Affichage des articles triés par date pour la requête histoire mellerio. Trier par pertinence Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par date pour la requête histoire mellerio. Trier par pertinence Afficher tous les articles

jeudi 22 octobre 2026

Le Platine : Métal Roi de la Joaillerie, de l’éponge du XIXe siècle à l’établi moderne


Photo: https://www.prixdelor.info/platine-derriere-or/

Le grand public et les publicistes de la place Vendôme ne jurent aujourd'hui que par le platine pour asseoir le prestige des gemmes les plus précieuses. Mais la véritable histoire technique de ce matériau, dépouillée des artifices du marketing, révèle un parcours sinueux où la science de laboratoire et l'évolution de la langue ont longtemps dicté leur loi à la main de l'artisan. Pour le comprendre, il faut replonger dans la poussière des vieux manuels et pousser la porte des ateliers de l'ombre où la rigueur était la seule règle.

                                                                      
                                                                      
J'adore mes vieux dictionnaires, en 1756 : « la platine » n'était qu'un morceau de fer ou de cuisine.
Pour mesurer le chemin parcouru par ce matériau, il faut ouvrir mon dictionnaire original de la Langue Françoise de Richelet en 1756. À cette époque, le mot « platine » est exclusivement féminin. Si vous cherchez sa définition à la page 514, vous n'y trouverez aucune trace d'un quelconque métal noble ou rare. La platine désigne alors trois objets bien distincts et purement utilitaires. C'est d'abord un ustensile de ménage : un « Rond de cuivre, avec des pieds de fer, sur lequel on accommode & on sèche le linge ». C'est ensuite un composant d'imprimerie ou d'armurerie : un « morceau de fer ou de fonte quarré qui est attaché sur la boîte de la presse… 


On dit aussi, une platine de pistolet, de fusil, &c. » Enfin, c’est une pièce de micromécanique : une « petite plaque déliée qui soutient les roües d'une montre ».
En cette moitié du XVIIIe siècle, bien que l'élément chimique commence à peine à intriguer les scientifiques européens, il n'a pas encore de nom masculin ni de place dans le vocabulaire des artisans du bijou. Le futur « Métal Roi » n'est alors, pour le dictionnaire, qu'une plaque de fer ou un dessous de linge.


 Sucrier Louis XVI en platine créé par le bijoutier Janety en 1786, exposé à New York

Au milieu du XIXe siècle en 1854, le platine est devenu un nouveau venu au masculin, mais que les ateliers parisiens peinent encore à dompter. Isolé au début du siècle, baptisé d'après le mot espagnol plata (argent), il intrigue les chimistes autant qu'il rebute les façonniers. Dans mon vieil exemplaire du manuel Roret de 1854, le platine n’est pas encore le métal massif de la structure du bijou. On le considère avant tout comme une « doublure préservatrice » pour le cuivre ou le fer, loué pour sa « grande indifférence pour un nombre considérable d'agents chimiques ».
À cette époque, le grand problème des joailliers est l’altération de l’argent, qui noircit inévitablement sous l’effet des « exhalaisons sulfureuses » du gaz d’éclairage. C'est un batteur d'or parisien, M. Letellier, qui ouvre la voie en réussissant à convertir le platine en feuilles aussi minces que celles d'or. Le Roret note déjà la sentence technique : « Il faut pour cela du platine d’une très-grande pureté ; celui qui n'est pas bien purifié se déchire et est criblé de trous ». Les ateliers commencent alors à associer ces feuilles de platine à l'or pour obtenir des décors bicolores inaltérables. Mais pour le travailler dans la masse, il y a un mur thermique : le platine est si réfractaire qu'il exige des températures de fusion inaccessibles aux forges traditionnelles.


En 1886 dans le Roret du bijoutier Orfèvre


Mais en 1892, dans ma "Nouvelle encyclopédie des connaissances pratiques" d'Ed.Moride, je lis :
PLATINE. Corps simple, métallique, le plus inaltérable et le plus dense de tous les métaux. Le platine est d'un gris d'argent ; il est malléable, infusible, inattaquable par les acides nitrique et sulfurique, mais il est altérable à chaud par la potasse caustique et très soluble dans l'eau régale (mélange d'acide nitrique et chlorhydrique.) Ce métal peut recevoir un beau poli et se laisse facilement laminer et étirer à la filière. Les fils qu'on en obtient servent de conducteurs à tous les appareils d'éclairage électrique et à toutes les piles.
On rencontre souvent dans la nature le platine mêlé à l'or et au diamant ou allié au fer, au cuivre, à l'osmium, au rhodium et au palladium. On trouve ce précieux métal en Amérique, au Brésil et en Russie ; on en fait des creusets, des capsules, des alambics pour la rectification de l'acide sulfurique, et on en garnit la pointe des paratonnerres.
Il faudra attendre l’évolution des chalumeaux à haute température et la maîtrise des alliages pour que le platine devienne le métal roi de la haute joaillerie. 
Depuis nous avons connu le Microdard, et le Laser qui, d'après la maison "Cookson Clal"  utilisent généralement la technologie Nd:YAG (néodyme-dopé grenat d’yttrium et d’aluminium). C’est un peu technique, mais ce qu’il faut retenir, c’est que c’est un type de laser pulsé qui émet un faisceau concentré, permettant de travailler avec une précision extrême et une faible zone d’échauffement. Cette caractéristique est essentielle pour souder des pièces délicates sans endommager les pierres précieuses ou déformer les parties sensibles du bijou.

Entre 1825 et 1930, la Russie et les mines de l'Oural couvrent près de 90 % de la production mondiale.
À l'état pur, le platine est tenace mais trop tendre. Pour lui donner du corps sans altérer sa blancheur, les ateliers affinent leurs recettes. On voit apparaître le « platine bijoutier » allié au cuivre, puis les compositions au ruthénium ou à l'iridium (le platine iridié). Chauffé entre 400°C et 800°C, le métal se recouvre d'une pellicule d'oxyde d'un magnifique bleu-vert couleur velours, qui disparaît à plus haute température pour retrouver son éclat argentin inaltérable.



1856 : le bijoutier Cartier achète plusieurs kilogrammes de platine pour la confection de bijoux en platine.
1857 : le chimiste français Henri Étienne Sainte-Claire Deville développe un four permettant de fondre le platine et ses alliages. Il est notamment l'auteur du livre : "De la métallurgie du platine et des métaux qui l'accompagnent".
1912 : la France adopte au mois de décembre la tête de chien comme poinçon afin de marquer à la frappe les bijoux et objets fabriqués en platine.

J'emprunte à un ami, Michael Fieggen, le texte de son récent et excellent livre "Les poinçons français des métaux précieux de 1789 à ce jour".


Poinçons de garantie pour platine

Lors de l’adoption du platine dans la bijouterie courante, vers 1890, le contrôle était assuré par les poinçons de l’or, car la couleur très différente des deux métaux devait empêcher les erreurs.
La demande croissante de ce nouveau métal et sa couleur intéressante, couplées à un accroissement constant du prix du platine, passant de 15 francs à 191 francs le gramme entre 1905 et 1920, favorisa l’adoption de nouveaux alliages dits or blanc ou palladié, dont les teintes ressemblaient à celle du platine.
Trois nouveaux poinçons pour le platine furent alors introduits en janvier 1913. Cependant, il convient de noter qu’avant l’introduction de ces trois poinçons, divers autres poinçons avaient été utilisés pour marquer le platine. La liste suivante montre les poinçons qui pouvaient se trouver sur les ouvrages en platine et être considérés comme étant en règle. Dans le cas d’un ouvrage marqué avec un poinçon d’exportation, il fallait obligatoirement être muni, en plus, d’un poinçon de réimportation pour pouvoir circuler en France.
La tête de rhinocéros lors du recensement de platine entre le 8 avril et le 8 mai 1910.
Du 11 avril 1910 au 21 décembre 1912 :
• Tête du médecin grec, 1ᵉʳ titre ;
• Tête d’aigle, petite garantie ;
• Tête de cheval ;
• Charançon ovale ;
• Tête de Mercure, 1ᵉʳ titre plus tête de lièvre ;
• Tête de Mercure petite garantie plus tête de lièvre ;
Du 11 avril 1910 au 13 février 1926 :
• Hibou : pays non contractants, ventes publiques et bijoux d’occasion.
À partir du 14 février 1926, le poinçonnage de ces derniers bijoux était assuré par le poinçon mascaron dans un cadre rectangulaire, nᵒ 240.

Du 1ᵉʳ janvier 1913 à diverses dates.
Paris et départements

233. Tête de chien à droite découpée et entourée d’un listel. Introduit le 1ᵉʳ janvier 1913 (décret du 5 décembre 1912) pour les menus ouvrages en platine (même contenant de l’iridium) de titre 950/000 jusqu’au 4 janvier 1994, date à laquelle d’autres poinçons pour platine de titres 950, 900 et 850/000 furent introduits. À partir de 1994, ce poinçon à la tête de chien découpée n’est utilisé que pour marquer les menus ouvrages en platine au titre de 850/000. Différent sur le coup. (À noter qu’entre 1910 et 1912, divers autres poinçons prévus pour l’or étaient utilisés pour marquer le platine.) Et qu’entre 1940 et 1943, le poinçon à la tête de rhinocéros accompagnait le poinçon à la tête de chien sur les ouvrages en platine.) Le poinçon de Paris est, pour l’instant (2024), dépourvu du différent α qui est présent sur presque tous les autres poinçons employés dans ce bureau. Toutes les régions, du 1ᵉʳ janvier 1913 à ce jour.
Les objets composés d’une juxtaposition d’or et de platine, souvent des bagues en or avec chatons ou griffes en platine, sont marqués des deux poinçons de l’or et du platine.


234. Tête de jeune fille à gauche entourée d’un listel. Pour les ouvrages en platine 950/000 destinés à l’exportation. Différent au-dessus de l’oreille dans l’espace réservé. Toutes les régions, du 1ᵉʳ janvier 1913 (décret du 5 décembre 1912) au 1ᵉʳ août 2000, selon le décret nᵒ 2000-745, mais il ne semble pas avoir été inculpé depuis 1994.
235. Mascaron à la tête d’homme barbu, vu de face, entouré d’un listel. Différent dans la barbe. Pour ouvrages en platine 950/000 importés des pays contractants ainsi que de l’horlogerie provenant des pays contractants et non-contractants. À partir de 1971, ce poinçon fut insculpé sur tout ouvrage en platine importé, quelle qu’en soit l’origine. Paris et départements, du 1ᵉʳ janvier 1913 (décret du 5 décembre 1912) au 1ᵉʳ août 2000, selon le décret nᵒ 2000-745, mais il ne semble pas avoir été inculpé depuis 1990.

Anecdote

Le poinçon tête de chien découpé n° 233 était utilisé de 1913 à 1994 pour les ouvrages de titre 950/000, et depuis 1994 pour le titre 850/000 ! De ce fait, on ne peut pas être certain du titre d’un ouvrage d’occasion retrouvé inculpé de ce poinçon.
Et aujourd’hui, de nombreux ouvrages en platine de titre 950 ou 900/000 sont quand même marqués par les bureaux de garantie avec le poinçon tête de chien 850/000, faute d’un test au touchau pour distinguer le titre exact.

1924 : le plus grand gisement de platine au monde est découvert en Afrique du Sud, près de Johannesbourg par le géologue allemand Hans Merensky.


Magnifique diadème en platine de Cartier

Plus techniquement, le platine, c'est ?

Le platine est l'un des constituants principaux de la mine du platine. Celle-ci présente, en effet, la particularité de renfermer six métaux à l'état natif : platine, ruthénium, rhodium, palladium, osmium et iridium.
Lorsqu'il fut découvert dans les sables aurifères de Colombie, en 1735, on ne lui accorda pas aussitôt l'attention qu'il méritait. Au XIXᵉ siècle, ses qualités multiples l'ont fait rechercher pour l'industrie chimique et la fabrication d'instruments de physique, et il fut introduit en bijouterie-joaillerie à la fin du siècle.

Gisements

Entre 1825 et 1930, le platine provenait essentiellement de mines exploitées dans l'Oural : la Russie couvrait alors près de 90 % de la production mondiale, les 10 % restants étant assurés par la Colombie et l'Afrique du Sud.

Aujourd'hui, les plus gros producteurs sont l'Afrique du Sud, le Canada et l'Union soviétique, dont on évalue difficilement la production. La Colombie, l'Australie, la Birmanie et Bornéo en produisent en moindre quantité.

On trouve le minerai dans les roches ignées et dans les dépôts alluvionnaires ou placers. On exploite surtout ces derniers qui constituent le fond de vallées : en lavant les sables, on recueille de 2 à 4 g de platine par tonne de sable.

On en trouve également dans les sables aurifères, les veines de quartz, les roches de dunite, la pyrargyrite, pour ne citer que les sources les plus connues. Le fer est sa principale impureté.


                                                Collier Cartier d'Elisabeth Taylor, Paris, 1951, transformé en 1953 

On peut trouver aussi du platine en France, non en grande quantité, mais dans:
Alluvions marines du Pénestin, Morbihan.
Anciennes mines d'argent, par exemple celle des Chalanches, Allemont, Isère, région Rhône-Alpes, France
Placers de la Durance, Basses-Alpes (microparticules de Pt)
Alluvions noirs marins de Saintes-Maries-de-la-Mer ou à l'est de l'Espiguette, Camargue (microparticules de Pt)

Exploitation

La métallurgie du platine est relativement simple. Les différents métaux sont séparés par lavages successifs des sables qui les contiennent. L'or est extrait par amalgamation au mercure. Puis, on isole la mine du platine dont on retire encore le fer et le cuivre, par un traitement à l'acide nitrique. Sur ce résidu, on fait agir de l'eau régale. Par chloruration et calcination, on obtient la « mousse de platine ». Celle-ci, traitée chimiquement, donne le platine pur.

Propriétés chimiques

Le platine fin est pratiquement inoxydable : lorsqu'on le chauffe à l'air, l'oxyde de platine qui se forme le recouvre d'une belle couleur noir de velours. Il ne s'oxyde cependant ni en lingots, ni en fils.
Il est attaqué à chaud par l'eau régale, le soufre, l'étain, le zinc, le plomb, le cyanure de potassium, le phosphore, l'arsenic et, même à basse température, par la silice.


Le texte en italique qui précède est tiré de ce livre en vente chez Amazon dont je fus le conseiller technique pour la traduction.

Cette rigueur de la matière, je l'ai découverte au début des années 1960. À ma sortie de l’école BJO de la rue du Louvre, mon CAP en poche, mon père rencontre M. Eschwege, diamantaire renommé, pour lui demander s'il connaît un bon patron pour parfaire mon apprentissage. Ce dernier appelle directement Marcel Rubel, qui fait venir son principal façonnier, Jacques Candas, installé au 60-62 rue de Richelieu.
Candas était un colosse d’un mètre quatre-vingt-cinq à la voix éraillée. Quand Rubel lui demande de me prendre, Candas grogne : « Ah non, je ne veux pas m'emmerder avec ça ! » Mais M. Rubel lui dit : « Eh bien Jacques, vous allez prendre ce jeune en apprentissage. » Mon futur patron se tourne vers moi : « Tu viens ? » Il a râlé tout le long du trajet entre la rue Lafayette et la rue de Richelieu, avant de me confier à l’un de ses ouvriers.


Une des cinq pièces de l'atelier Candas

Chez Candas, on ne travaillait que le platine pour les plus grands noms : Van Cleef & Arpels, Mellerio, Rubel, Meister à Zurich ou Gübelin. Sorti pourtant deuxième de mon école, on me donne une pièce à faire en maillechort pour tester mes capacités. Pendant deux jours, les ouvriers défilaient derrière ma cheville avec des sourires narquois. En fin de semaine, le verdict tombe, paternel mais inflexible : « Bon, on recommence tout. » 


J'ai dû réapprendre chaque geste appris à l'école, mais avec plus de précision, au dixième de millimètre. Six mois plus tard, je sortais enfin cette pièce en maillechort , que je conserve encore aujourd'hui.
À cette époque, l'enseignement ne s'encombrait pas de la profusion de polycopiés ou de parchemins grand format que les élèves affichent aujourd'hui fièrement. Mon CAP de bijoutier et mon Brevet d'État de gemmologie de décembre 1960 tenaient sur de modestes carrés de papier de 10 cm sur 10 cm. Nous n'avions pas de grands livres d'art pour nous guider, si ce n'est de rares ouvrages comme "Les Bijoux Antiques", déjà dépassés par la technicité moderne de la rue de Richelieu. Notre seul véritable manuel, c'était l'œil de l'ouvrier d'à côté et la rigueur du pied a coulisse et du Palmer.


Livre que j'ai reçu pour mon deuxième prix à l'école de bijouterie-joaillerie de la rue du Louvre.

Après mes 18 mois de service militaire, je suis revenu rue de Richelieu chez Candas fin 1963. Cette fois-ci directement sur le platine. Nous fabriquions tout à la main, notamment les chatons, même les petits. C'est de cette époque que je garde mon plus beau souvenir de transmission. Un après-midi, Candas m'appelle de son bureau de sa voix puissante : « Tout p'tit ! » C'était mon surnom à l'atelier, du haut de mes 1 m 63.


Nous voilà partis en métro vers le Faubourg Saint-Honoré, chez le célèbre fleuriste Lachaume. Pour une fois Candas avait reçu la commande d’une grande broche "Oiseau de Paradis" en or jaune, (je ne me souviens pas d'une autre pièce en or jaune) À l'époque, ces fleurs exotiques n'étaient pas courantes à Paris. Vers 18 heures, nous reprenons le métro pour le retour, chacun avec deux fleurs sur de grandes tiges, maintenues bien haut à bout de bras au-dessus de la foule des voyageurs pour ne pas en esquinter les précieux pétales.
Dès l'arrivée à l'atelier, Candas s'est mis au travail. Il est resté jusqu'à 21 heures à son bureau , me forçant à rester à ses côtés pour observer ses dessins, et me demander mon avis dont il ne tenait absolument pas compte ! Mais quel talent incroyable il avait pour interpréter la nature, marier les couleurs de l'or, et la délicatesse de l'émail futur. 


Diadème Halo Cartier Londres, 1936

Le paradoxe économique du marché moderne
Pour l'expert judiciaire, le marché actuel présente une véritable anomalie. Historiquement, le platine a toujours été le métal le plus cher, culminant bien au-dessus de l'or en raison de sa rareté et de la complexité de son affinage. En août 2021 encore, alors que le palladium s'envolait à 70 000 € le kilo, le platine se maintenait à 29 000 €/kg.
Aujourd'hui, le cours du platine s'est effondré en dessous de celui de l'or jaune, bousculé par le désamour industriel (notamment dans les pots catalytiques) et la ruée spéculative vers l'or comme valeur refuge. Quelle ironie pour l'artisan ! Le métal le plus noble à travailler, le plus lourd au porté et le plus sûr pour maintenir les diamants est devenu financièrement plus abordable que l'or. Mais à l'établi, la hiérarchie ne change pas : le prix passe, le geste reste, et le platine conserve sa couronne éternelle.


mardi 22 septembre 2026

Louis Rigollet (1884-1957) : Le génie mécanique de l'ombre derrière les chefs-d'œuvre de la place Vendôme

L’histoire de la haute joaillerie française souffre trop souvent d’une amnésie sélective, savamment entretenue par le marketing contemporain des grandes maisons. Le récit officiel préfère prôner le génie exclusif des directeurs artistiques et des vitrines de la place Vendôme, oubliant que sans le génie mécanique des fabricants, aucun dessin, aucune innovation n'aurait pu voir le jour.
À ce titre, je regrette de ne pouvoir trouver les modèles fabriqués par Rigollet pour les grandes maisons.

 


Louis Rigollet est l'exemple le plus emblématique de ces "mains"  restées dans l'ombre. Longtemps confondu dans les catalogues de ventes avec un simple acronyme ou un jargon technique d'animation en raison du mystérieux système d'articulation « RIG » qui lui était attribué, cet homme était en réalité un ingénieur du bijou hors norme. Le dépouillement minutieux de la collection des annuaires professionnels L'Azur, des registres de la Garantie, des documents généalogiques et des bases de données internationales des brevets d'invention tel espace.net permet enfin de reconstituer la trajectoire de son atelier de la rue Saint-Sauveur.

Les origines, l'atavisme familial et l'indépendance (1884-1927)

Pour comprendre le génie de Louis Rigollet, il faut s'éloigner des salons feutrés et du marbre de la place Vendôme, et plonger dans la réalité laborieuse des ateliers. Louis Rigollet n'est pas devenu joaillier par hasard ; il est l'héritier direct d'une véritable dynastie vouée au façonnage de la matière et des structures.

 

Les racines de la famille plongent dans le sol de la Touraine. Son grand-père, Louis Rigollet, marié à Eugénie Cormier, y exerce le rude métier de tailleur de pierres. Dans la région de Tours, cette profession s'articule traditionnellement autour du tuffeau et de la pierre monumentale, (carriere de Veretz par ex) exigeant un sens aigu des volumes, de la géométrie et de l'assemblage architectural. Cet esprit de construction glisse naturellement vers la finesse des métaux précieux à la génération suivante : son père, Louis Martin Rigollet (né en 1860) et marié à Laure Eugénie Chinon, fait évoluer le savoir-faire familial en s'établissant comme bijoutier à Tours. 


C’est devant cette échoppe provinciale, au milieu des marteaux, creusets et des chalumeaux, que le jeune Louis Camille Georges Rigollet naît le 11 août 1884.


Pour être honnête, c'est cette photographie ancienne qui m'a été confiée, et je lui ai mis un coup de jeune.


D'après son dossier militaire, il mesurait 1 mètre 66, il avait les cheveux noirs, les yeux bruns, le visage ovale.
Il s'était engagé "volontaire" pour 3 ans le 28/10/1903, il était soldat de 2ᵉ classe et eut son certificat de bonne conduite.
Le 27/02/1905, il est à Londres, Eastbourne, pour un an.
En 1906, j'habite à Tours, 17 rue du Change, en 1907/02/17, 9 rue Saint-Romain à Paris. 
En 1909/08/14, il habite 7 rue Rousselet, Paris . 
1919, il loge route de Carrières à Versailles et ce n'est que le 2 mars 1927 qu'il est enfin rue Saint-Sauveur à Paris.

Bercé par cet atavisme, le jeune homme parfait son apprentissage et s'ancre très tôt dans sa vie d'adulte en épousant, en 1906, "il a 22 ans", Cécile Couturier (1883-1942). C’est fort de ce bagage familial et de cette stabilité personnelle qu'il monte à Paris. En 1915, au plus fort de la Première Guerre mondiale, la vie du couple s'ancre définitivement dans le 2ᵉ arrondissement de la capitale avec la naissance de leur fille unique, Hilda Cécile Rigollet (1915-1996).

Il devint ouvrier, puis chef d'atelier, puis Louis Rigollet décida de voler de ses propres ailes. Le 23 mai 1924, il franchit l'étape la plus symbolique pour un bon artisan : l'insculpation de son poinçon de maître personnel (numéro de garantie 4127). 


Nom
Rigollet
Prénom : Louis. Initiales . Localisation : 4 bis rue Saint-Sauveur.
Profession : Fabricant bijoutier joailler
Lieu d'activités 4bis rue Saint-Sauveur, Paris (75)
Symbole (pour les orfèvres) une flèche.
Date d'insculpation (pour les orfèvres) : 23/05/1924.
Numéro du registre de la garantie (pour les orfèvres) : 4127.
Numéro du registre de la préfecture (pour les orfèvres) : 17373


Son poinçon, porte ses initiales « L » et « R » séparées par une flèche verticale. Le succès technique et commercial l'amène, le 21 septembre 1927, à fonder la S.A.R.L. « Établissements Louis RIGOLLET » au capital de 350 000 francs, installant son atelier au 4 bis, rue Saint-Sauveur, dans le quartier de Bonne Nouvelle (Paris 2ᵉ).


Dès 1924, Louis dépose un brevet pour un dispositif protecteur de la pointe des broches utilisées dans les articles de joaillerie et de bijouterie.



1927 les établissements Rigollet




BOUCHERON Paris: Face à main en platine (950 ‰), les lorgnons de forme carrée à pans coupés, le manche ciselé serti de diamants taillés en rose. Signé et numéroté. Poinçon d’orfèvre Louis Rigollet. Vers 1925. Poids brut : 24,1 g… Revendu par la maison Pestel de Bord, une loupe platine et diamants était jointe. 


Modèle de face à main revendu par la maison Aguttes. Il était pliable, verre dépoli, émeraude, diamants, platine, or gris signé Lacloche, mais fabrication Rigollet. Il s'en fit tout en diamants.

Louis Rigollet semble raffoler des faces-à-main. Un précieux modèle pavé de diamants exécuté pour Lacloche Frères s’en fait le témoin. Un chroniqueur du Grand Négoce confirme : « M. Rigollet a raison de croire aux gestes effrontés du face-à-main : il est très féminin. » L’année suivante, en 1928, le même rédacteur remarque chez Louis Rigollet une parure en brillants et platine poli aux arêtes vives pour laquelle l’artisan joaillier a inventé un système d’articulation qu’il a baptisé « RIG». Le poinçon qui se lit sur le spectaculaire bracelet manchette dans l'introduction semble être  le sien. Tiré du livre de Laurence Mouillefarine sur Lacloche





Lunettes d’approche ou de théâtre réalisées pour BOUCHERON en 1925 par Rigollet. Calibrés rubis, émeraudes, deux rangées de diamants taille rose, 1 ct 80 de diamants montés sur platine, signée Boucheron. La lunette se replie en deux pour se ranger dans la partie fourreau en onyx.


Le véritable système d’articulation « RIG » (1924-1928)

L'année 1925 voit la consécration internationale de son premier coup de génie mécanique, déposé en France le 8 mai 1924 (puis décliné sous les brevets GB233717A et US1777679A) en collaboration avec S. Zoppini. Mais c'est en 1928 que le nom de cette invention entre officiellement dans l'histoire de la joaillerie, au croisement de nos propres travaux de recherche indépendants.


Dépôt de son brevet en Allemagne en 1925 mais reconnu en 1928

Dès début 2016, j'avais sur ce blog réalisé le tout premier travail d'archive déconstruisant le storytelling de la maison Lacloche Frères. Francis Lacloche, alors au ministère de la Culture, me confirma certains faits de la vie de son père. Ces recherches pionnières, qui ont inspiré et nourri les publications ultérieures (notamment l'ouvrage de Laurence Mouillefarine sorti en 2019 chez un grand éditeur), trouvent aujourd'hui leur prolongement technique. Interrogé par mes soins, Francis Lacloche m'a transmis une chronique d'époque exhumée dans ledit ouvrage, où un rédacteur de 1928 remarque chez Louis Rigollet une parure révolutionnaire en brillants et platine poli aux arêtes vives. Le journaliste note alors avec admiration que pour cette création, « l’artisan joaillier a inventé un système d’articulation, qu’il a baptisé RIG ».
 


Cette mention historique concorde de manière spectaculaire avec mes propres découvertes: c’est précisément en septembre 1928 (dans le numéro 31 de la revue allemande Deutsche Goldschmiede-Zeitung, issue de la collection de la bibliothèque Johann Hasse) que l'Office allemand des brevets publie l'extension internationale de son invention (DE465150C) sous la désignation de Gelenkverbindung (connexion articulée).

 

Le problème technique résolu par Rigollet était majeur : lorsque les bracelets en platine de l'Art Déco s'enroulaient autour du poignet, les maillons rigides s'écartaient, laissant apparaître des espaces vides inesthétiques qui rompaient le pavage de pierres. L'invention de Rigollet déplace l'axe de rotation au ras de la face supérieure décorative du bijou. Le résultat est une articulation invisible où les maillons coulissent les uns sous les autres sans jamais laisser voir le moindre espace vide. 
Adopté immédiatement par les grands donneurs d'ordres comme Lacloche Frères, pour qui Rigollet façonne également de somptueux faces-à-main pavés de diamants, ce mécanisme d'une souplesse de tissu prend ainsi officiellement le nom de sa griffe commerciale : le système d'articulation RIG. Il l'a déposé plus tôt en France mais n'a été admis qu'en 1930 aux USA

1927: Louis Rigollet est membre actif de la Chambre syndicale de la bijouterie, de la joaillerie et des industries qui s'y rattachent, qui s'inquiète de l importation des perles de culture japonaises.

En sa séance du 20 mars dernier, à laquelle assistaient: MM. Fouquet-Lapar, Saglier, Hardellet, Giard (au Bureau) et MM. Arvisenet.
Hagneaux, Mellerio, Aucoc, Auricoste, Blanchet, Brézina, Carette, Chapus, Coussin, Delâtre, Delettrez, Desmarès,Duval, Garnier, Landier, Lenfant, Loiseau, Maes, Marnotte, Nicolle, Rigollet, Thibouville,Verger, Weissmann, et après avoir adopté le procès-verbal de la précédente séance, lecture fut faite d'une lettre adressée par M. Fouquet-Lapar à M. le directeur général des Douanes, faisant suite aux différentes décisions concernant les régimes de la soumission cautionnée et de la consignation pour l'importation temporaire des pierres gemmes taillées et des perles fines. 
Il fut donné connaissance ensuite de la lettre adressée au président de la Chambre syndicale par M. le ministre du Commerce et que nous publions ci-dessous dans son intégralité :
Monsieur le Président,
Dans les importants arrêts qu'elle a rendus le 28 juillet 1927, la Cour d'appel de Paris, se prononçant sur les procès qui lui étaient soumis à l'occasion de l'importation et de la vente en France de perles de culture, a décidé que ces perles ne sauraient être vendues pour des perles naturelles.  




 Ce superbe clip a été revendu par la maison Aguttes. Paris.
Onyx et pavage de diamants ronds taille ancienne Or 18 k (750) Poinçon de maître Louis Rigollet, 
Écrin en forme Dim. : 4 x 3 cm env. – Pb. : 15.1 g


Pour une fois l'écrin est important, la maison Aguttes avait noté sur son catalogue "Poinçon de maître Louis Rigollet années 1920", C'est bon!  Mais il y a, en lettres d'or sur l'écrin, "Ets" pour "Établissements", donc nous pouvons préciser que c'est à partir de 1927.

Dans les années 1930, les Établissements Louis Rigollet s'affirment comme « Fabricant Joaillier Décorateur » dans l'annuaire L'Azur. L'atelier ne se contente plus d'exécuter, il conçoit la nouveauté en Belle Joaillerie. C'est cette réputation de prototypiste de génie qui pousse la maison Van Cleef & Arpels à lui confier la réalisation de ses projets les plus complexes.

Brevet pour une : agrafe à élément digitiforme servant à retenir sur un vêtement, une coiffure ou autre, un insigne, une montre ou tous les motifs décoratifs.


Bracelet rubis et diamants 
Composé d'une série de motifs géométriques, orné de rubis taille carrée, sertis de diamants taille ancienne, 8/8 et carrée, longueur 170 mm, poinçons français pour le platine (850°/00), poinçon de maître, poids brut 73,24 g, vers 1930. 




Diamants ronds, anciens, taille simple et baguette, platine (marks français), années 1930, pendentif amovible, marque de fabricant (Louis Rigollet)
Diamants : pour un poids total approximatif de 30,00 à 33,00 carats.
Taille/Dimensions : pendentif de 9,7 cm de haut ; chaîne de cou d’une longueur réglable d’environ 60,0 cm. Poids brut : 81,0 grammes (lot Art)



Bague marguerite en platine 850 millièmes présentant un diamant taille brillant moderne d'environ 1 ct dans un entourage de dix diamants taille carré. Numérotée 553. M. O. : Louis RIGOLLET. Dim. du diamant principal : 6,5 - 6,6 x 3,8 mm Poids total estimé des diamants : 1,80 ct Doigt : 54,5 - Poids brut : 6,3 g... revendu par la maison Le Floch



Ce bracelet de perles de rocaille et de corail à dix rangs signé Louis Rigollet est doté d'un fermoir tube de style plongeur 18 carats rarement vu, avec la marque de Louis Rigollet, 
Ce bracelet mesure 6,5 cm de long et comprend dix (10) rangs de rocailles et de coraux, un classique des bijoux de cette époque. Les perles ont un bel éclat, bien assorties et de forme baroque, présentées dans un ensemble unifié et uniforme. Lorsque le bracelet est porté avec une légère torsion, l'effet est comme une corde, une sensation agréable contre le poignet.
Le fermoir très intelligent est facile à mettre et à enlever tout en étant très sûr sur le poignet. Sur le côté du fermoir se trouve un petit bouton qui permet de fixer et de libérer le fermoir.
Le fermoir porte un poinçon de l'aigle français et la marque de la flèche LR (déposée au nom de Louis Rigollet) et est en très bon état général. Parfait pour ajouter une touche de raffinement à la française à votre look, ce bracelet est un incontournable pour celles qui apprécient les bijoux intemporels et exquis.
 


Le 22 février 1937, Louis Rigollet dépose un brevet capital (GB491074A) intitulé « Une méthode améliorée pour sertir les pierres précieuses ». Si Van Cleef & Arpels a breveté le principe général du Serti Mystérieux en 1933, la technique originale consistant à glisser des pierres rainurées sur des rails métalliques en T, reste artisanale, fragile et complexe à ajuster.

 91 074. Bijouterie. RIGOLLET , L. 22 févr. 1937, n° 5273. [Classe 43] Un dispositif de sertissage de pierres précieuses ou de bijoux comprend une coupelle munie d’une languette rigide sur une face et d’une languette souple sur l’autre. La languette rigide s’engage dans un logement de la pierre, tandis que la languette souple s’insère dans un autre logement de la pierre. Comme illustré, le dispositif comprend une coupelle métallique 2 munie, sur l’un de ses bords supérieurs, d’une languette ou saillie 3 destinée à s’engager dans un logement ou une encoche 4 de la pierre 1. À la périphérie opposée à la languette 3, un interstice est ménagé dans la coupelle. Cet interstice est comblé par une fine bande métallique 51 dont la partie inférieure 5, jusqu’aux trous 7, est soudée aux bords de l’interstice. La partie supérieure de la bande, formant une languette souple 6, est munie d’un ergot 8 destiné à s’insérer dans un logement ou une encoche 9 de la pierre. La coupelle peut être brasée ou soudée au support de la pierre, ou bien être munie à sa base d'un col, d'une bride, d'un collier ou de griffes conçus pour passer dans un trou du support et être fixés par rivetage ou brasage. Voir le brevet n° 454 821.

Rigollet apporte une réponse mécanique révolutionnaire : le sertissage individuel à encliquetage (dit snap-fit). Il conçoit une petite coupelle métallique invisible dotée d'un côté d'une languette rigide fixe, et de l'autre d'une fine bande de métal flexible munie d'un ergot. Lors de l'assemblage, la pierre rainurée vient se clipser instantanément et définitivement dans la coupelle souple. Ce système élimine le risque de casse des gemmes, assure un maintien parfait et supprime toute griffe visible sur le dessus du bijou. Cette innovation est le chaînon manquant qui a fiabilisé et pérennisé les plus grandes pièces de collection en serti invisible de la place Vendôme, à commencer par ses fameux clips de corsage.

 

 Photo du clip Ballerine de Van Cleef & Arpels en or et rubis et diamants fabriquée par Rigollet

L’alliance de guerre, la puissance financière et la retraite (1941-1957)


L'histoire officielle a longtemps situé l'évolution d'après-guerre de l'atelier aux alentours de 1950. Les registres officiels de la Garantie rectifient cette chronologie. C'est en pleine période d'Occupation, le vendredi 2 mai 1941 (registre 1505/préfecture 21110), que naît la raison sociale « Rigollet et Ulmer » et son poinçon de maître associé, le trigramme « LRU ».


L'ancien et le nouveau poinçon 

L'associé n'est autre que la maison « ULMER & C¹ᵉ », installée au 10, rue Vivienne, grand spécialiste de la bijouterie mécanique pour hommes (boutons de manchettes et chaînes d'or). Cette fusion entre le joaillier d'élite (Rigollet) et le chaîniste de précision (Ulmer) permet à l'atelier du 4 bis, rue Saint-Sauveur de devenir une puissance industrielle majeure après la Libération.

 
                                           

Le bracelet "BRAID" avait été créé en 1947, et en 1954 est sortie cette montre-bracelet  pour Van Cleef et Arpels.
L'étude Rossini a revendu cette montre accompagnée d'une bague.

VAN CLEEF & ARPELS (Commande spéciale) Ensemble comprenant une montre-bracelet de dame en or jaune 18K (750) articulée et un anneau tressé en or jaune 18K (750) assorti. - la bague : signée Van Cleef & Arpels et numérotée. Poinçon tête d'aigle. Tour de doigt : 50 - Poids brut : 9 g. - la montre : poinçon de maître de Louis Rigollet. Poinçons tête d'aigle et tête de rhinocéros. Cadran doré signé Van Cleef & Arpels  Mouvement mécanique. Le fond du boîtier signé Van Cleef & Arpels et numéroté. Longueur : 18,2 cm. - Diamètre : 1,1 cm. - Poids brut : 48,52 g.

Dans les années 1940 et 1950, l'atelier donne vie aux bijoux transformables en or jaune torsadé, aux bracelets mailles d'une souplesse textile (développés d'après son brevet de cordon métallique souple à ressorts du 25 juin 1931, FR706560A) et aux fameuses montres-bracelets en tresses d'or. La réussite est totale : l'édition de 1950 de l'annuaire L'Azur indique que le capital de la société LOUIS RIGOLLET ET ULMER a explosé pour atteindre le montant spectaculaire de 1 287 000 francs.

 

LOUIS RIGOLLET Broche-clip en platine et en or gris 18 K (750) dessinant une gerbe sertie de diamants ronds de taille brillant et de diamants calibrés, ornée de deux pâtes de verre incolores plus importantes, l'une ronde, l'autre taillée en goutte. Non signé, poinçon de maître. Travail français des années 1940. Hauteur : 4,5 cm environ. Poids brut : 19 g Une pince à diamant française de 1940  revendue par maître Ader.


Une broche en or français de dix-huit carats, Louis Rigollet avec rubis, diamants et émail.








Toutes les grandes épopées artisanales ont un dénouement. Le 9 décembre 1955, alors qu'il prépare sa retraite à l'âge de 71 ans, Louis Rigollet cède son droit au bail concernant la porte-cochère historique et le sous-sol de fabrication du 4 bis, rue Saint-Sauveur à la société Presse et Propagande pour la somme de 900 000 francs. Cet acte juridique marque la fermeture définitive de ce haut lieu de la création parisienne. Le poinçon LRU est biffé des registres, les outillages sont dispersés. Louis Rigollet s'éteint deux ans plus tard, en 1957, laissant un patrimoine matériel immense mais anonyme.



travaillé sous la direction du célèbre Jacques Lacloche, et porte sa marque. Lacloche a réalisé de nombreuses œuvres de la série « Portrait de femme ». Curieusement, cette pièce ne figure pas au catalogue de Lacloche. Il est probable qu'il s'agisse d'une idée originale de Rigollet, mais que Lacloche ne l'ait pas adoptée et n'y ait pas apposé sa marque (signature). On suppose donc que Rigollet l'a vendue sous son propre nom (ou sans signature). Par conséquent, cette pièce n'est pas une œuvre de Lacloche produite en série, mais bien une pièce rare et unique. Son charmant décor, représentant une promenade par temps de pluie, possède une dimension narrative qui ne manquera pas de séduire les collectionneurs.
Revendue par "AntiqueGallery Soleil"


Quelques mots sur la maison René ULMER, après le décès de Rigollet, mes parents travaillaient avec cette maison et à mes débuts, vers 1974, j'ai travaillé aussi avec eux, un grand technicien dans ses chaînes, bracelets et colliers. Il était né en 1896 à Mulhouse, il s'était inscrit au registre des métiers en 1936, il fut radié en 1941, parce qu'il s'associa à Louis Rigollet. 


Il reprit un poinçon dont le symbole était une hélice d'avion et les lettres R.U. Ce poinçon fut biffé le 24 mars 1964 ayant créé une société Ulmer et Cie, et le même symbole mais les lettres U. Cie ;


 Je n'ai pu trouver de pièces représentatives sur le net,  de cette "maille Ulmer" qui se faisait dans toutes les couleurs, très belle, très souple. C'était léger et un certain volume avec les côtés du bracelet qui avaient un peu de hauteur.


Pourtant, pour l’historien du bijou, le collectionneur averti ou le confrère joaillier, la vérité historique ne se lit pas sur l'or imprimé des écrins de la place Vendôme. Elle se traque patiemment au revers des pièces, dans le secret du platine et de l'or, là où le petit losange gravé d'une flèche atteste, pour l'éternité, de la signature du véritable créateur.


La Bijouterie Joaillerie de 1930 à l'an 2000

 Cela fait plusieurs années qu'une idée me trotte dans la tête ! Écrire un "essai" sur nos métiers au travers des poinçons de ...