande et a signé son allégeance au Maréchal  en 1942. Il y eut aussi parmi tous les décorés, Maurice Couve de Murville, Edmond Giscard d'Estaing, Raymond Marcellin, Antoine Pinay....troublant!!




En revanche Mr  Streicher indique dans son ouvrage: 
 Mais Louis-Dominique Girard apporte un autre détail qui a son importance. A l'en croire, le capitaine Ehret était le « conservateur de la fortune des (Van Cleef & Arpels), joailliers israélites réfugiés aux Etats-Unis pour la durée de l'occupation. (Et c'est justement) pour lui faciliter la garde d'un trésor convoité par les Nazis (que le Maréchal) l'avait pris à son secrétariat particulier. »¹ Cette indication doit être prise au sérieux, car l'ancien chef de cabinet, toujours d'une extrême rigueur, est difficile à prendre en défaut. Sur son blog, Jean-Jacques Richard, l'historien des Van Cleef & Arpels, confirme effectivement, documents originaux à l'appui, que les joailliers parisiens ont pu déménager tous leurs stocks de bijoux, d'or et de matières précieuses en zone libre dès le mois de juin 1940, puis deux mois plus tard transférer leurs parts à deux associés et des membres de leur personnel, avant de se réfugier à New York. En juin 1942, une enquête de la Treuhand und Revisionsstelle a donc conclu pour leur entreprise familiale à une « aryanisation non sincère », qui ne pouvait être homologuée.


1944


1944

Je ne sais comment interprêter ce texte, certains a partir de ce texte citent Ehret comme le sauveur de la fortune des Van Cleef & Arpels. Mais jamais la famille Arpels ou d autres n'ont cité Ehret!!!
Personne n'a répondu à une question que j ai souvent posée: Où sont passés les stocks et l' argent liquide de Renée Rachel Puissant Van Cleef  lorqu'elle est décédée  en décembre 1942 à Vichy?

Radiation de Robert Ehret en 1946

Je pense que le Colonel Marty, bras droit et cousin de René Bousquet  vu son poste d intendant de la police de Vichy , avait fait le ménage après la mort de René Rachel  Van Cleef et qu il avait rendu de la marchandise aux Arpels à leur retour en France, sinon comment expliquer pourquoi à sa libération de prison pour collaboration, il ait été engagé par les Arpels.?

Sans doute la Treuhand n'a-t-elle rien pu y changer, car le 19 octobre 1944, donc au lendemain de la libération de la capitale, Claude Arpels et Paul de Leseleuc, seuls gérants de l'entreprise familiale, certifient à Paris que René Bry, leur commissaire-gérant depuis 1940, leur a tout restitué « sans manquant »


 En réalité le 4 septembre 1943, le directeur général de l aryanisation économique au secrétariat général de l'Aryanisation  confirme que René Bry  administrateur de Van Cleef & Arpels, au 19 avenue de l'Opéra (en 1940 artisan en étage rue Sainte Anne), est relevé de ses fonctions, mais il faudra attendre le 19 octobre 1944 (Claude Arpels est venu des Etats unis fin aout 1944) pour que René Bry obtienne le quitus des comptes gérés par lui   pendant cette aryanisation.
Théoriquement,  c'était à l acheteur qui avait repris la maison Van Cleef & Arpels, Mr De Leseleuc de lui donner ce quitus des 1943, mais comme ce fut une aryanisation Bidon!!!!!

Cette autre phrase est difficile a accepter: Les données manquent sur le devenir de Robert Ehret après l'écroulement du régime de Vichy, à l'exception de sa nomination au grade d'officier de la Légion d'Honneur en 1963. Cette promotion écarte tout soupçon de collaboration que sa présence auprès de Pétain aurait pu susciter.

Pour ce qui est de sa promotion dans l ordre de la légion d honneur, ce n'est pas une preuve car par exemple ce fameux colonel Marty déjà Officier de la légion d’Honneur demande en 1970 à être « Commandeur » et il a été nommé !!! L’enquête de gendarmerie n’a rien trouvé ….en 1971..Il a été nommé après sa mort en plus. Il a gardé toutes ses relations.

Comme quoi un homme qui était le bras droit de René Bousquet, qui a été l un des organisateurs de la rafle de Marseille, qui fréquentait Bonny et Lafont, qui  a fait aussi décorer de la Légion d'honneur, les sadiques du SRAMAN (service de répression des menées antinationales)  etc...etc, peut  non seulement ne pas être radié de l'ordre, mais monter en grade dans l ordre

Après la guerre, que devient Robert Ehret, je n ai pas trouvé s' il avait été inquiété, en tous cas il avait continué son atelier.  1947-48 Ehret est joaillier fabricant  28 rue saint Roch,  son poinçon déclaré à la garantie est   R.E. avec pour symbole  un pierrot.

Ce fut une période si trouble!!!!!

Le personnel politique de l'État français n'était pas homogène . On y trouvait des nationalistes farouchement anti-Allemand, des technocrates peu engagés politiquement, des arrivistes (où classer Mitterrand par exemple) et des collaborationnistes proches de l'idéologie nazie, des petits malins qui profitaient de la situation. Robert Ehret était  depuis la guerre 1914-1918  accablé par la défaite de 1940, avait été fait prisonnier donc il était anti-Allemand,  il avait  confiance dans le héros de Verdun, le Maréchal Pétain .
Pourtant, tous, ils ont su que des gens étaient déportés, raflés, ils ont signé des ordres qui n'auraient pas du être appliqués, et  alors que Mitterrand vire de bord en 1943, Robert Ehret, lui,  est attaché au secrétariat personnel du Maréchal Pétain et confirmé dans ses fonctions le 4 fevrier 1944 soit  4 mois avant le débarquement.
En  1945 , il habite à Saint Mandé 1 bis avenue Victor Hugo (Val de Marne) mais c'est à Montreux en Suisse que Robert Ehret meurt le 17/08/1968 à l'àge de 77 ans 

Contrairement à Mr Jean-Claude STREICHER, j ai pu accéder au  dossier de Légion d' Honneur de Robert Ehret, y figure bien sa décoration comme Chevalier à titre militaire, mais comme Officier en 1963, il n y a aucun apport dans le dossier sur le pourquoi il a demandé à y être élevé et l' a obtenu.

Un commentaire est toujours le bienvenu:  richard.jeanjacques@gmail.com

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