jeudi 22 octobre 2026

Le Platine : Métal Roi de la Joaillerie, de l’éponge du XIXe siècle à l’établi moderne


Photo: https://www.prixdelor.info/platine-derriere-or/

Le grand public et les publicistes de la place Vendôme ne jurent aujourd'hui que par le platine pour asseoir le prestige des gemmes les plus précieuses. Mais la véritable histoire technique de ce matériau, dépouillée des artifices du marketing, révèle un parcours sinueux où la science de laboratoire et l'évolution de la langue ont longtemps dicté leur loi à la main de l'artisan. Pour le comprendre, il faut replonger dans la poussière des vieux manuels et pousser la porte des ateliers de l'ombre où la rigueur était la seule règle.

                                                                      
                                                                      
J'adore mes vieux dictionnaires, en 1756 : « la platine » n'était qu'un morceau de fer ou de cuisine.
Pour mesurer le chemin parcouru par ce matériau, il faut ouvrir mon dictionnaire original de la Langue Françoise de Richelet en 1756. À cette époque, le mot « platine » est exclusivement féminin. Si vous cherchez sa définition à la page 514, vous n'y trouverez aucune trace d'un quelconque métal noble ou rare. La platine désigne alors trois objets bien distincts et purement utilitaires. C'est d'abord un ustensile de ménage : un « Rond de cuivre, avec des pieds de fer, sur lequel on accommode & on sèche le linge ». C'est ensuite un composant d'imprimerie ou d'armurerie : un « morceau de fer ou de fonte quarré qui est attaché sur la boîte de la presse… 


On dit aussi, une platine de pistolet, de fusil, &c. » Enfin, c’est une pièce de micromécanique : une « petite plaque déliée qui soutient les roües d'une montre ».
En cette moitié du XVIIIe siècle, bien que l'élément chimique commence à peine à intriguer les scientifiques européens, il n'a pas encore de nom masculin ni de place dans le vocabulaire des artisans du bijou. Le futur « Métal Roi » n'est alors, pour le dictionnaire, qu'une plaque de fer ou un dessous de linge.


 Sucrier Louis XVI en platine créé par le bijoutier Janety en 1786, exposé à New York

Au milieu du XIXe siècle en 1854, le platine est devenu un nouveau venu au masculin, mais que les ateliers parisiens peinent encore à dompter. Isolé au début du siècle, baptisé d'après le mot espagnol plata (argent), il intrigue les chimistes autant qu'il rebute les façonniers. Dans mon vieil exemplaire du manuel Roret de 1854, le platine n’est pas encore le métal massif de la structure du bijou. On le considère avant tout comme une « doublure préservatrice » pour le cuivre ou le fer, loué pour sa « grande indifférence pour un nombre considérable d'agents chimiques ».
À cette époque, le grand problème des joailliers est l’altération de l’argent, qui noircit inévitablement sous l’effet des « exhalaisons sulfureuses » du gaz d’éclairage. C'est un batteur d'or parisien, M. Letellier, qui ouvre la voie en réussissant à convertir le platine en feuilles aussi minces que celles d'or. Le Roret note déjà la sentence technique : « Il faut pour cela du platine d’une très-grande pureté ; celui qui n'est pas bien purifié se déchire et est criblé de trous ». Les ateliers commencent alors à associer ces feuilles de platine à l'or pour obtenir des décors bicolores inaltérables. Mais pour le travailler dans la masse, il y a un mur thermique : le platine est si réfractaire qu'il exige des températures de fusion inaccessibles aux forges traditionnelles.


En 1886 dans le Roret du bijoutier Orfèvre


Mais en 1892, dans ma "Nouvelle encyclopédie des connaissances pratiques" d'Ed.Moride, je lis :
PLATINE. Corps simple, métallique, le plus inaltérable et le plus dense de tous les métaux. Le platine est d'un gris d'argent ; il est malléable, infusible, inattaquable par les acides nitrique et sulfurique, mais il est altérable à chaud par la potasse caustique et très soluble dans l'eau régale (mélange d'acide nitrique et chlorhydrique.) Ce métal peut recevoir un beau poli et se laisse facilement laminer et étirer à la filière. Les fils qu'on en obtient servent de conducteurs à tous les appareils d'éclairage électrique et à toutes les piles.
On rencontre souvent dans la nature le platine mêlé à l'or et au diamant ou allié au fer, au cuivre, à l'osmium, au rhodium et au palladium. On trouve ce précieux métal en Amérique, au Brésil et en Russie ; on en fait des creusets, des capsules, des alambics pour la rectification de l'acide sulfurique, et on en garnit la pointe des paratonnerres.
Il faudra attendre l’évolution des chalumeaux à haute température et la maîtrise des alliages pour que le platine devienne le métal roi de la haute joaillerie. 
Depuis nous avons connu le Microdard, et le Laser qui, d'après la maison "Cookson Clal"  utilisent généralement la technologie Nd:YAG (néodyme-dopé grenat d’yttrium et d’aluminium). C’est un peu technique, mais ce qu’il faut retenir, c’est que c’est un type de laser pulsé qui émet un faisceau concentré, permettant de travailler avec une précision extrême et une faible zone d’échauffement. Cette caractéristique est essentielle pour souder des pièces délicates sans endommager les pierres précieuses ou déformer les parties sensibles du bijou.

Entre 1825 et 1930, la Russie et les mines de l'Oural couvrent près de 90 % de la production mondiale.
À l'état pur, le platine est tenace mais trop tendre. Pour lui donner du corps sans altérer sa blancheur, les ateliers affinent leurs recettes. On voit apparaître le « platine bijoutier » allié au cuivre, puis les compositions au ruthénium ou à l'iridium (le platine iridié). Chauffé entre 400°C et 800°C, le métal se recouvre d'une pellicule d'oxyde d'un magnifique bleu-vert couleur velours, qui disparaît à plus haute température pour retrouver son éclat argentin inaltérable.



1856 : le bijoutier Cartier achète plusieurs kilogrammes de platine pour la confection de bijoux en platine.
1857 : le chimiste français Henri Étienne Sainte-Claire Deville développe un four permettant de fondre le platine et ses alliages. Il est notamment l'auteur du livre : "De la métallurgie du platine et des métaux qui l'accompagnent".
1912 : la France adopte la tête de chien comme poinçon afin de marquer à la frappe les bijoux et objets fabriqués en platine.
1924 : le plus grand gisement de platine au monde est découvert en Afrique du Sud, près de Johannesbourg par le géologue allemand Hans Merensky.


Magnifique diadème en platine de Cartier

Plus techniquement, le platine, c'est ?

Le platine est l'un des constituants principaux de la mine du platine. Celle-ci présente, en effet, la particularité de renfermer six métaux à l'état natif : platine, ruthénium, rhodium, palladium, osmium et iridium.
Lorsqu'il fut découvert dans les sables aurifères de Colombie, en 1735, on ne lui accorda pas aussitôt l'attention qu'il méritait. Au XIXᵉ siècle, ses qualités multiples l'ont fait rechercher pour l'industrie chimique et la fabrication d'instruments de physique, et il fut introduit en bijouterie-joaillerie à la fin du siècle.

Gisements

Entre 1825 et 1930, le platine provenait essentiellement de mines exploitées dans l'Oural : la Russie couvrait alors près de 90 % de la production mondiale, les 10 % restants étant assurés par la Colombie et l'Afrique du Sud.

Aujourd'hui, les plus gros producteurs sont l'Afrique du Sud, le Canada et l'Union soviétique, dont on évalue difficilement la production. La Colombie, l'Australie, la Birmanie et Bornéo en produisent en moindre quantité.

On trouve le minerai dans les roches ignées et dans les dépôts alluvionnaires ou placers. On exploite surtout ces derniers qui constituent le fond de vallées : en lavant les sables, on recueille de 2 à 4 g de platine par tonne de sable.

On en trouve également dans les sables aurifères, les veines de quartz, les roches de dunite, la pyrargyrite, pour ne citer que les sources les plus connues. Le fer est sa principale impureté.


                                                Collier Cartier d'Elisabeth Taylor, Paris, 1951, transformé en 1953 

On peut trouver aussi du platine en France, non en grande quantité, mais,
Alluvions marines du Pénestin, Morbihan.
Anciennes mines d'argent, par exemple celle des Chalanches, Allemont, Isère, région Rhône-Alpes, France
Placers de la Durance, Basses-Alpes (microparticules de Pt)
Alluvions noirs marins de Saintes-Maries-de-la-Mer ou à l'est de l'Espiguette, Camargue (microparticules de Pt)

Exploitation

La métallurgie du platine est relativement simple. Les différents métaux sont séparés par lavages successifs des sables qui les contiennent. L'or est extrait par amalgamation au mercure. Puis, on isole la mine du platine dont on retire encore le fer et le cuivre, par un traitement à l'acide nitrique. Sur ce résidu, on fait agir de l'eau régale. Par chloruration et calcination, on obtient la « mousse de platine ». Celle-ci, traitée chimiquement, donne le platine pur.

Propriétés chimiques

Le platine fin est pratiquement inoxydable : lorsqu'on le chauffe à l'air, l'oxyde de platine qui se forme le recouvre d'une belle couleur noir de velours. Il ne s'oxyde cependant ni en lingots, ni en fils.
Il est attaqué à chaud par l'eau régale, le soufre, l'étain, le zinc, le plomb, le cyanure de potassium, le phosphore, l'arsenic et, même à basse température, par la silice.


Le texte en italique qui précède est tiré de ce livre en vente chez Amazon dont je fus le conseiller technique pour la traduction.

Cette rigueur de la matière, je l'ai découverte au début des années 1960. À ma sortie de l’école BJO de la rue du Louvre, mon CAP en poche, mon père rencontre M. Eschwege, diamantaire renommé, pour lui demander s'il connaît un bon patron pour parfaire mon apprentissage. Ce dernier appelle directement Marcel Rubel, qui fait venir son principal façonnier, Jacques Candas, installé au 60-62 rue de Richelieu.
Candas était un colosse d’un mètre quatre-vingt-cinq à la voix éraillée. Quand Rubel lui demande de me prendre, Candas grogne : « Ah non, je ne veux pas m'emmerder avec ça ! » Mais M. Rubel lui dit : « Eh bien Jacques, vous allez prendre ce jeune en apprentissage. » Mon futur patron se tourne vers moi : « Tu viens ? » Il a râlé tout le long du trajet entre la rue Lafayette et la rue de Richelieu, avant de me confier à l’un de ses ouvriers.


Un des cinq pièces de l'atelier Candas

Chez Candas, on ne travaillait que le platine pour les plus grands noms : Van Cleef & Arpels, Mellerio, Rubel, Meister à Zurich ou Gübelin. Sorti pourtant deuxième de mon école, on me donne une pièce à faire en maillechort pour tester mes capacités. Pendant deux jours, les ouvriers défilaient derrière ma cheville avec des sourires narquois. En fin de semaine, le verdict tombe, paternel mais inflexible : « Bon, on recommence tout. » 


J'ai dû réapprendre chaque geste appris à l'école, mais avec plus de précision, au dixième de millimètre. Six mois plus tard, je sortais enfin cette pièce en maillechort , que je conserve encore aujourd'hui.
À cette époque, l'enseignement ne s'encombrait pas de la profusion de polycopiés ou de parchemins grand format que les élèves affichent aujourd'hui fièrement. Mon CAP de bijoutier et mon Brevet d'État de gemmologie de décembre 1960 tenaient sur de modestes carrés de papier de 10 cm sur 10 cm. Nous n'avions pas de grands livres d'art pour nous guider, si ce n'est de rares ouvrages comme "Les Bijoux Antiques", déjà dépassés par la technicité moderne de la rue de Richelieu. Notre seul véritable manuel, c'était l'œil de l'ouvrier d'à côté et la rigueur du pied a coulisse et du Palmer.


Livre que j'ai reçu pour mon deuxième prix à l'école de bijouterie-joaillerie de la rue du Louvre.

Après mes 18 mois de service militaire, je suis revenu rue de Richelieu chez Candas fin 1963. Cette fois-ci directement sur le platine. Nous fabriquions tout à la main, notamment les chatons, même les petits. C'est de cette époque que je garde mon plus beau souvenir de transmission. Un après-midi, Candas m'appelle de son bureau de sa voix puissante : « Tout p'tit ! » C'était mon surnom à l'atelier, du haut de mes 1 m 63.



Nous voilà partis en métro vers le Faubourg Saint-Honoré, chez le célèbre fleuriste Lachaume. Pour une fois Candas avait reçu la commande d’une grande broche "Oiseau de Paradis" en or jaune, (je ne me souviens pas d'une autre pièce en or jaune) À l'époque, ces fleurs exotiques n'étaient pas courantes à Paris. Vers 18 heures, nous reprenons le métro pour le retour, chacun avec deux fleurs sur de grandes tiges, maintenues bien haut à bout de bras au-dessus de la foule des voyageurs pour ne pas en esquinter les précieux pétales.
Dès l'arrivée à l'atelier, Candas s'est mis au travail. Il est resté jusqu'à 21 heures à son bureau , me forçant à rester à ses côtés pour observer ses dessins, et me demander mon avis dont il ne tenait absolument pas compte ! Mais quel talent incroyable il avait pour interpréter la nature, marier les couleurs de l'or, et la délicatesse de l'émail futur. 


Diadème Halo Cartier Londres, 1936

Le paradoxe économique du marché moderne
Pour l'expert judiciaire, le marché actuel présente une véritable anomalie. Historiquement, le platine a toujours été le métal le plus cher, culminant bien au-dessus de l'or en raison de sa rareté et de la complexité de son affinage. En août 2021 encore, alors que le palladium s'envolait à 70 000 € le kilo, le platine se maintenait à 29 000 €/kg.
Aujourd'hui, le cours du platine s'est effondré en dessous de celui de l'or jaune, bousculé par le désamour industriel (notamment dans les pots catalytiques) et la ruée spéculative vers l'or comme valeur refuge. Quelle ironie pour l'artisan ! Le métal le plus noble à travailler, le plus lourd au porté et le plus sûr pour maintenir les diamants est devenu financièrement plus abordable que l'or. Mais à l'établi, la hiérarchie ne change pas : le prix passe, le geste reste, et le platine conserve sa couronne éternelle.


lundi 19 octobre 2026

Maurice Daurat le sculpteur bijoutier

Le grand public et les collectionneurs d’Art déco connaissent parfaitement Maurice Daurat comme le maître incontesté de l'étain martelé et de la dinanderie monumentale, notamment pour ses créations à bord du paquebot Normandie, sa première période artistique demeure largement méconnue.


Cliquez sur les images pour les agrandir.

Naissance le 2 août 1880 à Bordeaux, 33000, Gironde, Aquitaine, FR
Mariage Mariage avec : Yvonne Léonie Clémence VRAYE (DAURAT) 7 juin 1907   Paris, 75000, Paris, Île-de-France, FRANCE
Décès 15 janvier 1969, Meulan, 78250, Yvelines, Île-de-France, FRANCE


En 1896, Maurice Daurat est en 1ʳᵉ année de l'école Germain Pilon, il en sort "diplômé" en 1898.

En 1905, le Rapport sur l'enseignement technique et commercial écrivait : 
École Germain-Pilon. — C’est une école de dessin pratique destinée à donner les connaissances pratiques nécessaires à un bon dessinateur. Âge d’admission, 13 ans au minimum ; trois années d’études. L’école comprend des cours du jour et des cours du soir. C'était une école professionnelle.
Sa formation initiale est celle d'un sculpteur et d'un modeleur. Au tournant du siècle, alors que Paris vibre pour le naturalisme de l'Art nouveau, le jeune Daurat met son sens des volumes au service de la bijouterie..


En 1908, il fait de la réclame dans la revue des Bijoutiers Joailliers Orfèvres, ciselure Pièces riches, Bronze, Bijoux, objets d'art.


1908 : Groseilles, collection du musée d'Orsay, conservée mais non exposée à l'heure actuelle.
Numéro d'inventaire OAO 1335 Description boucle de ceinture : métal argenté, traces de patine
Dimensions : H. 6,2 ; L. 10 ; P. 1,3 cm.



À ses débuts, il collabore avec l'éditeur d'art A. Calavas et fournit de nombreuses planches de dessins destinées aux ateliers parisiens (« Jewellery designs »). 



Ses croquis révèlent une parfaite assimilation de la ligne organique de l'époque : peignes à cheveux, épingles, châtelaines et pendentifs y sont ornés de figures féminines évanescentes, de corolles de fleurs et d'enroulements végétaux complexes.

Le Salon des Artistes français (1910-1911)
 De 1902 à 1905, Maurice Daurat présente des projets aux Salons, mais il n'obtient aucun prix.
Après s'être essayé au bronze, au cuivre et à l'argent, il se tourne vers l'étain en 1906[4]. Il choisit ce matériau pour son aspect, notamment son éclat discret, et conçoit pour lui des formes simples qui contrastent avec les formes historicisantes et fortement ornementées des artistes du début du siècle. 

Daurat ne se contente pas de dessiner ; il passe rapidement à la fonte et à la ciselure directe du métal. C'est au Salon de la Société des artistes français, en 1910 et 1911, qu'il expose ses premières pièces physiques en tant que bijoutier et orfèvre.
Le catalogue d'époque conserve la trace de ces œuvres de jeunesse.


Au mois de mars 1910, Maurice Daurat insculpe un poinçon.

Nom : Daurat. Prénom : Maurice ; producteur ; initiales : M. D. ;) ; 117 rue Notre-Dame-des-Champs ; 2) 5 rue Saint-Augustin. Profession, fabricant artiste Symbole  une étoile à cinq branches
Date d'insculpation 16/03/1910 Numéro du registre de la garantie C1715. Numéro du registre de la préfecture 13760.

M. Alaistair dans son catalogue de 1910 cite Maurice Daurat.


Collier libellule en argent avec une citrine 1910.



Signature de Daurat et sur l'aile du dessous poinçon argent d'état et poinçon de maître.


Catalogue de 1910 de M. Alaistair


En 1910, il présente une série intitulée « Jewellery and letter opener ». On y remarque notamment un pendentif aux lignes géométriques timides enserrant des grappes de mûres, ainsi qu'un motif très audacieux de guêpes affrontées.



En 1911, il y expose un remarquable pommeau de canne sculpté en haut-relief, qui préfigure son passage de la parure à l'objet d'art.

 

Canne Éléphant


La grande force des bijoux physiques de Maurice Daurat qui sont parvenus jusqu'à nous réside dans leur traitement plastique. Ce sont de véritables micro-sculptures. L'artiste a une prédilection pour l'entomologie et les insectes à carapace, qu'il traite avec un réalisme vigoureux et un métal souvent martelé, presque brut :

 

MAURICE DAURAT, Broche en argent figurant un papillon de nuit. Signée.

Le thème des Hyménoptères (guêpes et abeilles) : Daurat décline le motif de son Salon de 1910 sur plusieurs pendentifs d'une grande puissance. Deux insectes en argent ou en alliage ciselé se font face, enserrant une pierre centrale (chrysoprase verte ou citrine ovale). Ce motif est si cher à l'artiste qu'on le retrouve répété en pampilles sur un rare collier d'argent articulé.

 


Collier en argent composé de 5 petites abeilles. revente par Mᵉ Leclere à Marseille.

Les Cigales et Papillons : qu'il s'agisse d'un pendentif « Papillon de nuit » aux ailes déployées en émail plique-à-jour bleu, d'une broche en argent massif ou d'un cachet en bronze en forme de cigale, le travail de ciselure reste d'une grande fermeté.


 


Maurice Daurat . Ensemble de bureau en bronze à décor de cigales et d'olives Dimensions d'encrier : 27,5 x 14 cm.


Cachet


Signature de Daurat



Bague en or, la signature et le poinçon de maître sur la droite près de la rose.                                                                           
Le répertoire floral : moins fréquent en pièce physique, il s'illustre pourtant sur de rares bagues, comme un modèle en or sculpté d'une rose épanouie.
D'ailleurs la marque d'atelier, sur ces pièces de haute époque (1900-1914), et la signature en toutes lettres M. DAURAT est frappée ou gravée en creux de façon très nette, souvent sur l'aile d'un insecte ou sur le flanc d'un anneau. Elle est parfois flanquée d'un poinçon de maître en losange, témoignant d'une production indépendante et très soignée, bien avant qu'il n'ouvre son grand atelier d'orfèvrerie après la Première Guerre mondiale.
 

Rarissime boîte de MAURICE DAURAT, orfèvre circa 1910, mais je doute de la date, plutôt 10 ans plus tard.




1912 Médaillé par la section des arts décoratifs.


Deux pendentifs Libellule



MAURICE-PIERRE-ANDRÉ DAURAT Pendentif en argent de forme carrée, ciselé de framboises. Signé. Travail du début du XXᵉ siècle. Hauteur : 3,5 cm environ. Poids : 8,7 g. Un pendentif similaire est reproduit dans Alastair Duncan, The Paris salons 1895-1914, Jewellery vol. I, p. 168. Il est daté de 1910…                                                                                   

Daurat va participer à la Grande Guerre de 1914-1918. En 1914, il a 34 ans, il va être réformé le 28-11-1914, mais rappelé le 10/12/1914 et muté dans l'infanterie et le 22/02/1915, il passe dans l'armée territoriale parce qu'il est père de 4 enfants, mais ne sera démobilisé que le 10/02/1919.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le paysage des arts décoratifs se transforme radicalement. La ligne sinueuse de l'Art nouveau s'efface au profit de la géométrie, de la symétrie et de la tension des formes. C'est durant cette décennie charnière que Maurice Daurat opère une mutation stylistique spectaculaire, délaissant le bijou naturaliste pour devenir l'un des plus grands rénovateurs de l'orfèvrerie française.


1921


1921

L'abandon du figuratif : des parures architecturales
Avant d'abandonner définitivement la parure, Daurat transpose ses nouvelles recherches géométriques dans le domaine du bijou. Les pièces de cette époque (début des années 1920) témoignent de ce passage à l'épuration :


 MAURICE DAURAT  Boucle de ceinture en métal argenté et doré à décor de chardons.



 MAURICE DAURAT , Collier en argent formé d'un pendentif figurant un papillon posé sur une fleur, ses ailes en émail plique à jour


1925 à l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, photo de la vitrine d'exposition de Maurice Daurat.


Le jonc en volute : L'artiste conçoit des bracelets rigides d'une grande sobriété, formés d'un simple ruban de métal épais (argent ou étain mat) dont les extrémités s'enroulent en volutes épurées. Tout effet de ciselure animalière a disparu.
                                                                                

La manchette structurée : ses grands bracelets ouverts en argent massif adoptent des lignes purement architecturales. Construits avec des décrochements successifs et des lignes en gradins, ils rappellent les façades des édifices modernes de l'époque et préfigurent la silhouette de ses futurs vases.

Le choix de l'étain martelé et l'Exposition de 1925


Maurice Daurat Deux vases Hauteur du plus grand : 23,5 cm ; 9 1/4 po.
En étain. L'une est signée M. DAURAT, monogrammée MD et porte l'inscription BArt, nᵒ 3283 et nᵒ 99 ; l'autre est signée M. DAURAT, monogrammée MD et porte l'inscription ALP au revers.

L'apothéose de cette période survient lors de l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 à Paris. Maurice Daurat y expose ses premiers grands vases, ses flacons et ses boîtes en étain martelé. Son génie de sculpteur, qui sait insuffler une puissance monumentale aux objets du quotidien, y est officiellement couronné par une médaille d'or.


En 1927, Une petite faute d'orthographe, ce n'est pas l'Amborine, mais l'Amboïne.

1929 dans "Art & Décoration" la critique peut être acide ! 
M. Maurice Daural, naguère mieux inspiré, a garni toute une vitrine d'objets d'étain aux formes simples, mais volontairement lourdes, qui ont quelque chose de barbare. Il est de ceux qui veulent traiter l'étain pour lui-même, et non comme un parent pauvre de l'argent. Son expérience montre que la formule, si elle est juste, n'est pas non plus sans dangers.


Par ses œuvres monumentales, il va participer à la décoration de plusieurs paquebots, dont ci-dessus le La Fayette, en 1930, le Colombie en 1931, le Champlain en 1932.


Du 30/10/1931 au 15/10/1931, Daurat expose à la galerie. Georges Petit.
 

1932 01-01 dans la revue Mobilier et décoration :

C'est en se tournant vers un matériau alors délaissé par la haute orfèvrerie, l'étain, que Maurice Daurat va trouver sa véritable signature. Considéré jusqu'alors comme un métal pauvre ou purement utilitaire, l'étain devient sous le marteau de Daurat un support d'une immense noblesse.


En 1932 le Figaro illustré ecrit : remarquons surtout que jamais Maurice Daurat n’a été plus en possession de ses moyens(...)
 

Maurice Daurat en 1932.
Il travaille le métal en feuilles épaisses qu'il martèle à froid, laissant le poli de la pièce capter la lumière de façon vibrante et veloutée. Ce traitement de surface, presque brut mais d'une infinie délicatesse, séduit immédiatement la critique.


1932 Ensemble de bracelets ouverts
                                                                                

Mobilier et décoration en 1932
Les soupières et légumiers : Daurat conçoit des récipients circulaires ou ovales d'une grande rigueur, flanqués de poignées massives en retrait, où le seul décor réside dans la perfection du martelage et le jeu des proportions.


1935 environ


1935 environ


1935 environ


Maurice Daurat en 1935 va participer aux décors du paquebot Normandie 
La participation de Maurice Daurat aux décors du mythique paquebot Normandie en 1935 constitue l'un des sommets de sa carrière de dinandier d'art. À l'apogée de la période Art déco, la Compagnie Générale Transatlantique fait appel aux plus grands créateurs de l'époque pour faire de ce navire une vitrine absolue du luxe et du savoir-faire français.
Une commande de vases monumentaux
Pour l'aménagement des salons de première classe, Maurice Daurat reçoit la commande d'une série de vases monumentaux. [
• Matériaux et design : fidèle à sa signature, l'artiste conçoit des pièces massives alliant l'étain et le palissandre (un bois précieux exotique). Les vases imposent des formes géométriques pures et des parois épaisses, entièrement montées et martelées à la main pour faire vibrer la lumière à bord. [1, 2]
Le mystère du nombre : Des témoignages et recherches généalogiques familiales, notamment partagés sur des plateformes spécialisées comme Docantic, font état d'une commande initiale de 8 vases monumentaux. 
Monographie de référence Maurice Daurat : Orfèvre-Sculpteur Art Déco (éditée par la Galerie Willy Huybrechts)

En plus du mythique Normandie, Maurice Daurat a mis son talent d'orfèvre au service d'un autre grand ambassadeur du style Art déco français sur les mers : le paquebot Île-de-France.
Lancé en 1927 par la Compagnie Générale Transatlantique, ce navire fut le tout premier paquebot entièrement décoré dans le style moderne et Art déco (rompant définitivement avec les styles anciens d'avant-guerre comme le Louis XIV ou le Louis XVI). Maurice Daurat y a conçu plusieurs ensembles décoratifs et des pièces d'orfèvrerie en métal.
L'essentiel de sa production prestigieuse et monumentale à grande échelle est cependant resté concentré sur ces deux géants des mers (Île-de-France et Normandie), avant qu'il ne se consacre à d'autres projets d'envergure pour l'État (comme les ambassades et les ministères).



Des colonnes en verre de Lalique se dressent dans le grand salon des premières classe avec des compositions de Jean Dunand . Elles complètent cette riche décoration et se nomment : Le soleil, les vents et le Char de l’Aurore.

Il réalisera  aussi 8 vasques monumentales pour le grand salon des premieres classes du paquebot Le Pasteur  en 1938


Chevalier de la Légion d'Honneur en 1929 - Officier de la Légion d'Honneur en 1935 les raisons de cette décoration


Il ne cessera de travailler qu'en 1958, et décèdera 15 janvier 1969  à  Meulan, 78250, Yvelines, Île-de-France, à l'âge de 88 ans


Le Platine : Métal Roi de la Joaillerie, de l’éponge du XIXe siècle à l’établi moderne

Photo: https://www.prixdelor.info/platine-derriere-or/ Le grand public et les publicistes de la place Vendôme ne jurent aujourd'hui que...