C'est la photographie que je préfère de la Couronne de la Shabannou, débarrassée du chapeau interne.
Pendant longtemps, André Émile Vassort est demeuré un nom presque inconnu, même des amateurs de haute joaillerie. Son poinçon est pourtant associé à certaines des plus prestigieuses réalisations du XXᵉ siècle, mais son parcours, ses origines, sa formation et l'histoire de son atelier n'avaient, jusqu'à présent, jamais fait l'objet d'une étude approfondie.
Fruit de plusieurs mois de recherches, de témoignages inédits, de documents d'archives et d'échanges avec sa famille, cette étude se propose de retracer, avec la plus grande précision possible, la vie et l'œuvre d'un homme qui fut l'un des grands fabricants de la place Vendôme. Elle s'attache à distinguer les faits établis des traditions orales et à rendre à André Émile Vassort et à son atelier la place qui leur revient dans l'histoire de la haute joaillerie française.
« les Folies Dramatiques »
1930 (19 ans) l'école des Arts et Métiers, mais pour des raisons de santé André Vassort était contraint
de choisir une profession sédentaire, posture assise, mobilité réduite ; il choisit la profession de joaillier et entra comme apprenti chez Lenfant Joaillier.
Son mariage est indiqué en 1937.
Lorsque l'on évoque la haute joaillerie française, les mêmes noms reviennent toujours : Van Cleef & Arpels, Cartier, Boucheron, Chaumet… Les vitrines sont célèbres, les bijoux admirés dans le monde entier. Pourtant, derrière chacune de ces maisons travaillaient des ateliers dont le grand public ignore souvent jusqu'au nom.
C'est justement l'histoire de l'un d'eux que je vous propose de découvrir aujourd'hui.
3 âges de la vie : André au ski avec sa femme qui travailla dans l'entreprise, et leur fils Patrick qui, avec sa sœur Catherine, succédera à André.Le 9 avril 1943, en pleine Occupation, un jeune joaillier fait enregistrer son poinçon de maître.
À cette époque, rien ne laisse imaginer que cet artisan deviendra, quelques années plus tard, l'un des plus importants fabricants de bijoux de la place Vendôme.
Son nom : André Vassort.

Fort de son poinçon insculpé le 9 avril 1943, il s'inscrit au registre des métiers le 10 avril 1943.
Trois ans plus tard, en 1946, André Vassort et son épouse Madeleine Boudal créent officiellement leur société. Au fil des années, leur atelier connaît un développement remarquable. Installés rue Sainte-Anne, à deux pas du Palais-Royal, les Ateliers Vassort réuniront bientôt plus de deux cents professionnels : joailliers, sertisseurs, dessinateurs, fondeurs, polisseurs, lapidaires et horlogers. Un véritable concentré des savoir-faire de la haute joaillerie française.
Il faut bien comprendre ce qu'était un atelier comme celui-ci.
Contrairement à une idée largement répandue, les grandes maisons de la place Vendôme et rues adjacentes, ne fabriquaient pas toujours elles-mêmes les bijoux qu'elles présentaient dans leurs salons. Elles imaginaient les collections, les dessinaient parfois, puis confiaient leur réalisation aux meilleurs ateliers de la place de Paris. André Vassort faisait partie de ce cercle très fermé auquel faisaient confiance les plus grandes signatures.
Ses ateliers réalisèrent ainsi des créations pour Van Cleef & Arpels, Cartier, Chaumet, Boucheron, Harry Winston, Tiffany, Gérard, Mauboussin, Dior, Hermès et bien d'autres encore.
À cette époque, le client ne connaissait presque jamais le nom du fabricant. Il admirait la signature de la maison. Pourtant, derrière chaque bijou exceptionnel se cachait le travail patient d'hommes et de femmes dont la maîtrise technique permettait de transformer un dessin en œuvre d'art.
Clip "fleur" Boucheron. Améthystes et topazes gravées, émeraudes et diamants, or 18 k (750).
Signé et poinçon de maître André Vassort. Poids : 30,1 g – Haut. : 4,5 cm
Pendant plus d'un demi-siècle, les Ateliers André Vassort allaient travailler dans une discrétion presque absolue. C'était la règle de la profession. Les maisons de la place Vendôme mettaient naturellement en avant leur nom, tandis que les fabricants restaient dans l'ombre. Pourtant, dans le métier, chacun savait parfaitement à qui il avait affaire.
Il ne suffit pas d'être un excellent joaillier pour diriger un grand atelier. Encore faut-il réunir les meilleurs compagnons, les fidéliser et créer une véritable équipe. C'est précisément ce qu'André Vassort allait réussir.
Hôtel Laporte de Serincourt. 34, rue Saint-Anne, 1ᵉʳ arrondissement, Paris.
Les Ateliers Vassort, ce furent plus de deux cents professionnels, dont une centaine située au siège de la société dans l’hôtel de La Comtesse du Barry, au 34 de la rue Sainte-Anne, en face de l’hôtel de Lully, dans le quartier du Palais-Royal à Paris. L’hôtel particulier regroupait les ateliers de fabrication, de fonderie, de sertissage, de polissage, d’horlogerie, de lapidaire.
En 1955, André Vassort donne une nouvelle dimension à son entreprise en créant la société André Vassort S.A., installée au 34, rue Sainte-Anne, à Paris. Consacrée à la bijouterie, à la joaillerie et à l'orfèvrerie, cette nouvelle structure accompagne le développement de son atelier, dont le savoir-faire est désormais recherché par les plus grandes maisons de la place Vendôme.
BOUCHERON Paris vers 1955 Bague cocktail de forme tank en or jaune 18 carats (750 ‰) et platine (950 ‰), le plateau serti de rubis synthétiques en rosace, l'épaulement de l'anneau ajouré de festons. Signée Boucheron Paris, et le poinçon d'orfèvre d'André Vassort. Taille de doigt : 55 Poids brut : 14,6 g... revendue par la maison Pestel Debord
Au fil des années, les ateliers s'agrandirent rue Sainte-Anne, dans cet hôtel particulier. Plus d'une centaine étaient réunis sur place : joailliers, sertisseurs, dessinateurs, polisseurs, fondeurs, horlogers et lapidaires. Chacun avait une spécialité, mais tous poursuivaient le même objectif : atteindre une qualité irréprochable.
Lorsque l'on évoque aujourd'hui la haute joaillerie, on pense immédiatement aux créateurs. On oublie souvent que, sans ces ateliers, les dessins seraient restés de simples feuilles de papier. Un dessin peut être magnifique ; encore faut-il trouver les artisans capables de lui donner vie.
Patrick Vassort résume parfaitement cet esprit lorsqu'il écrit :
« Les gens extraordinaires donnaient à voir ce que nous ne verrons sans doute plus jamais : le sur mesure, l'original, l'exclusif, l'unique. »
Cette phrase, à elle seule, résume ce qu'étaient les Ateliers Vassort.
Il y a une chose que le grand public ignore souvent.
Lorsqu'une grande maison présentait un bijou exceptionnel, elle s'appuyait sur une chaîne de métiers où chacun jouait un rôle essentiel. Le créateur imaginait, le dessinateur mettait l'idée sur le papier, les lapidaires choisissaient les pierres, les joailliers construisaient le volume, les sertisseurs donnaient vie à l'ensemble et les polisseurs apportaient la touche finale.
Chez André Vassort, cette organisation avait atteint un niveau d'excellence qui expliquait la confiance que lui accordaient les plus grandes maisons de la place Vendôme. Ce n'était pas l'œuvre d'un seul homme, mais celle d'une équipe où chaque artisan maîtrisait parfaitement son métier.
Je connais bien cette manière de travailler. Dans mon propre atelier, lorsqu'un jeune dessinateur ou un apprenti commençait à prendre son autonomie, venait toujours le moment où il fallait lui faire confiance. On lui confiait un dessin, puis un bijou. On le laissait avancer, tout en passant régulièrement voir où il en était. Non pour le surveiller, mais parce qu'un simple conseil donné au bon moment évite parfois des heures de travail perdues. C'est ainsi que le métier se transmettait.
Je suis persuadé qu'il en allait de même dans les grands ateliers. On n'y fabriquait pas seulement des bijoux ; on y formait des artisans qui, à leur tour, transmettraient ce savoir-faire.
ANDRE VASSORT
Bague en platine composée d'anneaux enlacés sertis de diamants de taille brillant. Poinçon de maître. Vers 1960 Tour de doigt : 52 Pb : 16,5 g Revendu par Maison Aguttes
C'est dans cet environnement d'exigence et de confiance qu'André Vassort allait être confronté à l'un des plus grands défis de sa carrière : la réalisation de la Couronne impériale destinée au couronnement de Farah Pahlavi, impératrice d'Iran.
La couronne impériale d'Iran
Lorsque Mohammad Reza Pahlavi décide de faire couronner son épouse, Farah Pahlavi, le 26 octobre 1967, une couronne entièrement nouvelle doit être créée. Pour la première fois dans l'histoire moderne de l'Iran, une impératrice reçoit officiellement une couronne.
Les pierres précieuses destinées à sa réalisation proviennent exclusivement des Joyaux nationaux d'Iran, conservés dans les coffres de la Banque centrale. Ces joyaux constituent une partie des réserves de l'État iranien et ne peuvent, à ce titre, quitter le territoire. Van Cleef & Arpels installe donc un atelier à Téhéran afin de concevoir la couronne au plus près de ce trésor exceptionnel.
Les pierres sont soigneusement sélectionnées puis retaillées lorsque cela s'avère nécessaire par la maison Grospiron afin de répondre aux exigences du dessin. La réalisation de la couronne proprement dite, fabrication de l'armature en or, ajustage, sertissage des pierres, assemblage et polissage, est confiée à l'atelier d'André Émile Vassort, qui travaille alors pour Van Cleef & Arpels.
Voici la couronne fabriquée par les ateliers Vassort, non sertie, non polie.
Cette distinction est essentielle : si la beauté des gemmes attire naturellement le regard, c'est le travail du fabricant qui leur donne vie. Sans la précision de l'armature, la qualité des sertis et la perfection de l'assemblage, les pierres les plus prestigieuses ne seraient qu'une collection de gemmes. C'est le savoir-faire de l'atelier Vassort qui les transforme en une véritable couronne impériale.
Dans les souvenirs confiés par Patrick Vassort à l'auteur, celui-ci évoque les nombreux voyages de son père en Iran, les essais réalisés avec plusieurs couronnes et Pourquoi existe-t-il plusieurs couronnes ?
Photo de dos André Vassort les dessins sur la table sont de Jacques Courtois dessinateur chez André Vassort
Afin de préparer cette commande exceptionnelle, plusieurs maquettes complètes de la couronne furent réalisées. Les pierres des Joyaux nationaux d'Iran, conservées à la Banque centrale, ne pouvant quitter le pays, les ateliers de Claude Grospiron dans le Jura taillèrent des pierres synthétiques reproduisant fidèlement les dimensions des gemmes originales. Ces modèles permirent à l'atelier André Vassort de mettre au point l'architecture de la couronne, les sertissages et les ajustages avant les opérations finales effectuées en Iran avec les pierres authentiques. Cette méthode fut également utilisée pour la réalisation des parures – colliers et motifs d'oreilles – destinées aux sœurs du Shah Mohammad Reza Pahlavi.
Quand on pense que cette réplique est en or et argent avec des pierres de synthèse.
Selon le témoignage de Patrick Vassort, deux de ces maquettes furent conservées après l'achèvement de la commande : l'une par Van Cleef & Arpels pour ses archives, l'autre par les Ateliers André Vassort afin de pouvoir, si nécessaire, procéder à une réparation de la couronne originale. Les répliques aujourd'hui présentées lors de certaines expositions de Van Cleef & Arpels témoignent ainsi de ce remarquable travail préparatoire.
La couronne de Farah Pahlavi demeure aujourd'hui l'un des chefs-d'œuvre de la haute joaillerie du XXᵉ siècle. Derrière le nom prestigieux de Van Cleef & Arpels se trouvent également ces ateliers de l'ombre, dont celui d'André Émile Vassort, dont le talent et la maîtrise technique ont largement contribué à la naissance de cette œuvre exceptionnelle.
Selon Patrick Vassort que je remercie grandement pour les corrections apportées à ma connaissance du sujet :
C'est pourquoi mon second chapitre traitera, entre autres clients, de la maison M. Gérard, qui n'est autre que Louis Gérard Azoulay.
Je remercie par avance toutes les personnes ayant connu André Vassort, travaillé dans son atelier ou conservé des documents, photographies ou souvenirs susceptibles d'enrichir cette recherche. Elles peuvent le contacter à : richard.jeanjacques@gmail.com
Vous venez de lire la première partie de mon article sur la maison Vassort, je prépare la suite qui va réserver des surprises.






,.png)


%20-%20Copie.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)



















Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
N hésitez pas a laisser des commentaires, même anonymes et je répondrai