mardi 8 janvier 2013

La Manufacture Royale de Taille de Diamant à Paris (1779-1787) ou la volonté de doter la France d'un nouvel art sous Louis XVI

C'est une étonnante histoire  que j'ai découverte grâce a un ami, avec ses voeux, il avait glissé dans une enveloppe le mémoire d'une jeune femme sur la courte existence d'une manufacture de diamant installée sous Louis XVI à l'intérieur de l'hôpital des "Quinze Vingts" à Paris. Mon ami et moi avons été intrigués puis séduits rapidement par le travail de Bleue Marine Massard. 


Hopital des quinze vingt: BNF cliché 1927 de Mr Meurisse

Bleue-Marine Massard, désirait présenter un mémoire de Master II, et en cherchait le sujet, elle avait déjà retracé la carrière de Pierre-André Jacqmin, joaillier de louis XV, quand Mme Michèle BIMBENET-PRIVAT, conservateur en chef du patrimoine au Musée du Louvre, lui proposa ce thème, qu'elle aurait aimé traiter elle même mais qu'elle lui confia.
 Mme Bimbenet Privat lorsqu'elle était conservateur aux archives nationales avait fait la découverte d'une liasse de papiers saisis (après faillite)  et ayant appartenu à un certain "Isaac Schabracq", entrepreneur de la Manufacture Royale de taille de diamants à l'hôpital des quinze vingts.

Les frères Schabracq étaient trois, Ezechiel, Isaac et Emmanuel, ils tenaient depuis de longues années une "manufacture très considérable" à Amsterdam, spécialisée dans la "taille, préparation, coupe, et commerce du diamant"

Bleue Marine Massard a fait un travail important et digne de considération, mais je me suis demandé comment nos trois "juifs Hollandais" étaient arrivés en France, je pense avoir un début d'explication:
Un certain Monsieur Lavie Homberg, armateur au Havre mourut en 1766, et sa veuve se retrouvait seule avec six enfants, l'une de ses filles, Hélène, épousa  
Jean Baptiste Oppenheimber du Havre qui était banquier et armateur , elle s'occupa de sa maman mais se préoccupa aussi de ses frères cadets. A cette époque, les mariages étaient un peu arrangés.
Le mari d'hélene  avait un ami Hartog-Isaac-Lévy Schabracq riche armateur à Amsterdam époux de Caatje Cohen d'Amerfoort, l'une des plus anciennes familles juives des provinces unies.


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Port du Havre, fondé par François 1er  appelé Havre de Grâce, un havre est un abri, les Hollandais étaient déjà présents car l embouchure de la Seine était un véritable marécage et les Hollandais vinrent assécher les marais, techniques qu'ils connaissaient parfaitement

Madame Anne Mézin dans son livre "Homberg du Havre de grâce" nous révèle que   HARTOG ISAAC LEVY-SHABRACQ, maria sa fille Martine avec Samuel Marcus et il invita son ami Oppenheimber, et Hélène remarqua les dernières filles de la famille, de jolies blondes enjouées. L'Affaire ne trâina pas et en 1770 à Amsterdam en présence de la veuve Homberg qui accompagnait ses fils, Marie Anne Levy Schabracq devint madame Gerson Homberget et Judith devint madame Eliezer Homberg. Les deux jeunes ménages s'installèrent au Havre.

Une troisième soeur vint aussi s'installer au Havre en 1772 avec sa famille, Martine, l'épouse du Banquier Samuel Marcus qui en arrivant au Havre se fit appeler MARC .
Il est donc probable que leurs trois freres Ezechiel, Isaac, et Emmanuel, firent de mêmeeurent suffisamment  de contacts en Fr pour envisager de s'y installer.


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Presque tout est résumé dans ces notes du livre de Pierre-Bruno-Jean de la Monneraye "Souvenirs de 1760 à 1791"
De nos jours une entreprise étrangère de taille de diamants s'installerait en France le problème serait d'ordre commercial mais non politique, or a cette époque c'était un problème politique.
Nous avions de grands joailliers avec une forte production de bijoux et nous dépendions pour les pierres précieuses des importations.
Les pierres précieuses provenaient d'Inde, longtemps le trait d'union entre l'orient et l Europe furent les marchands de Venise, les diamants étaient acheminés par voie terrestre jusqu'à Constantinople et Venise avait le monopole du diamant du XIIIè au XVème siecle,  puis Vasco de Gama en 1498   ouvre une ligne directe avec les Indes, petit à petit le Marché se déplace vers Lisbonne.


Atlas nautique portugais attribué à Lopo Homem donnant l'état des connaissances que l on avait de la péninsule arabique et de l'inde en 1519 au temps de Vasco de Gama.

Pendant près de 200 ans ce seront surtout les Anversois qui tailleront le diamant, avec des provenances diverses, Londres, Amsterdam et la compagnie Néerlandaise des indes et Lisbonne. N'est il pas significatif que François Premier....par exemple..se soit refusé de recourir aux tailleurs de diamants parisiens pour passer commande à Anvers? Dans l histoire il ne sera pas le seul!

Le XVIII eme siècle va changer la donne, le Brésil et l'Inde ayant en commun la présence portugaise, ce serait un certain Sebastino Leme Do Prado, ayant vécu aux indes qui aurait identifié les premiers diamants au Brésil en 1725.
Les pierres furent envoyées aussitôt à Anvers pour expertise et les terrains diamantifères furent déclarés propriété de la couronne  du Portugal qui envoya aussitôt des troupes pour garder ces territoires. Nous sommes en 1730 et les "laveurs de diamants" fondent une colonie de Téjuco, qui allait devenir un siècle plus tard Diamantina.
De très importants diamants furent découverts, en l'espace de cinq ans de 1730 à 1735 le marché du diamant explosa et son prix diminua des trois quarts.


Connaissances générales de l'époque,
 ce livre (collection personnelle) date de 1780

 Au brésil, pourquoi le Portugal plutôt que l'Espagne?

C'est parce que le Pape avait arbitré en 1493 le conflit qui opposait l'Espagne au Portugal dans la conquête du nouveau monde et délimité les zones dont chacune des deux grandes puissances chrétiennes pouvait se prévaloir, il avait ainsi par avance donné force de loi au décret du 8 février 1730 qui fit de la couronne portugaise le propriétaire des mines de diamant au Brésil.
La Couronne et c'est important pour la suite, se réserva le monopole du transport, il fut interdit pour exporter des diamants en Europe d'utiliser d'autres navires que ceux du Roi.
En tout, dans cette aventure ce fut le souci de remplir les caisses de l'état portugais qui prévalut.
Lorsque les rentrées se furent révélées insuffisantes comparées à la quantité de diamants produite, et que de plus les prix du brut sur les marchés de Lisbonne, Amsterdam, Anvers et Londres furent tombés au quart de ce qui étaient pratiqués auparavant, on décida d'interdire les exploitations individuelles et en 1735 le gouvernement céda à de grandes entreprises le droit d'exploitation.
Comme je le signalais auparavant, les cours s'étaient effondrés, alors les portugais imaginèrent d'envoyer aux Indes une bonne partie des diamants brésiliens pour les mettre en vente à Goa, et ainsi les faire passer pour des pierres d'origine indienne. 
Ce n'était pas nouveau, ils avaient déjà fait le coup pour des émeraudes....


Connaissances générales de l'époque,
 ce livre  date de 1780 année de la manufacture

C'est dans ce contexte que les frères Schabracq arrivent à Paris.

Le commerce ne s'établit que de Roi à Roi, il se fait entre Lisbonne, Londres, Amsterdam, Paris est en dehors du marché alors qu'il a les meilleurs joailliers donc besoin de diamants.
La France était-elle demandeuse, ou était-ce une idée des Schabracq, Bleue-Marine Massard nous précise que Schabracq offrit "de transporter sa manufacture afin de faire revivre en France une des branches les plus riches du commerce"
Mais on verra plus loin l'importance du Duc de Chartres qui apparemment lui demanda de venir en France.

D'un point de vue économique, faire venir les Schabracq permettait de fixer en France la taille du diamant et empêcher la fuite des capitaux à l'étranger estimée à une somme de deux millions par an.

Et cette dépense, mauvaise pour notre balance commerciale ne pouvait aller qu'en augmentant et puisque nous montions des bijoux pour le monde de l'époque, on aurait pu selon Schabracq faire une économie de 3 millions "année commune sans compter l avantage d'occuper un grand nombre de mains, et celui d'attirer les talents étrangers.
D'un point de vue social: Schabracq s'engageait a former des élèves Régnicoles (tous les habitants du royaume)
"Le suppliant a pris l'engagement de former 12 élèves de l hôpital des quinze vingts"


Connaissances générales de l'époque, 
ce livre (collection personnelle) date de 1780

Mais il assurait aussi pouvoir embaucher d'autres personnes car la manufacture emploierait "une grande quantité d'ouvriers de plusieurs espèces: des fendeurs, tailleurs et lapidaires qui occupent chacun deux journaliers"
Et de plus ces gens auraient le "mérite de faire vivre un nombre considérable d'indigents de la dernière classe" c'est à dire "les manoeuvriers et ainsi d'occuper et nourrir plus de 1000 ouvriers de la classe la plus souffrante  et la plus pauvre" autrement dit "Les aveugles, les impotents, les hommes qui n'ont qu'un bras, ceux à qui tout travail est impossible"
Schabracq assurait même "que c'est avec de pareils moyens que la Hollande a fait disparaître le fléau de la mendicité"
Il est évident que l emplacement de la manufacture dans l'hôpital des Quinze-vingts ou les pensionnaires étaient aveugles n'était pas anodin.
Pour réussir ce projet , il lui fallait trouver de la main-d'oeuvre et des diamants de bonne qualité, pour cela il eut l'idée d'un projet très ambitieux établissant une collaboration directe avec le Portugal

Il lui fallait des "protections" importantes, l'objectif dans ce système pyramidal étant d'approcher le Roi qui est le principal décideur mais aussi le principal intéressé a cause des rentrées fiscales





 Ce seront: Le duc de Chartres, le lieutenant de police Lenoir, le Comte de Vergennes et Jean François Tolozan alors en charge de l administration de l hospice des Quinze-Vingts.





Le premier Bienfaiteur  fut le Duc de Chartres,  lointain cousin du Roi Louis XVI et futur Philippe égalité, qui lors d'un voyage aux Pays bas visita la manufacture de Schabracq à Amsterdam, c'est lui qui constata l'importance économique de la maison et l engagea à transporter sa manufacture en France en l'assurant de sa protection. Dans un brouillon de mémoire adressé a son "Altesse Sérénissime Monseigneur le Duc de Chartres (conservé au Archives nationales) Chabracq rappelle qu'"après avoir dû à la puissante protection de son altesse leur existence légale en France, obtinrent d'elle la permission d'élever leur manufacture de diamants sous son auguste nom"

Le lieutenant de Police Lenoir joua également un role majeur dans la fondation de la Manufacture Royale de taille de diamants et son influence fut certainement plus concrète et régulière que celle du Duc de Chartres

Le Comte de Vergennes fut nommé par le Roi Louis XVI en 1774, Ministre des Affaires étrangères et a partir de 1781 secrétaire des finances, Schabracq lui demanda d'écrire en son nom et d'intervenir en sa faveur dans le projet de commerce de diamants avec le Portugal .


Jean François de Tolozan fut intendant du commerce en 1776 et chargé e la gestion de l hôpital des Quinze Vingts en 1785.
in  Bleue Marine Massard ajoute comme soutien, les gardes de la communauté des Orfèvres .
Logique, la Corporation était le mode d'organisation de la plupart des professions. Une corporation possédait ses propres règlements. Elles ont été interdites sous la Révolution, au motif que nul corps intermédiaire ne pouvait légitimement prétendre s'interposer entre le citoyen et la Nation. Dans le cas qui nous préoccupe  la corporation était intéressée au premier chef, bien que  Les principales manufactures ont été mises en place à la fin du XVII ème   sous Colbert. L'objectif de sa politique mercantiliste est de réduire l'attrait des rentes constituées et de la  préférence française pour la rente, pour orienter l'argent vers la production. C'était un moyen de casser les corporations.

Il fallait un statut à Schabracq, meilleur que celui d'étranger, il fallait le naturaliser, il obtient donc en 1780 des lettres de naturalité

(Une lettre de naturalité est, en droit sous l'Ancien Régime, une lettre patente par laquelle le roi admet un étranger au nombre de ses sujets. La succession des biens des étrangers ou aubains (d'un autre ban) situés sur le territoire du royaume, étaient considérés comme des épaves et revenaient à la couronne en vertu du droit d'aubaine. Le fait de ne plus être étranger, mais régnicole, et donc de pouvoir se prévaloir des dispositions successorales d'une coutume, permettait aux héritiers d'entrer en possession des biens.)
Elles permettaient à Schabracq , ses frères, famille et descendants de jouir des droits régnicoles.

LES EMPLACEMENTS DE LA MANUFACTURE
Avant l obtention de lettres patentes en juin 1780, Schabracq avait installé sa manufacture  "dans une grande maison louée par lui dans la  rue du "Roulle"


Une facture de quincaillier précise que la Manufacture se trouvait "en face des écuries de Monsieur le Comte d'Artois" au coin de l'actuelle rue de Berri et du 178 rue du faubourg Saint Honoré
Le succès de l'entreprise dut être immédiat comme en témoigne une copie de mémoire retrouvé dans les correspondances diplomatiques entre la France et le Portugal, l'expéditeur y explique que Schabracq l'a démarché pour établir en France le commerce du diamant mais que "peu au fait de ce commerce, j'y ai consenti, mais avec la restriction que nous commencerions par faire venir d'Amsterdam une partie des diamants bruts et trois ouvriers dont un tailleur et deux polisseurs. Cette première partie de diamants bruts totalement brillantée a été exposée en vente, achetée tout de suite par les joailliers de Paris qui les ont trouvés parfaits, et même a meilleur compte que ceux qu'ils vont acheter en Angleterre et en Hollande.....notre manufacture est montée de vingt ouvriers principaux, dont cinq tailleurs et quinze polisseurs.......nos diamants ne sont pas plutôt finis qu'ils sont vendus......."

L'activité augmente et Schabracq demande a jouir d'un emplacement royal privilégié, dans un premier temps on lui accorda une prime de 500 livres, mais pas de local.
Puis un logement au Louvre ...trop petit...il suggéra des édifices vacants, sans succès.

Ancien Hôpital des Quinze-vingts


Finalement il obtint un "emplacement très étendu dans celui que contenait autrefois les écuries des Mousquetaires de Paris"
Ces  bâtiments avaient été rachetés en janvier 1780 pour servir de nouveaux locaux à l'hôpital royal des Quinze-vingts jusque là installé faubourg saint honoré.
Schabracq prit possession des locaux



Nouvel Hôpital, le nom des Quinze Vingt  signifie 300 (15X20) pour les 300 lits que comptait l'hospice précédent.
C'est dans cet hôpital que va s'installer la Manufacture de diamants.


L'hôpital remplaça la caserne des mousquetaires du Roi , près de la rue de contrescarpe , si vous agrandissez l image , vous verrez la Bastille.


En agrandissant le plan de Paris de Jaillot datant de 1775, on distingue l'hôtel des Mousquetaires Noirs, la manufacture se trouvait dans la deuxième partie de l hôtel, les écuries dans la partie la plus basse de mon image.
 Le Cardinal de Rohan porta la capacité de l'hôpital des Quinze-vingts à 800 lits, la justification de cet emplacement fut très discutée et reprochée par les pensionnaires aveugles. De plus Tolozan n'avait pas accepté dans ses murs qu'une seule manufacture. Il y eut une manufacture d'ouvrages en acier avec 54 ouvriers plus d'autres ateliers.
L'installation de la manufacture de taille de diamants demanda une réorganisation des espaces pour les adapter aux besoins de la manufacture et entraîna une grande campagne de travaux.
Une aide financière fut accordée a Schabracq, 4500 livres payés par Mr de Tolozan, intendant du commerce, 4500 autres par messieurs les Grands Gardes de l Orfèvrerie sur un mandat de Mr Lenoir. Même l 'hôpital contribua , ce qui témoigne de l enthousiasme de tous pour le succès de la Manufacture
Schabracq était logé dans les étages et ses ouvriers dans les étages et greniers
L'atelier, vu l'emprise des machines au sol devait être installé au rez de chaussée et peut être continué à l'entresol. L'intérieur de la Manufacture devait être assez grand puisqu'il est fait mention de 20 moulins ce qui laisse comprendre l'étendue.



Les moulins ce sont ces grandes roues  qui permettaient de faire tourner les meules de facettages.


Le diamant a d'abord été marqué, à l'encre de chine en vue du Clivage, le diamant est fendu ou de nos jours scié. Alors que le clivage se fait dans le sens du grain de la pierre, le sciage a lieu en sens contraire


Voici-dessus une table de diamantaire, celle ci sur la planche de Diderot et d'Alembert, est représentée avec 2 manchons permettant de tenir deux dops donc tailler deux diamants en même temps. Il est courant d'avoir quatre dops sur une meule.
Après l'ébrutage, c'est la pose des facettes.

Dans les papiers saisis suite à la faillite et au retour de Schabracq  aux Pays bas, des mémoires font état de "table des tailleurs", "moulins", manivelle", outil à diamant", "roue", fers pour servir de poids pour les diamants"," pinces pour tenir les diamants" "roue neuve avec sa manivelle", "roue de polissoir" .

La Manufacture occupait journellement 80 ouvriers , cette main d'oeuvre a été attirée et expatriée de Hollande et d'Angleterre à grands frais.

Schabracq a fait venir d'Amsterdam des lapidaires diamantaires "des plus expérimentés" la plupart sont juifs  , certains ne parlent pas français, ils "sont  presque tous farouches et difficile à contenir"
Schabracq écrit lui-même "quelques-uns, fiers de leur talent et certains de l'impossibilité que j'aurais à les remplacer peuvent vouloir faire les conditions les plus dures et même montrer de la répugnance à s'associer des élèves français"
 Il y a donc une difficulté a faire collaborer les lapidaires hollandais et les élèves français et pourtant Schabracq s'est engagé à enseigner, à former 12 frères et soeurs aveugles des 12/20 désignés par les gouverneurs de l hôpital, et ce au terme de son bail pendant six ans!
C'est assez classique, le partage de la connaissance n'est pas toujours facile en atelier, j'ai connu personnellement ce problème. Un métier en grande partie, cela se "vole" c'est à dire en observant les anciens dans un atelier. 

Bleue Marine Massard nous explique que les hollandais "sont réticents a enseigner leur art au risque de devenir de moins en moins indispensables", Trois siècles plus tard , il n'y avait rien de changé, j'ai fréquenté des ateliers ou nous étions payé "à la tache" ou à "la pièce" le plus rapide a qualité égale de travail,gagnait plus, alors pourquoi voulez vous que votre voisin vous enseigne les combines pour aller plus vite?


Alors Schabracq n'a qu'une solution, offrir des avantages, naturalisation, primes....
C'est apparemment une difficulté pour Schabracq, pratiquer une surenchère pour garder le personnel étranger, mais aussi sécuriser(déjà) les locaux contre les tentations de vol, maîtriser les rebellions!!!!
Puis apparaît un certain manquement de loyauté de certains ouvriers, certains veulent s'installer à leur compte en débauchant des ouvriers en leur promettant un salaire plus important, d'autant que ces gens n'ont pas eu les frais d'installation de Schabracq.
Conséquence, l'investissement de formation d'une industrie nouvelle est perdue, donc perte d'argent et de rendement.

Ainsi en peu d'année, deux installations, une progression rapide sur ses fonds propres, mirent à mal Schabracq, car une manufacture royale se caractérisait par son appartenance à un particulier.
Schabracq fit appel à des " Capitalistes" c'est a dire à cette époque des gens ayant des capitaux.

Revenons au "Politique"

Pour tailler du diamant il est nécessaire d'avoir la matière première qui n'existe pas en Europe.
Schabracq veut commercer avec une des nations qui possède du diamant sur leur territoire, il a choisi le Portugal.
"L'Angleterre et la Hollande sont les deux seules nations en possession du diamant brut. Les Anglais le tirent des Grandes Indes, les Hollandais du trésor Royal du Portugal......Le Roi du Portugal est seul possesseur de toutes les mines de diamants au Brésil.........il ne l'accorde qu'à des têtes couronnées et non à des particuliers"
Ce qui suppose beaucoup d'intermédiaires, un ambassadeur nommé Gildemeister va avoir un rôle privilégié de par sa fonction. Il correspondait avec toute l'Europe mais choisissait ses clients.


"je sais qu'il a constamment refusé de fournir des pierres brutes à  différentes cours.......il envoye des pierres en paquets de 400kts à son correspondant d'Amsterdam"
C'était un précurseur, car avant que la "De Beers" n'apparaisse,  ses clients étaient obligés d'accepter les diamants de Gildermeister, au risque de se faire rayer des listes et de ne plus avoir de matières première....(le système des VUES), et de plus il ne "veulent vendre aux étrangers que les diamants de qualité médiocre"
Or il a besoin pour fournir le corps des orfèvres parisiens de marchandises de qualité!
Il va donc remettre en marche tout le soutien des puissants français qui l'ont soutenu et demande au gouvernement français de réclamer au Portugal "un traitement de Couronne à Couronnes"
Il en remet une couche si je puis dire et défend son projet: "mettre le commerce de Paris en concurrence avec celui des autres nations en assurant qu'il ne tarderont pas à s'élever au dessus de toute parité, à raison du bon goût et du fini du travail dont l'univers vient prendre des leçons à Paris"



Il s'adjoint de nouvelles protections comme le Marquis Charles René De Bombelles, Ambassadeur du Roi du Portugal en 1786(son fils épousera en 1834 Marie Louise D'Autriche, la veuve de Napoleon
(J'avais fais une erreur de portrait, j ai rectifié, voir commentaires après l article)
Sans protections comment payer ses employés. Un autre ambassadeur , "Odune" intervint aussi pour lui auprès du fameux Gildemeister,(le ministre du commerce portugais) mais si celui ci acceptait d'envoyer quelques marchandises , c'était en secret et sous couvert d'anonymat.

L'echec de l'entreprise se confirmait dans ces tractations , et Bleue Marine Massard nous explique que Schabracq a du être trop ambitieux et trop exigeant car "il ne lui convint pas d'en donner la somme demandée" et ce comportement fut certainement mal pris par Gildemeister  qui vit dans ce projet trop de contraintes.
Finalement Schabracq  au milieu de l'année 1787 écrit au Comte de Vergennes,qu'il "n'a reçu aucune réponse et que cette négociation est restée sans succès"
Le Comte de Vergennes étant mort le 13 fevrier 1787, la date de sa lettre ne doit pas être bonne.
Pas de brut, c'est immobilité de la manufacture, chômage technique mais obligation de payer le personnel sur ses fonds personnels,Schabracq épuise sa fortune  et emporte ses créanciers dans sa chute.

Regnault de la Tour, avocat au parlement de Paris, un de ses soutiens, trouve les portes de la manufactures closes, s'inquiète de l'absence de Schabracq, et dépose plainte contre lui le 14 juillet 1787.
Évidemment, les soutiens suivent en ce sens, la France est endettée, dès 1781 Necker avait mis en garde le Roi et ses sujets , on ne pouvait plus dépenser inconsidérément; aider , soulager, recommander, certes, mais pas de manière onéreuse pour l'état.

Dans la matinée du 3 juillet 1787 Schabracq demande à son ouvrier Laruelle d'aller lui chercher un fiacre , il déclare à ses ouvriers "je m'en vais à la campagne pour deux ou trois jours" il fit charger "un grand carton"  censé contenir des chiffons. Il confia à Laruelle neuf francs pour régler les livraisons , lui laissa les clés des portes de l'atelier après avoir pris soin de fermer et recommanda a son élève de ne faire entrer personne. Il quitta le pays.



Puis vint la liquidation....

Bleue Marine Massard a tenté une conclusion ou elle explique que Schabracq fut d'une ambition exemplaire pour la conduite de son projet, mais il fut victime d'un projet trop précurseur qui cherchait à rivaliser avec les deux plus grands empires de la fin du XVIII eme siècle: l'Angleterre et le Portugal.
Bleue Marine Massard explique qu'il fut grisé par les résultats des premières années, aveuglé par des phases éphémères de prospérité il voulut certainement donner trop tôt à son entreprise  une extension qu'elle ne comportait pas encore. Il fut également victime dans les dernières années (juste avant 1789) d'un climat économique et politique défavorable. Le gouvernement avait d'autres chats a fouetter.

Il est vrai qu'en France depuis cette époque à nos jours, nous n'avons su mettre en valeur nos grandes idées ni les exploiter, nous n'avons pas de traditions de réussites économiques comme nos voisins Anglais ou Allemands.
Nos banquiers frileux n'ont jamais su suivre une bonne idée.
Nous aurions pu , peut être, devenir un centre de l'industrie du diamant, la joaillerie française et ses succès, jusque dans les années 40 n'en auraient été que la meilleure des vitrines, mais l'encadrement politique de notre commerce, la jalousie et la haine ancestrale du luxe de certains, la taxation imbécile, le découragement des valeurs du travail expliquent nos échecs. 

En aparté, plusieurs généalogies mêlent Schabracq, aux Polak (Arpels) et Van Cleef
le monde est petit

Concernant Le Marquis de Bombelles



Si vous avez des réflexions, les "commentaires" ci-dessous le permettent, si le mémoire de Bleue Marine Massard vous intéresse, je me ferais votre intermédiaire pour vous faire parvenir un exemplaire de ses 157 pages en format 21/29,7, c'est un ouvrage a garder dans sa bibliothèque.
Je la remercie a nouveau de m'avoir permis de commenter sa découverte.
Un développement, des questions ..etc mon adresse mail
richardjeanjacques@wanadoo.fr


mercredi 26 décembre 2012

1925: l'Art Déco, les Modernes (suite)


Avant cette exposition de 1925, il y eut une exposition aux États Unis en mai 1924.
Les américains découvrirent la Joaillerie Française  au travers de trois grandes maisons, Cartier, Mauboussin, et Boucheron.
Surtout Mauboussin , le plus ancien des trois à l'époque, le plus moderne et l'un des plus importants. Il avait connu un développement  intéressant à l'étranger, que ce soit à Rio, à Bueno Aires, cette maison aurait aimé à l'époque s'installer à New York, c'est pour cela qu'avec les deux autres compères de Paris, ils présentaient une très belle collection de Bracelets, de grands clips, d'épingles à jabot (la mode!!) des barrettes, des broches, et des glands d'épaulettes



Broche Art Deco 1925 de Boucheron De forme oblongue, sertie d'onyx noir et de roses diamants, embelli par des disques de jade sculpté, signée et numérotée Boucheron Paris

Tous exposaient des créations dans le style égyptien, si apprécié à cette époque après les découvertes d'Egypte.


C'était aussi l'une des premières exposition à  associer les bijoutiers aux couturiers comme les soeurs Callot, Paquin, Vionnet, Lanvin, et Surtout Worth si proche de Cartier pour des raisons familiales.




Surprenante broche de Van Cleef & Arpels, 1925, en diamants, lapis lazuli, et Turquoises


Mais en 1925 pour l'exposition des Arts décoratifs de Paris qui ne fut pas une exposition universelle, les américains ne vinrent pas.
Ils furent invités mais leur secrétaire d'état au commerce Herbert Hoover déclina l'offre, et déclara après avoir consultés différents responsables industriels,
"Ils considèrent que nous ne pourrions apporter une contribution spécifique suffisante dans la variété des modèles à caractère unique, ni dans l'expression spécifique de l'art américain pour justifier une telle participation"

La profession américaine était furieuse et demanda une enquête, d'autant qu'ils s'étaient aperçus que le monde entier allait admirer les dessins et les techniques de tous , mais surtout des français.
Alors qu’au  début  l’Art Déco français a souligné le meilleur, les plus luxueux des matériaux pour de riches clients, il a aussi capturé l'imagination du public et il y eut une  forte demande pour le «style 1925». De ce fait les fabricants furent obligé de suivre, et l’Art Déco se propagea rapidement dans le monde entier. Le Royaume-Uni a été l'un des rares endroits où cet art  a rencontré une résistance, car le style «  Arts & Crafts »  style parfaitement anglais  était encore un présent chez eux, si l’on ajoute une pointe de chauvinisme







Deux sacs du soir sertis de diamants par Morabito en 1925 de la collection Daisy Fellowes
 
Jean-Baptiste Morabito est né en 1885, il a étudié à Rome. Ouverture de sa première boutique à Nice en 1905. Son atelier a créé des pièces en utilisant des matériaux organiques, y compris corail et de nacre de perle. Après avoir acquis une certaine notoriété, il est devenu le fournisseur de bijoux d’une certaine aristocratie européenne y compris les tribunaux de la Suède, la Yougoslavie et la Russie et international, y compris la haute société américaine telle Fellowes Daisy qui passait ses vacances sur la Côte d'Azur.
Le nom Morabito a été associée à des parfums, de la maroquinerie, y compris les caleçons et les mallettes de toilette et après la Seconde Guerre mondiale le lancement de sa première ligne de sacs à bretelles.
Aux alentours de 1910 Morabito a commencé à créer des pochettes élégantes ornées de bijoux en sélectionnant les meilleurs matériaux. En 1921, la première boutique française a été ouverte sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Malles et bagages et autres créations en cuir ont été ajoutés au répertoire constitué de matériaux tels que l'éléphant, le cerf et le crocodile. Il est devenu célèbre au niveau international en tant que spécialiste dans l'utilisation d'écaille.
Armand Morabito a pris la direction commerciale de l'entreprise en 1926. L'entreprise s'est développée et a acquis une réputation pour ses sacs à main, décorés avec écaille de tortue, et utilisant les métaux précieux et certains sertis de pierres précieuses.
En 1957, un magasin au 1 place Vendôme a été ouvert.
Dans les années 60 quand Marilyn Monroe voulait une trousse de toilette de voyage, Morabito conçut le sac d'Orsay.

Jacques Morabito, le petit-fils du fondateur, a rejoint le groupe en 1977. En 1993, Xavier de Fraissinette un diplômé des Beaux-arts, sculpteur et designer est devenu directeur artistique.


En 1996, un nouveau point de vente a été ouvert sur l'avenue George V, au cœur du quartier de la mode. source Sotheby's





l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes  se tient à Paris d'avril à octobre 1925. Située entre l'esplanade des invalides et les abords des grand et petit Palais, l'exposition regroupe les pavillons des régions de France et des grandes nations invitées. 4 000 personnes assistent à l'inauguration, le 28 avril. Des milliers de visiteurs se pressent chaque jour dans les allées pendant les six mois de manifestation.

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Même des timbres furent édités, ce genre d'exposition faisait travailler tous les corps de métier.


Plan de situation de l'expo , cliquez pour agrandir

L'Art déco est un retour à la rigueur classique : symétrie, ordres classiques (souvent très stylisés), pierre de taille (sans aucun effet pittoresque). Le décor, encore très présent, n'a plus la liberté des années 1900 ; il est sévèrement encadré et son dessin s'inspire de la géométrisation cubiste.

Pour la Joaillerie l'inspiration vient souvent des civilisations anciennes comme l Egypte , mais les joailliers font preuve d'un grand renouvellement dans le dessin, les pierres de Couleur et les techniques. Une génération nouvelle sort dans ces années là, elle s'inspire du constructivisme, du cubisme, du futurisme, " Les formes sont épurées, architecturées. Les lignes se font géométriques. L’objet de parure est traité comme une sculpture "(Evelyne Possémé)

Ce seront Boivin, Paul Brandt, Ballet, René Robert (qu'on retrouvera pendant la seconde guerre chez Van Cleef), Sandoz, Fouquet, Raymond Templier Suzanne Belperron, tant d'autres..







Montre Cartier rectangulaire 1925
Le cadran rectangulaire avec chiffres arabes appliqués, à une sangle en cuir tressé, circonférence intérieure d'environ 170 mm, boucle déployante, cadran signé Cartier et numéroté vente Sotheby's




La femme 1925, la voici, merveilleusement photographiée par les frères Seeberger;  elle s'est émancipée, change de style vestimentaire et les joailliers doivent s'adapter, car un nouvel idéal apparaît, celui d'un art pratique et confortable, épris de simplicité dans les formes et de luxe dans la matière. Yvanhoé Rambosson le secrétaire général de l'exposition écrivit:

"Le bijou du XIX° siecle fut compact et voyant, significatif d'un goût bourgeois qui ne s'était pas encore élevé à la perception de l'élégance"



Pendentif Broche diamants et émail Jean Fouquet 1929 ? Vente Sotheby's
La plaque rectangulaire en or blanc poli, diamants pesant environ 5,00 carats, accentués par une bande d'or blanc ondulé flanqué émail noir signé Jean Fouquet, numéroté 22555,
Jean Fouquet (1899-1984) rejoint la maison familiale  en 1919 sous la direction de son légendaire père, Georges Fouquet. Avant cela, il avait reçu une éducation classique, à l'origine il avait l'intention de devenir avocat mais a continué à étudier la littérature;. Il s’est essayé à  écrire de courtes pièces et romans policiers  A l'Exposition de Paris de 1925, son nom apparaît d'abord en collaboration avec d'autres concepteurs qui ont également travaillé pour la maison. De 1925 à 1937, il a participé à de nombreuses expositions internationales. Jean Fouquet était un adepte de la nouvelle esthétique  «moderne» dans la conception de bijoux. Les bijoux qu'il a créés ont été avant-gardiste, y compris les matériaux peu utilisés dans les bijoux à l'époque: acier chromé, bois d'ébène et d'argent. Il a délibérément choisi l'or gris et blanc sur du platine, le plus souvent avec des surfaces polies. émail, laque pierres semi-précieuses ont souvent figuré dans ses dessins.  Les effets du krach boursier de 1929 a eu un effet dévastateur sur la Maison Fouquet et ils ont fermé en 1936. Jean Fouquet continua à concevoir sous son propre nom à divers salons jusqu'en 1963. Il est mort en 1984  

La révolution accomplie dans ce métier accompagnera les nouvelles conceptions des maîtres de la couture et de la coiffure, elle viendra en grande partie de nos lapidaires  qui surent répondre aux voeux des créateurs avec de nouvelles tailles, des trapèzes, des triangles, des formes géométriques très diverses, un emploi des baguettes, sans délaisser pour autant les tailles classiques.
Ils ajoutèrent à cela l'emploi de matières simples qu'ils intégrèrent dans leurs pièces exceptionnelles, comme le jade, l'ivoire, la nacre, le corail, le cristal.
Comme ci-dessous ce superbe "Pot Brosse" en jadéite, Néphrite, Rubis et Onyx 
Il a été présenté par "Ostertag" en 1925
http://richardjeanjacques.blogspot.fr/2010/02/arnold-ostertag.html
http://richardjeanjacques.blogspot.fr/2011/06/arnold-ostertag-un-grand-joaillier_19.html






De forme cylindrique, décoré sur le couvercle avec un cordon de jadéite le corps en Nephrite blanche sculptée, avec des bambous, des pins et prunus, symbolisant les «trois amis de l'hiver», complété par un couvercle et une base en onyx, agrémenté de rubis cabochon et anneaux néphrite de couleur vert foncé, monté sur or jaune 750/1000° signé,Pot brosse environ 180,00 x 111,50 x 110.00mm. Vendu par la maison Sotheby's récemment



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Revenons un instant sur le pourquoi de cette exposition;
 il y eut pendant quatre ans une guerre d'une ampleur jamais connue, un cataclysme, vint la victoire, mais dans quel état était le pays et nos entreprises de joaillerie, c'était une vieille idée que d'organiser une exposition des arts décos, elle datait de 1908, et c'était un Joaillier "Gustave-Roger Sandoz" qui avait eu l'idée de consacrer par une compétition internationale, les tentatives de rénovation des arts appliqués à la décoration, puis en 1911, le projet fut repris par Mr René Guilleré et enfin un autre joaillier Mr Dubret, président de l'association des anciens élèves des arts décoratifs faisait admettre l'idée d'une collaboration entre les artistes et les industriels et comme cela devenait une nécessité économique et sociale, l'exposition se fit.
Avons nous de nos jours un  Sandoz et pouvons nous le refaire, j'en doute nos métiers sont tenus par des grands groupes qui ont une vision mondiale des choses et.......A l'époque, ou dans notre corporation le particularisme paraissait invincible,  le président de la Chambre Syndicale l'orfèvre Monsieur Fouquet Lapar, prêcha une fructueuse croisade pour que s'efface le regrettable esprit de boutique, ou chacun entend accaparer l'attention publique en ignorant son voisin. Nous avions un très beau salon de la Bijouterie Joaillerie Orfèvrerie et horlogerie , il y a plus de quarante ans c'était une fête pour le métier, qui déclenchait un élan de compétitivité, des échanges confraternels , et si jamais on buvait un petit verre a chaque stand, au moins cela amenait de la gaieté, nous n'avons plus rien, les grands font bande à part, la plupart des bijoutiers de Paris ou Province sont devenus des représentants des marques, ce n'est plus la fête.

Tiré du catalogue le grand négoce
L'Art déco est un mouvement artistique né au cours des années 1910 et qui a pris son plein épanouissement au cours des années 1920 avant de décliner dans les années 1930. Il fut extrêmement vivace surtout dans les Arts décoratifs, l'architecture, le désign, la mode et le costume , mais concerna en fait plus ou moins toutes les formes d'arts plastiques. Il est le premier style à avoir eu une diffusion mondiale, touchant principalement la France, la Belgique, tous les pays anglo-saxons (Royaume-uni, États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Inde, Philippines, etc.), ainsi que plusieurs villes chinoises telles Shanghai ou Hong Kong.

Rappelons que le style Art déco tire son nom de l'exposition internationale des Arts Décoratifs de Paris en 1925




Tiré du catalogue le grand négoce
Un clin d'oeil à Claudine Sablier , ex-attachée au patrimoine de la maison Boucheron qui m' a donné une belle idée. Mr Boucheron exposait et était membre du jury, ces articles étaient exposés en 1925

L'art devient décoratif quand il s'applique à l'embellissement des cités, à la décoration des habitations, à la parure de l'être vivant 


Tiré du catalogue le grand négoce

Cette photographie est celle d'une vitrine de Cartier, qui était aussi membre du Jury.
Pour mieux comprendre cette photographie de vitrine de l exposition, il faut savoir que le Président de la Joaillerie Georges Fouquet avait choisi comme décorateur Monsieur Eric Bagge .



Eric Bagge aménagea des stands aux lignes pures et simples et distribua un éclairage parfait, le public rentrait en curieux et ressortait enthousiasmé et pourtant, jamais ce public n'avait pu voir librement autant de richesse imprévue ni d'originalité somptueuse.




Eric Bagge cet architecte décorateur dessina plusieurs bijoux pour Georges Fouquet dont ce pendentif en diamants taille brillant, triangles onyx sur cristal de roche. Cette photo est tirée de la revue Art et décoration qui avait édité un numéro spécial pour 'expo de 1925.



Grand Hall de la bijouterie Joaillerie conçu par Eric Bagge

A l'époque mr Contreau écrivit: Le bijou doit avoir deux qualités: représenter une valeur intrinsèque, faute de quoi la moindre broderie suffirait à embellir une étoffe; pouvoir se poser précisément sur des tissus divers avec des éclairages différents. Nous trouverons donc raisonnable de multiplier les éléments décoratifs.....

Tiré du catalogue le grand négoce

Bijoux de Georges Fouquet, président du Jury qui était installé au 6 rue Royale



Voici la boutique de Georges Fouquet crée par Mucha , je vous recommande ce lien
http://carnavalet.paris.fr/en/collections/la-boutique-du-bijoutier-georges-fouquet


Extérieur de la boutique de Fouquet dans le journal de l'époque "la Renaissance


Exercice de style de décoration d'intérieur




Fouquet dans le journal "La Renaissance"



Fouquet: Cristal de roche dépoli, émeraudes et diamants


Fouquet dans le journal "La Renaissance"

Nous pourrions peut être essayer d'aborder un sujet!
La joaillerie, le joyau est il reservé à une élite?
Lors de l'exposition de 1900, la tendance était de rénover cette image de toutes ces richesses au profit du dessin.
Pour des raisons de prix, il apparaît évident que la majorité ne peut avoir accès à ces merveilles. Dans un temps récent, nous pouvions penser qu'une certaine adaptation permettait de vulgariser (sens noble) l'esprit de ces merveilleux et chers bijoux, mais les excès des uns et des autres l'empêchèrent. La marque dépose pour interdire la copie, et les autres prennent donc le risque d'affronter les tribunaux.
L'expo de 1925, l'histoire du bijou, nous enseigne que les découvreurs créaient un style et que tous pouvaient s'en inspirer. Certaines choses, certains courants sont dans l air de la culture d'une époque , en 1925 l'architecture, le vêtement, la voiture, les coiffures, le mode et style de vie amenaient la bijouterie joaillerie à suivre son temps, beaucoup se ressemblaient car c'était l'air du temps.
Certaines grandes "marques" déposent des brevets à tour de bras comme si elles avaient tout inventé! Est ce que la chaîne d'ancre qui date des débuts de la fabrication de chaîne de bateau, associée à un fermoir qui rappelle les fermetures de Kabigs ou tout simplement des tenues chinoises est une invention ?
Ce n'est que l'assemblage de deux techniques millénaires et non une invention .
Une invention est d'abord une méthode, une technique, un moyen nouveau par lequel il est possible de résoudre un problème pratique donné. Le concept est très proche de celui d'une innovation, mais distinct: une innovation est construite sur une invention, mais toute invention ne donne pas lieu à une innovation.
En soi ,vis a vis du public , être copié n'est il pas une preuve de succès? servilement non, bien évidemment, mais si l'acheteur tient à acheter du "machin", il a la signature et plus la signature est visible et plus le client est valorisé dans son orgueil, dans ce cas la copie servile est celle qui copierait la signature! Le véritable artiste est celui qui a toujours une longueur d'avance sur les autres et non celui qui exploite pendant plus de cent ans le dessin de son grand père, qu'il a réussi a imposer à coups de publicité.
C'est à l'acheteur de se détourner de ces "marques" pour devenir découvreur de talents


Tiré du catalogue le grand négoce

Je reçois souvent du courrier à propos de Dusausoy que peu de gens connaissent , voici sa page




Page qui lui était consacré dans le journal la "Renaissance des arts et de l industrie"


Une de ses cartes de visite



Pendentif Broche diamants, citrine, améthyste, or blanc et émail Jean Fouquet 1927 vendu récemment par la maison Sotheby's
La plaque rectangulaire en or blanc poli, diamants pesant environ 5,00 carats, accentués par une bande d'or blanc ondulé flanqué émail signé Jean Fouquet, numéroté 22555,


Montre Art Déco en diamant et onyx par Cartier en 1925
Avec mouvement mécanique, le cadran carré avec chiffres romains noirs et aiguilles en acier bleui diamants taillés en rose et calibré d'onyx , le bracelet velours noir ,boucle déployante, monté en platine et or 18 carats, circa 1925, Signé Cartier, nsa. 8281, 5674 vente Sotheby’s


Broche Platine, Jadéite, diamant et lapis lazuli travail français 1925
119 env diamants. 2,25 cts.



Tiré du catalogue le grand négoce

Page de Mauboussin, formidables jeux de brillants pour symboliser les jets d'eau et fonds irisés en nacre


Le diadème de Mauboussin sur le même thème que la broche



Tiré du catalogue le grand négoce

                             Voici trois grands prix de l'exposition: Vever, Linzeler et Marchak


Tiré du catalogue le grand négoce

Planche de bijoux de F. Friedmann

Tiré du catalogue le grand négoce

De haut en bas: Chaveton Frères qui eut un diplôme d'honneur, Brandt qui était membre du Jury et Gardey qui reçût une médaille d'Argent



Tiré du catalogue le grand négoce

Ci dessus E Maréchal grand prix, Auguste Bonaz grand prix, et P.Piel vice président du Jury

Paire de Clips Broches de Boucheron en 1925 en platine et jade sculpté
deux plaques en forme de triangle jade sculpté et percé avec des motifs floraux, avec diamants ronds et baguettes pesant environ 1,10 carats, signée Boucheron.

Tiré du catalogue le grand négoce

Page de LACLOCHE qui eut un grand prix, très grande maison qui fut prise dans la tourmente des années trente et la faillite du comptoir Lyon Alemand Voir
http://richardjeanjacques.blogspot.fr/2011/09/la-faillite-du-comptoir-lyon-alemand-et.html

Tiré du catalogue le grand négoce

Maison LIP médaille de bronze, UNIC et L Leroy qui était hors concours




Je ne suis pas spécialisé dans l horlogerie, mais cette pendulette fut fabriquée pour l expo en 1924, présentée en 1925, elle est de Baccarat le décor en bas relief est dans un premier temps moulé, puis dépoli a l'acide (je crois qu'ils utilisaient l'acide fluorhydrique) et retaillé.
Je me suis servi de l'acide fluorhydrique pour graver des pierres,(attention aux doigts) mais je rappelle aux gemmologues que c'est tiré d'une pierre la "Fluorine"


Tiré du catalogue le grand négoce
Page de Chapus, Diplôme d honneur, Dunand membre du jury, Gérard Sandoz Grand Prix


Tiré du catalogue le grand négoce

Page de dessins de MARZO qui était établi au 22 rue de la paix, grand prix à l'expo des Arts Décos


Tiré du catalogue le grand négoce

Voici la page de Van Cleef et Arpels qui obtint un grand prix, et à l'époque Georges Fouquet écrivit: "Nous voici dans le domaine des réminiscences et les mânes de Massin ont dû tressaillir, s'ils ont vu les bracelets et les broches composés avec des fleurs à peine stylisés de Van Cleef et Arpels"



Bracelet Roses de L exposition de 1925




Une belle broche platine saphirs cabochons et diamants ronds et baguettes non signée de conception vraiment géométrique


                                                           Très belle broche art déco



Bracelet non signé attribué a Paul Emile Brandt
en argent à décor de chevrons et de demi-cercles en laque noire, rouge, verte et incrustation de coquille d'oeuf.
Chaque pièce marquée argent 935 au revers Longueur : 17 cm Largeur 1,9 cm


Tiré du catalogue le grand négoce

C'est une plaque de front, étonnante, présentée à l expo de 1925 par P.Templier et fils , elle est de Raymond Templier qui était membre du Jury.


                                                          Tiré du catalogue le grand négoce

Une descendante m'a écrit il y a peu pour ce que j'avais écrit sur la maison Rozanès, cette page était consacrée à ROZANES, qui était établi au 2 rue de la paix
C'est un pendentif qui fit sensation à l exposition moderne de Madrid: La perle seule pèse 720 grains et a été évaluée à l'époque 80.000£ à Londres, l'émeraude Talisman provient du diadème d'un potentat Indien, elle pèse 170 carats


Un Vanity Case art déco de Van Cleef & Arpels en émail, diamants, et pierres précieuses. Rectangulaire, le boitier est en émail vert, représentant un joueur de polo, coiffé d'un casque de nacre de perle , gilet amethyste, et des bottes d'équitation en citrine, un cheval en or 18 carats , un tour complet en diamants ronds, le poussoir de diamant rond permet d’ouvrir pour révéler un miroir équipée, compartiment couvert et support de rouge à lèvres, montée en or 750/1000°, circa 1925, 3 1/8 x 2 7/8 x 3/8 in., poinçon français Signé Van Cleef & Arpels,
non. 26307 Vente Christie's
Cette pièce est bien plus originale que le bracelet « Roses » récompensé ( a mon avis évidemment et ce n'est peut être pas le bon"

N'oubliez pas de Cliquer pour agrandir l image

Un collier Art Déco de Cartier en platine , émail, et diamants
Composé de vingt-neuf perles de diamant sertis clos, les côtés en émail noir, monté sur platine, vers 1925, 38.0 cm
Signé Cartier (en partie illisible) vendu par Christie's




Boucheron dans le Journal La Renaissance



Boucheron dans le Journal La Renaissance





Boucheron dans le Journal La Renaissance, des lignes sobres, du volume, des contrastes de couleur, que ne le refabriquent ils pas de nouveau?


Un exemple de la mode de 1925 "Florence Walton" dans le journal La Renaissance



BRACELET ART DECO EN ARGENT, PAR JEAN DESPRES
Formé d'une succession de demi-cylindres à rainures en argent, 18.5 cm., poinçon français, poids brut: 112.30 gr., vers 1925
Signé Jean Després, poinçon de Jean Després




Dessin d'un collier de Mauboussin avec grosses boules or et diamants baguettes



Montre de 1925 des établissements Georges Meyer qui plus tard créa la marque UTI, Joel de toulouse a écrit à son sujet:

"Bien qu'il s'agisse d'une marque française j'ai pu retrouver quelques infos sur UTI. En effet Georges Meyer, créateur de la marque vers 1909, fabriquait ses montres à Besançon (Fabrique Utinam qui a sans doute donné le nom UTI) mais avait des bureaux à Paris (139 Bd Sébastopol) et surtout à La Chaux de Fonds en Suisse ce qui m'a permis de retrouver ces quelques notions (mes archives sont suisses à 99,9%). Au début du siècle on trouve sous la marque UTI des montres de poche (dont des chronomètres), des réveils et des pendules de voyage. Utinam est d'ailleurs l'une des premières fabriques (avec Junghans en Allemagne et Lip en France) à utiliser le radium pour faciliter la lecture nocturne de ses cadrans.
En 1912 UTI se spécialise dans la montre-bracelet (homme et femme) ce qui est assez précurseur pour l'époque, et propose de nombreux modèle dits "de forme" (tonneau, carré-cambré...)
UTI apparait pour la dernière fois en Suisse vers 1926 : il est probable que cette marque soit alors devenue strictement française.
Dans un listing français de 1952 j'ai retrouvé UTI sur le cadran de réveils dont le mouvement n'était pas fabriqué par Utinam : il est possible qu'à cette date les montres UTI soient munies de mouvements de provenance diverses, dont suisses. "



Dans l'annuaire de la profession, l'AZUR de 1935 j ai retrouvé cette publicité de Mr Meyer




En aparté..., tout a fait entre nous.., Monsieur Meyer a fabriqué des montres superbes, à part des autres fabricants, les Meyer étaient des gens extraordinaires de gentillesse et de simplicité. Le modèle ci-dessus fut réalisé pour Van Cleef & Arpels, or jaune, modèle lourd , des boites or massives et de beaux mouvements, c'était une époque ou les bijoutiers (et surtout les grands) achetaient à des fabricants français et ne déposaient pas de brevets a tour larigot, mes parents qui étaient Joailliers a Rouen vendaient des montres UTI, et celle ci, avait été fournie pour ma mère avec un bracelet en crocodile noir et marqué Richard, deux autres avaient été vendues à des clientes ét à l'epoque je ne savais pas qu'ils en avaient fourni à Van Cleef.
Plus tard je m'installai à mon compte et je continuai à travailler avec UTI , ci dessous j'ai retrouvé une photo d'un autre modèle d'une finition merveilleuse , charnières invisibles, une grande qualité dans les fermoirs. Il avait inventé d'ailleurs un fermoir extraordinaire pour les belles montres or sur or , un jour je le dessinerais de tête.





BRACELET Perles
en platine formé de sept rangs de perles fines coupées d'un motif rectangulaire ajouré de bandeaux, comme le fermoir, sertis de diamants taillés en rose et de losanges sertis de baguettes d'onyx. Epoque 1925. Long. : 18 cm. Poids brut : 27,7 g Vente de Tajan



Montre d'infirmière en or jaune. Le cadran demi-sphérique à chiffes arabes sur fond coquille d'œuf. 
Signé CARTIER Paris. Le boîtier numéroté 78831899 et monogrammé A.P.P. 
1925. Mouvement mécanique. 
Poids Brut : 15,6g  Vendue par la maison Tajan




Page de Raymond Templier dans le journal "La renaissance"

Bijoutier moderniste, Raymond Templier, est connu pour ses compositions géométriques, qui s'inspire de la technologie moderne. Templier dit: «Quand je marche dans la rue, je vois des idées pour des bijoux partout -. Roues, les voitures, les machines d'aujourd'hui, je suis prêt à répondre à toutes les ' Né dans une dynastie de joailliers parisiens - Maison Templier et Fils, fondée par son grand-père en 1849 - Templier rejoint l'entreprise familiale en 1922 et a commencé à créer ses bijoux insolites. Il a régulièrement participé à des expositions internationales et a été impliqué dans le mouvement de l'art contemporain à Paris, où il était un membre fondateur de l'UAM, l'Union des Artistes Modernes des. En 1935, il prend la direction de l'entreprise qui est resté ouvert jusqu'en 1965.
Comme un innovateur de bijoux pendant la période Art Déco quand les formes géométriques dominent les arts et d'arts décoratifs, Raymond Templier créé des designs qui sont devenus emblématiques de leur époque. Son mode, caractérisé par des contrastes de surfaces mates et brillantes et des volumes et des surfaces planes, était le reflet de l'art plutôt que des bijoux traditionnels qui met l'accent pierres précieuses importantes. Templier a dit: «Un morceau de bijoux est avant tout sombre et la lumière et scintillent pas juste. Bien qu'il ait utilisé des pierres précieuses comme les diamants, il était d'une manière imaginative qui est évocateur d'un artiste qui peint avec des nuances particulières ou d'un sculpteur qui façonne les formes d'une variété de matériaux. Templier créé des bijoux qui était sur le dessin, et non pas sur les matériaux.
Le design de ce bracelet est simple, mais sa complexité subtile désigne le travail d'un maître. Tandis que les bandes de bracelet sont généralement la même d'un bout à l'autre, ce bracelet est créée comme une masse solide d'un côté de la broche pince tandis que le côté opposé est divisé en son centre par un sillon. La broche sertie de clip peut être présente dans le bracelet et portée séparément. Ce cabriolet bracelet-bracelet avec une broche clip est parmi les premiers de ces bijoux conçus qui peuvent fonctionner d'une manière double.
Seuls quelques créateurs très doués rompre avec le passé pour créer un nouveau style .Raymond Templier est un innovateur de ce type dont des bijoux transcende le temps. Cette broche bracelet-bracelet et clip est emblématique de milieu des années 1930, mais son style résonne avec les amateurs de joaillerie d'aujourd'hui. Texte de Sotheby's
 
En conclusion une phrase de Mr Contreau après cette merveilleuse exposition,

" Chaque époque dans l histoire de l'Art a cru faire oeuvre"Moderne" et surpasser les précédentes, et dans le recul du temps chacune apparait avec des qualités incontestables. Le progrès a des sursauts périodiques auxquels correspond la louable ambition de mieux faire. Mais en dépit des règlements edictés par des hommes bien intentionnés, rien ne se crée absolument; ce que nous appelons création est une interprètation, une déformation, plus ou moins réussie de ce qui existe et voila pourquoi tout ce que nous avons vu, constitue une tentative, un acheminement vers une formule nouvelle de l'art décoratif" Pierre Contreau

Cette phrase devrait être méditée.


Cet article est la suite de


Boucheron existe depuis 168 ans

 J'avais fait cet article en 2008 mais sous WordPress et, en le relisant, les photos avaient disparu, je le republie. Boucheron poursuit...