mercredi 22 avril 2026

Maurice BECK, son fils, son neveu, peu connus, et qui pourtant ont travaillé pour Boivin, Cartier etc. Puis "René et l'énigme Perseval" : Protection temporaire ou appropriation définitive


Un collectionneur, de mes lecteurs, m'a adressé cette petite épingle en platine avec un poinçon qui m'intrigue.


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Le poinçon sur cette épingle est celui de la société Maurice Beck. De petites erreurs dans le "Verlet" me font faire cet article pour mieux connaitre cette famille de bijoutiers.

Une chance, l'arrière-arrière-petite-fille de Maurice a fait sa généalogie et a répondu à mon message.

Donc Moïse Jacob Beck est né le 8 novembre 1867 à Krakow (Cracovie) en Pologne, mais sous l'Empire austro-hongrois.

Quand quitte-t-il Cracovie pour Paris ?  Après son mariage avec Flora Reich le 21 mai 1895 à Podgorze, petit hameau de Cracovie qui deviendra avec les nazis, en 1941, le ghetto de Cracovie. 

À Paris en 1897, il va s'associer avec Robert André Silberstein qui s'était installé à Paris en 1893, 

Voir: https://www.richardjeanjacques.com/2024/09/siberstein-robert-andre-un-parcours-de.html


Ils ne restent pas longtemps ensemble et la société est dissoute le 11 mai 1898.


Mais le 19/04/1898, Maurice Beck fait insculper son poinçon de maître avec ses initiales M.B. et le symbole est un trèfle à quatre feuilles. Il se déclare fabricant bijoutier et est installé au 9 rue de Provence à Paris.
Son poinçon sera biffé le 20 février 1926. Merci à la maison Berganza de Londres


Dès qu'il est installé à son compte, il cherche un apprenti, présenté par ses parents.


C'est la naissance de René Beck le 22-10-1924  au 20 rue Drouot, fils de Moïse, 36 ans, en présence de Charles Beck, son oncle, 32 ans, joaillier, 116 rue Choron à Paris, et Léopold Wohlmuth, 48 ans, lapidaire.


C'est donc Charles qui travaille avec son frère aîné Maurice.


La société de Maurice Beck et son frère Charles est prorogée de trois ans pour finir le 1ᵉʳ mars 1912.

La maison Berganza de Londres a revendu cette bague Belle Époque en diamants et rubis birmans , signée Maurice Beck. Un diamant taille coussin , issu d'une ancienne mine, orne le centre de la monture ajourée. Sertissage à grains d'un poids approximatif de 1,60 carat , entouré de dix diamants ronds Bague ornée de rubis birmans naturels non chauffés, taille ancienne, sertis à grains ouverts, d'un poids total approximatif de 0,80 carat, et de huit diamants taille rose, également sertis à grains ouverts, d'un poids total approximatif de 0,02 carat. Le poids total des diamants est d'environ 1,62 carat. La monture, élégante, présente un sertissage en forme de couronne avec une bordure gravée , une galerie festonnée ajourée et un dos ouvert de forme fantaisie. Les épaules , ornées de motifs végétaux stylisés, se prolongent jusqu'à un anneau massif chanfreiné et fuselé . Poinçonnée or jaune 18 carats , sertissage en platine (testé ) , poinçon de maître Maurice Beck, France, vers 1910.


1922 dans l'annuaire Didot-Bottin pour la rue Drouot


Nous découvrons que Maurice Beck (après vérifications) était membre de la Chambre syndicale de la BJO, rue du Louvre à Paris, en 1923.


Jewellery Discovery, 58 Davies Street, 4th Floor, London, a revendu cette:
Bague ancienne française Art Nouveau de Maurice Beck, ornée d'un double serpent en rubis et diamants. Une tête est sertie d'un rubis rose, l'autre d'un diamant taille ancienne. Les deux têtes sont gravées en forme d'écailles. Monture en or 18 carats, poinçon de l'aigle français, poinçon de maître (MB) et trèfle à quatre feuilles. Attribuée à Maurice Beck entre 1898 et 1926. Beck était un joaillier parisien renommé. Dans les années 1920, il créa des bijoux pour René Boivin.

Ils ne sont pas les seuls à écrire que Beck a travaillé pour René Boivin, mais c'est difficile à trouver, car on préfère vendre du Boivin que du Beck et les poinçons de Maître ne sont pas relevés.


Dans le journal "Le Matin", l'annonce du décès de Maurice Beck




Son certificat de décès











Bonjour Monsieur,
Je viens de lire votre article sur Maurice Beck. Dans le catalogue des bijoux proposés, figure une épingle de cravate dont le modèle m'a rappelé un bijou vendu l'an passé chez Gros-Delettrez (rectangle de "saphir" et diamants en perspective) et attribué à Cartier (lot 33 de la vente du 4 avril 2025). Il était dans un écrin Cartier qui ne mentionnait pas l'adresse de New York, donc antérieur à 1909, pour un bijou présenté comme étant des années 1910-1920. J'avais demandé une photo du poinçon d'atelier et je me demande s'il ne s'agirait pas de celui de Maurice Beck. 


Ce poinçon sur l'épingle 141, apparemment vendue par Cartier, est bien celui de Maurice Beck (ci-dessous).


Cette épingle est bien dans un écrin Cartier, mais a-t-elle été vendue par Cartier ? 



Si cela vous intéresse, j'ai le tarif de cette époque.


Suite à la publication de cet article, la maison MOHS  https://maisonmohs.com m'a adressé avec gentillesse cette bague de la Maison BECK tout à fait dans le style de son catalogue.


Bague Art déco saphirs diamants en or 18 carats et en platine. Bague bandeau centrée d’un saphir de synthèse, encadré par des saphirs disposés en chevron et de diamants taillés en rose.
Poinçon tête d’aigle et poinçon d’orfèvre Maurice Beck. Tour de doigt : 53 UE ou 6.5 US
Poids total estimé des diamants : 0,14 ct Poids du saphir de synthèse : 0,90 ct Poids : 3,09 g

A cette époque, de nombreux fabricants s'étaient précipités pour se servir de saphir de synthèse, qu'il  est plus juste d'appeler corindon synthétique de couleur bleue L'argument étant qu'il était semblable au saphir naturel.
Le premier procédé de cristallisation à l’état fondu fut inventé par Auguste Verneuil en 1891 alors qu’il cherchait à synthétiser des rubis pour la joaillerie. Le principe fondamental du procédé Verneuil est le même pour les autres méthodes à partir de l’état fondu : le matériau est fondu puis cristallise au contact d’une fraction d’un monocristal préalablement obtenu, appelé germe. Pour travailler avec le corindon (de formule Al₂O₃, composant les rubis et saphirs), il est nécessaire de monter à très haute température (fusion à 2050 °C), ce qui est réalisé par l’utilisation d’un chalumeau oxhydrique (H₂ + ½ O2 → H2O, température de flamme de 2700 °C). Le corindon est introduit sous forme de poudre fine par un vibreur qui en fait tomber de petites quantités directement dans la flamme du chalumeau. La goutte alors formée tombe au sommet du germe et se cristallise en suivant l’arrangement cristallographique du cristal déjà présent. Le cristal en croissance est progressivement abaissé pour que la cristallisation s’opère à température constante. En fin de synthèse, un cristal en forme de bouteille est obtenu.






1ᵉʳ mars 1928, la société est modifiée. René Beck prend la suite.  


La maison Mohs m'adresse une autre bague de Maurice Beck.



Est-ce une faute d'orthographe ?

La maison Mohs a écrit : Bague Art Deco diamants en or blanc 18 carats (750 millièmes). La tête de bague est rectangulaire, avec des lignes géométriques simples. Elle est pavée de quatorze diamants taille ancienne, dont quatre plus importants au centre. Bague de la période Art déco, circa 1920/1925, réalisée par Maurice Beck.
Maurice Beck était un joaillier fabriquant du début du 20ᵉ siècle, ayant notamment travaillé pour René Boivin.
Poinçon tête d’aigle et poinçon d’orfèvre Maurice Beck (actif à Paris entre 1898 et 1926)
Tour de doigt: 46 UE ou 3,5 US (mise à taille possible sur demande)
Condition : rayures d’usage, légers manques sur deux diamants.
Poids estimé des diamants : 1,10 carat
Poids : 6,5 g





Beck, fils et neveu, en 1929 dans la Revue HBJO



1932 dans la revue Paris Adresses


Curieusement ce bracelet de René Boivin de la ligne "l'Irradiant" est en métal.
En vente à la galerie parisienne, 26 rue de Seine à Paris Mais celui-ci-dessous est en argent.



La maison Aguttes à Neuilly a revendu ce bracelet : RENE BOIVIN
Bracelet "Irradiant" composé d'un large jonc en argent à décor d'une mosaïque "miroir" argentée. Poinçon de maître Maurice Beck 1898-1926 Quelques accidents et manques sur une face Diam.: env. 6 cm, Pb : 60,39 g



RENE BOIVIN revendu
Bracelet "Irradiant" composé d'un jonc rigide à décor d'une mosaïque dorée.
Diam.: 7 cm – Larg.: 2,2 cm
Pb : 25,6 g
Accompagné d'un certificat de Françoise Cailles attestant qu'il s'agit d'une création Boivin vers 1932.

Ce certificat est très imprécis à part nous dire d'acheter ses livres pour savoir en quelle matière, etc. 


En 1935 apparait un certain Auguste Perseval, dont voici le poinçon.

Perseval Prénom : Auguste, initiales : AP, 20 rue Drouot, bijoutier, symbole : fer à cheval 1 étoile au centre
Date d'insculpation (pour les orfèvres) : jeudi 31 octobre 1935.
On va retrouver cet homme en 1941 et 1945.


Et puis son poinçon change en 1941 : nom "Perseval et Cie" Producteur, initiales P et CIE, 20 rue Drouot.
Profession : Fabricant bijoutier Lieu d'activités : 20 rue Drouot, Paris (75) Symbole (pour les orfèvres)
trèfle à 4 feuilles Date d'insculpation (pour les orfèvres) : mardi 4 mars 1941 Numéro du registre de la garantie (pour les orfèvres) : 1486
Mais, après la guerre 39-45, il retrouve son premier poinçon de 1935, symbole : fer à cheval, 1 étoile au centre. C'est étonnant. 
Je pense qu'indiqué à la même adresse que René Beck, il consentit à administrer l'affaire BECK aryanisée, et aurait dû rendre, comme beaucoup, cette affaire, une fois le conflit terminé. Malheureusement il ne le fit pas.


Le 21 novembre 1942, René Beck, fils de Maurice, réfugié en zone libre, obtient une carte d'identité par l'« ÉTAT-FRANÇAIS » du maréchal Pétain.


Poinçon de René Beck


Le dictionnaire VERLET est totalement imprécis, Perseval dépose un poinçon en 1941, Beck reprend  ce poinçon en 1946, même marque Argem, même adresse !!!! 😕😖😕


Cette bague est gravée à l'intérieur : ARJEM : René Beck, le 19 mars 1946, peut à nouveau insculper son poinçon.
ARJEM était une marque de fabrique déposée.

Beck  Prénom : René ; initiales : RB  Localisation : 20 rue Drouot  Fonctions et activités : Profession : Fabricant bijoutier. Symbole (pour les orfèvres) : un trèfle à 4 feuilles. Date d'insculpation (pour les orfèvres) : mardi 19 mars 1946 Numéro du registre de la garantie (pour les orfèvres) : 1882

 

Sans archives, cette bague ne peut être datée précisément..

Curieusement Auguste Perseval et René Beck sont tous deux, dans l'azur de 1952, puis René Beck en 1961, au 20 rue Drouot, Paris.
Or, d'après la famille, n'ayant pas récupéré ses locaux, aryanisés pendant la guerre, René Beck, après la perte de son procès en récupération de son bien, ne serait jamais retourné au 20 rue Drouot après la guerre.
C'est arrivé à beaucoup de joailliers spoliés.

Cela vaut la peine de chercher le pourquoi.  Je me suis fait communiquer le dossier d'aryanisation de Maurice Beck Fils et neveu. Je remercie ce service qui m'a communiqué 126 pages sur cette affaire.

Lorsque l'on lit un dossier d'aryanisation une première fois, on cherche souvent le « coupable » et la « victime ». Après six ou sept lectures, on commence à voir les nuances, les mécanismes économiques et les difficultés de l'après-guerre.

On comprend que René Beck, au vu des évènements, a organisé une sorte de "vente à réméré". Il vendait son affaire à l'un de ses employés, nommé Auguste Perseval, en vue de la reprendre si les évènements le permettaient.

La famille Beck retient naturellement :

« Perseval n'a rien rendu. »

Mais en relisant le dossier, je découvre que :
  « Les archives montrent que les biens immobiliers spoliés à la famille Beck furent restitués après la guerre. En revanche, la question du fonds de commerce et de sa clientèle demeura beaucoup plus complexe. C'est de cette difficulté que naquit, au sein de la famille, le sentiment durable que la maison Beck n'avait jamais été véritablement restituée. »

En droit comme en histoire économique, il faut distinguer plusieurs choses :  

Le 20 rue Drouot


1. Le fonds de commerce


La maison Beck n'était pas seulement un local ou un atelier. Un fonds de commerce comprend notamment :
la clientèle ;
l'achalandage ;
le nom commercial ;
les fichiers clients ;
les relations avec les fournisseurs ;
le droit au bail ; car René Beck n'était pas propriétaire des locaux, mais avait un bail commercial
parfois les modèles et archives.
La situation de la maison Beck Fils & Neveu était cependant beaucoup plus complexe. Si la famille a conservé le sentiment que l'entreprise ne lui fut jamais véritablement rendue, il convient de rappeler qu'il ne s'agissait pas seulement d'un immeuble ou d'un atelier, mais d'un fonds de commerce dont la valeur résidait essentiellement dans sa clientèle, son nom et ses relations commerciales.



2. L'immeuble du Vésinet

Là, nous sommes dans une situation différente. La photo ci-dessus est une maquette que la famille a conservée, je dois cette photographie à la petite-fille de René Beck.

L'immeuble appartenait à René Beck à titre patrimonial.
S'il a été vendu sous l'autorité du Commissariat général aux Questions juives puis restitué en 1946, cela correspond à un mécanisme classique de restitution d'un bien immobilier spolié. L'immeuble existe toujours ; son propriétaire est identifiable ; la restitution est juridiquement possible.  

3. Pourquoi l'affaire Beck est-elle plus complexe ?

Même si le tribunal avait ordonné à Perseval de « rendre l'affaire », il aurait été très difficile de reconstituer exactement la situation de 1939. Une clientèle n'est pas un immeuble.

Elle évolue  certains clients disparaissent ; d'autres arrivent ; les relations personnelles changent ; la réputation de la maison se transforme. C'est probablement pour cela que le contentieux a dû être particulièrement délicat.

 Si l'immeuble familial du Vésinet fut restitué à René Beck dès 1946, la situation de la maison Beck Fils & Neveu était bien plus complexe. Le fonds de commerce, dont la valeur résidait principalement dans sa clientèle et son activité, demeura entre les mains de Perseval. Cette situation alimenta longtemps le sentiment, au sein de la famille Beck, que l'entreprise n'avait jamais véritablement été restituée. Lorsqu'après la guerre, Perseval continue l'activité sous son contrôle, ce qu'il conserve réellement, c'est essentiellement la clientèle et la continuité commerciale.

C'est souvent cela qui constitue la valeur principale d'une maison de joaillerie. et c'est peut-être ce que René Beck aurait souhaité que Perseval lui rende.


Cependant force est de constater que dans le BOTTIN de 1920 et 1925  Maurice Beck était installé


Mais pas de Perseval

C'est souvent cela qui constitue la valeur principale d'une maison de joaillerie. et c'est peut-être ce que René Beck aurait souhaité que Perseval lui rende.


Dans ce dossier d'Aryanisation,  une note m'intrigue, mais la réponse de la petite fille de René Beck, nous éclaire.
"Les Allemands sont arrivés pour récupérer la maison au Vésinet pour essayer de l’aryaniser. Et en fait mon arrière-arrière-grand-père maternel Auguste Hébert, qui était donc le père de Bleuette (femme de René Beck), amena des documents pour prouver que René Beck et Bleuette Hébert étaient mariés par séparation de biens et que donc la maison était la propriété uniquement de Bleuette Hébert, qui n’était pas juive ni reconnue comme juive. Et donc la procédure d’aryanisation s'est naturellement arrêtée."

Le document ci-dessous confirme les dires de sa petite-fille.



Voilà le texte à part un mot en italique, M. Terroine est celui qui a présidé le comité de restitution après la libération : C'est un questionnaire adressé à: 
Le lieutenant de vaisseau Monsieur Hebert Auguste, 45 bd Roosevelt (ex-Italie) (Le Vésinet) [Seine-et-Oise], à Monsieur le Chef du Service des Restitutions, 1, rue de la Banque, Paris IIe 


La masion de René et Bluette Hebert (photo de famille)

Monsieur, J'ai l'honneur de vous faire connaître que la propriété de M. René Beck, mon gendre, n'a pas été vendue. Elle a été réquisitionnée par les Allemands seulement, qui l'ont transmise au ministre de la Santé publique quand ils ont occupé l'asile du Vésinet. Je suis resté dans le pavillon, dont j’avais été nommé gardien par les autorités allemandes de la police locale. Le 21 décembre 43, les Allemands m'ont mis à la porte, vidant la maison jusqu’à à nos propres affaires. Maintenant je suis rentré en la villa (pas sûr). À votre disposition pour de plus amples renseignements. Veuillez agréer, Monsieur Terroine l assurance de ma haute considération. 
 Le 2 février 1946 Aug,Hebert



Alors j'ai cherché pour clore cette aventure semi-tragique cette maison. Après la guerre, le boulevard d'Italie est devenu le boulevard Roosevelt, puis plus tard les N° de rues ont changé, ce qui était le 45 a pris quelques numéros de plus, mais c'est bien la maison. La famille y est restée longtemps, puis !!!!
J'espère que les propriétaires actuels ne m'en voudront pas d'avoir publié cette photo sur un site de vente immobilière. Après tout… leur maison a une histoire.


Donc je suis parti de Moïse Jacob Beck, né le 8 novembre 1867 à Krakow (Cracovie) en Pologne, sous l'Empire austro-hongrois. Et de nos jours, j'ai conversé avec l'arrière-arrière-petite-fille .



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