samedi 28 février 2026

Faire une médaille de 103grammes en or en 4 jours : par Jean Jacques Richard, Joaillier

Simulation de la médaille en or 18 Kt avec surfaces polies (lettres et mains) et fond satiné, d’après le modèle gravé original.

Une médaille en or en quatre jours.

Souvenir d’atelier – livré à Vélizy, 18 avril 1985.

On me demanda une médaille en or.  Grande. Importante. Conforme au dessin des services de l'entreprise, 6 centimètres de diamètre. 5 millimètres d’épaisseur.
Et quatre jours pour la livrer.

Faire sculpter une matrice en acier ? Impossible.  Graver un coin de frappe** ? Hors délai. Modeler en plâtre puis réduire ? En cire directement ? peur d'être imprécis. Trop long. 
Il fallait trouver autre chose.

C'est une grande entreprise, installée près de Rouen où je fus maître artisan joaillier pendant 44 ans.
La plus grande usine de ce groupe italien se trouve à Villers-Écalles, en Normandie, où se trouve la production la plus importante de Nutella au monde. 
Un délai si court ne pouvait être tenu par leur grand fournisseur de la rue de la Paix à Paris, j'acceptais.


L' une des réussites du PDG en France  avait été de réaliser l entente parfaite  entre les services de marketing et de ventes et ces deux services tenaient avant son départ a lui faire un cadeau souvenir.Nos amis italiens aiment l'or.

L’idée
je me suis souvenu d’un procédé vu chez un imprimeur : la photogravure chimique.
Non pas pour une plaque décorative, mais pour creuser profondément — jusqu’à obtenir un véritable relief.

Le dessin à l’échelle définitive m'avait été fourni par la maison.
Aucune demi-teinte. Du tranché. du franc.
Je demandai à l’imprimeur : « Ronger le plus profond possible. »  

La chimie comme sculpteur.

Plaque  épaisse. Vernis photosensible.  Insolation UV. Révélation.
Puis bain de perchlorure de fer. 

Là où le métal était mis à nu, l’acide attaquait. Longtemps.  Non pas quelques centièmes de millimètre,
mais plusieurs millimètres.
Plus l’attaque durait, plus les reliefs émergeaient.  Les flancs devenaient légèrement inclinés .l’acide travaille aussi latéralement . Mais cette pente donnait presque un modelé naturel.

En quelques heures, la chimie avait remplacé le burin.

Mais les plaques de gravure photo en magnésium (je crois) ne font que 2 m/m5 d'épaisseur.
Le temps pressait, je pris un morceau de cuir que j'avais dans l'atelier, et je le collais sous la plaque, pour obtenir 5m/m5 d'épaisseur totale. Le cuir , avec le recul je trouve que c'était une drôle d'idée, mais dans l'urgence .......


De la plaque à l’or

La plaque gravée devint matrice.   Donc, le train pour Paris après avoir prévenu mon fondeur de mon arrivée...
La suite : empreinte silicone.  Cire.  Fonte à la cire perdue.
Le tirage en or sortit plein, dense, lourd en main : 6 cm de diamètre, 5 mm d’épaisseur.
Une médaille qui avait une présence réelle, presque architecturale.
Le relief était net, graphique, sans hésitation.
Retour dans la soirée à l'atelier. Le lendemain, reprise du pourtour, soudure d'une bélière, polissage de l'autre face de la médaille.
Nous sommes vendredi, le service de la garantie accepte de me recevoir de suite et poinçonne de la tête d'aigle pour l'or à 750/1000ᵉ.


Cette grande maison avait pour l'occasion fait un N° spécial du Figaro Magazine avec couverture, 2ᵉ de couverture, avant-dernière et dernière page surle sujet de ce prochain départ.




Le 18 avril 1985 – Vélizy

Lorsque je la vis passer autour du cou de son destinataire par le futur PDG français, je mesurai le chemin parcouru en quatre jours.
De la table à dessin au bain d’acide, du moule à l’or fondu, puis à la cérémonie.
La médaille était née d’un détour technique, d’un souvenir d’atelier, d’une urgence transformée en solution.



Ce que cette médaille m’a appris


Un atelier vit de traditions.  Mais il survit par l’invention quand il faut livrer à temps.
Connaître les procédés de l’imprimerie, comprendre la chimie des métaux, oser détourner un outil de sa fonction première,
Voilà ce qui permet parfois de tenir un délai impossible. 
Ce jour-là, ce n’est pas le burin qui a travaillé.
C’est l’acide.


Derniere page de ce numéro spécial du Fig-Mag

** En numismatique, le coin est un morceau de métal, généralement en acier et de forme cylindrique, sur lequel est gravée en creux l'empreinte d'une pièce de monnaie ou d'une médaille. Cette gravure est réalisée à partir d'une matrice, réalisée par un maître-graveur

Making a 103-Gram Gold Medal in Four Days

A Workshop Memory – Vélizy, April 18, 1985

I was asked to produce a gold medal.
Large. Substantial. Official.

6 cm in diameter. 5 mm thick. 103 grams of gold.

And only four days to deliver it.

Having a die engraved? Impossible within that timeframe.
Sculpting a plaster model and reducing it mechanically? Too long.
Striking it traditionally? Out of the question.

I had to find another way.


The Idea

I remembered a process I had once seen in industrial printing:
photo-engraving with acid.

Not for a thin decorative plate,
but for deep etching — deep enough to create true relief.

I drew the design at full scale.
Black for the recesses. White for the raised parts.
No half-tones. Only sharp, decisive contrast.

When I brought the artwork to the printer, I gave a simple instruction:

“Etch it. As deep as possible.”


Chemistry as a Sculptor

A thick brass plate was prepared:

  • coated with photo-sensitive resist

  • exposed under UV light

  • developed to reveal the bare metal

Then it was immersed in ferric chloride.

Where the metal was exposed, the acid attacked — slowly but relentlessly.

This was no shallow decorative etch of a few tenths of a millimeter.
We aimed for several millimeters of depth.

As the bath continued, the relief gradually emerged.
The walls were slightly tapered — acid always undercuts —
but that natural slope gave the design a subtle modeling effect.

In a matter of hours, chemistry had replaced the burin.


From Brass Plate to Gold Medal

The deeply etched plate became my master model.

Silicone impression.
Wax reproduction.
Lost-wax casting in gold.

The final piece was solid, heavy in the hand:
6 cm across, 5 mm thick, 103 grams of gold.

The relief was crisp and graphic, almost architectural.
Industrial precision serving an object of honor.


April 18, 1985 – Vélizy

When I saw the medal placed around its recipient’s neck,
I reflected on the journey it had made in just four days.

From drawing board
to acid bath
to mold
to molten gold
to ceremony.

The medal had been born from a technical detour —
from a workshop memory revived under pressure.


What That Medal Taught Me

A workshop lives on tradition.
But it survives through invention.

Knowing the techniques of printers, electroplaters, founders —
understanding the chemistry of metals —
daring to repurpose an industrial process for jewelry —
that is what sometimes makes the impossible deadline possible.

That day, it was not the engraver’s burin that did the work.

It was the acid.

And four days were enough.

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Faire une médaille de 103grammes en or en 4 jours : par Jean Jacques Richard, Joaillier

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