mardi 27 octobre 2026

La Bijouterie Joaillerie de 1930 à l'an 2000



 Cela fait plusieurs années qu'une idée me trotte dans la tête!

Écrire un "essai" sur nos métiers au travers des poinçons de maîtres de 1930 à 2000, avec une étude sur les fabricants avant et après la guerre 1939-1945. Pour ce, je me suis servi de ma collection d'annuaires azur dont certains sont présents sur cette photo. 

En annexe à la fin de l'article, la liste des joailliers juifs en 1930.

J'ai mis les nᵒˢ de pages de l'AZUR par année, je peux communiquer à ceux que cela intéresserait les listes complètes (avec les poinçons) par années. 

L'âge d'or (1931-1936). Un tissu de joailliers parisiens et de sous-traitants d'une immense richesse, stable face aux crises économiques, où la communauté juive joue un rôle créatif de premier plan.

La rupture de la guerre (1936-1948) : L'effacement brutal de plus de 60 % de ces artisans par les lois de spoliation économique (aryanisation) de l'Occupation et les déportations. Les répertoires de l'an 2000 prouvent qu'aucun de ces poinçons n'a jamais été réinsculpé par des descendants à Paris, rendant la spoliation irréversible.

La mutation industrielle (1948-2000) : L'émergence des pôles régionaux de Province (Augis, Bellon, Legros), la concentration du luxe Place Vendôme,

En comparant le registre de 1931 avec mes listes de 1936, on s'aperçoit que la quasi-totalité des grands ateliers identifiés comme sensibles sont parfaitement actifs et pérennes. Ils n'ont pas fermé à cause de la crise économique de 1929, ce qui prouve bien que leur disparition brutale en 1948 n'est pas le fruit d'une faillite commerciale classique, mais bien de l'« aryanisation » .

Adelson (Vve), Joaill. fab., un marteau Déjà active en 1931 (p. 1754), elle se maintient sans interruption jusqu'en 1936.
Alkovitsky (Léon), bij. fab., une couronne de montre  Actif en 1931 (p. 1754), se maintient en 1936.
Appelbaum (G.), bij. fab., une grappe de raisin \Actif en 1931 (p. 1754), se maintient en 1936.
Baehr, bij. à façon, un gland de chêne Actif en 1931 (p. 1756), se maintient en 1936.
Blumstein, bij. fab., une fleur et un brillant Actif en 1931 (p. 1756), se maintient en 1936.
Boutelkoff (Meyer), bij. fab., une bouteille Actif en 1931 (p. 1757), se maintient en 1936.
Halpern (M.), Joaill. fab., une étoile à 6 branches Actif en 1931 (p. 1768), se maintient en 1936.
Jacknovitch (Simon), joaill., une couronne Actif en 1931 (p. 1769), se maintient en 1936.

Les évolutions (1931 / 1936)

L'étude de la p. 1768 apporte un éclairage très intéressant sur la structure fine des symboles des fabricants :
Halpern (M.) : Son poinçon officiel comporte explicitement « une étoile à 6 branches, AC au milieu, M au milieu… ». Ce symbole de l'étoile à 6 branches (parfois purement géométrique ou corporatif à l'origine dans la bijouterie) est partagé par plusieurs joailliers de la communauté (comme Miodovski ou Katz). Sous l'Occupation, la présence de ce type de symbole ou de noms à consonance ashkénaze dans cet annuaire dont les sources proviennent de la Garantie a servi d'outil direct de ciblage pour les inspecteurs du CGQJ (Commissariat général aux questions juives).

D'abord, la période sombre, difficile à analyser, ma façon de procéder.
Les disparitions pures : des ateliers actifs en 1936 qui n'apparaissent plus du tout en 1948 (biffages d'office durant la guerre suite aux décrets d'exclusion et spoliations, ou non-réouverture après la déportation du maître-artisan). 
Les changements de noms cachés ("Aryanisation") : Un poinçon qui conserve le même symbole ou des initiales proches, mais dont le nom change en 1948, signe fréquent de la mise sous "administrateur provisoire" de l'atelier, vendu à un tiers non juif et jamais restitué.
Les survivants et successeurs : les maisons qui réapparaissent en 1948, parfois gérées par la veuve (mention Vve) ou les enfants, indiquant une survie ou une réquisition temporaire suivie d'une restitution à la Libération.

                                                                                       


Exemple de pages de l'AZUR, collection personnelle ayant servi pour cette étude.

La liste est longue, mais  je ne puis occulter les noms. Les disparitions massives (présentes en 1936, totalement absentes en 1948).
Ces joailliers et fabricants parisiens étaient actifs en 1936. Ils n'apparaissent plus du tout sur mes listes de Paris en 1948. Leurs poinçons ont été biffés pendant l'Occupation et les ateliers n'ont jamais rouvert.

 Adelson (Vve), joaill. fab. (1936, p. 24) Disparue. (On trouve en 1948 un Adelson Samuel, joaillier-fabricant avec un poinçon différent, symbole : un marteau.) Le poinçon d'origine de la veuve a été supprimé.
Alkovitsky (Léon), bij. fab. (1936, p. 24) Disparu.
Appelbaum (G.), bij. fab., une grappe de raisin (1936, p. 24). Disparu.
Aronin (Soc. Sarah), bij. fab., une lyre (1936, p. 24) Disparue.
Baehr, bij. à façon, un gland de chêne (1936, p. 27). Disparu.
Blumstein, bij. fab., une fleur et un brillant (1936, p. 27) Disparu.
Boutelkoff (Meyer), bij. fab., une bouteille (1936, p. 27) Disparu.
Ferdinand-Dreyfus (Jean), briquets, une flamme (1936, p. 35) Disparu.
Halpern (M.), Joaill. fab., une étoile à 6 branches (1936, p. 39) Disparu.
Jacknovitch (Simon), Joaill., une couronne (1936, p. 40). Disparu.
Kalmovitch (M.), bij. fab., un diadème (1936, p. 41). Disparu.
Katz (Émile), insignes, étoile à 6 branches (1936, p. 41). Disparu.
Kopelovitch (K.), Joaill. à façon, croix de St-André (1936, p. 41). Disparu.
Perelman (A.), bij. à façon, un croissant avec 3 rubis égyptiens (1936, p. 50) Disparu.
Poliacoff, bij. fab., un panier (1936, p. 50). Disparu.
Pollak, bij. fab., une ancre de marine (1936, p. 50) Disparu.
Rajchmann, Bij. fab., un lion (1936, p. 51). Disparu.
Rakower (Max), montres, un pigeon (1936, p. 51). Disparu.
Rasumny, chevalières, un casque de poilu surmonté d'une étoile (1936, p. 51). Disparu.
Rosenblum, Joaill. fab., une étoile et un poignard (1936, p. 52). Disparu.
Rosenberg (Israël), bij. à façon, une fleur de millet (1936, p. 52) Disparu.
Rosenfeld (Bernard), bij. à façon, une rose avec 2 feuilles (1936, p. 52) Disparu.
Rosenfeld (Georges), bij. fab., rose avec 2 feuilles (1936, p. 52) Disparu.
Rosenzweig, B. J. fab., une rose (1936, p. 52). Disparu.
Roudman, Joaill., une roue (1936, p. 52)  Disparu (En 1948, on note uniquement la mention Y R & Fils pour un autre atelier, le poinçon d'origine de Roudman est éteint.)
Rubenstein (J.), bij. joaill., une demi-lune (1936, p. 53) Disparu.
Sarfian, Joaill. fab., une fourmi (1936, p. 53). Disparu.
Scherer (Salomon), joaill. fab., une pierre avec un brillant (1936, p. 53). Disparu.
Schneiman, bij. or, un sabre (1936, p. 53)  Disparu.
Schusterman, Joaill. fab., 3 grenades en triangle (1936, p. 53) Disparu.
Silberstein (Guillaume), maroq., un crocodile (1936, p. 53)  Disparu.
Silberstein (Maurice), bij. fab., une tête de chien (1936, p. 53) Disparu.
Slucki, bij. fab., une flèche et une étoile (1936, p. 54) Disparu.
Sternberg, bij. fab., un épi de blé (1936, p. 55)  Disparu.
Stora (Benjamin), orfèvre, une équerre à plomb (1936, p. 55) Disparu.
Szwac, bij. fab., une colonne (1936, p. 55)  Disparu.
Tszvkin, bij. à façon, une tête de perroquet (1936, p. 56) Disparu.
Vainrib, bij. fab., un papillon (1936, p. 56). Disparu.
Vartanian, montres, une bélière de montre (1936, p. 56)  Disparu.
Vassilewsky (S.), bij. or, une pensée (1936, p. 56) Disparu.
Volovitsch, bij. fab., une aile d'avion avec étoile (1936, p. 57). Disparu.
Waxman (Madeleine), joaill. fab., un bilboquet (1936, p. 57) Disparue.
Weill (Maurice), joaill., un phare (1936, p. 57). Disparu.
Weinstein (Josué), joaill. fab., une grappe de raisin (1936, p. 57) Disparu.
Weiss (Geo.), joaill., un sphinx (1936, p. 57) Disparu.
Winerbet (Georges), joaill. fab., un requin (1936, p. 57)  Disparu.
Wisoune (Nochim), bij. fab., une pincette (1936, p. 57)  Disparu.
Wlodow, bij. fab., une clé (1936, p. 57). Disparu.

Plus de 60 % des professionnels identifiés comme juifs
dans mes listes de 1936 ont vu leur poinçon de maître purement et simplement effacé des registres de la Seine en 1948. Vu le retard à l'impression pour l'annuaire, cela correspond à 1946. Cet annuaire des poinçons s'avère être un indicateur implacable de la destruction économique de cette communauté d'artisans d'art.

Le cas des "Aryanisations" de poinçons
Certaines entreprises ou familles ont survécu, mais leur statut a radicalement changé, souvent marqué par la perte du nom d'origine ou l'apparition de mentions de veuves (Vve), séquelles fréquentes des spoliations ou de la perte du chef d'entreprise en déportation :

Blum (Elias) : en 1936 (p. 27), il est enregistré sous son nom propre Blum (Elias), bij. fab., un calice. En 1948 (p. 26), le poinçon a changé de titulaire : il apparaît désormais sous le nom de Blum (Mme Vve G.), avec pour symbole une églantine.
Mendessohn : en 1936 (p. 46), l'atelier est actif sous le nom Mendessohn, bij. à façon, la planète Saturne. En 1948, le nom Mendessohn disparaît purement et simplement. À la place, on trouve des repreneurs ou des associés enregistrés de manière anonyme sous des entités globales.

Les rares continuités (Présents en 1936, toujours là en 1948)

Quelques rares maisons ont réussi à traverser la tempête, à maintenir leur poinçon d'origine ou à le faire restituer à la Libération : Aboukalil (Michel), bij. relig., croix de Jérusalem Toujours présent en 1936 (p. 24) et 1948 (p. 24).
Aboukalil frères, bij. relig., une croix et deux étoiles Toujours présents en 1936 et 1948.
Baehr (André), orfèvre (p. 24), toujours inscrit avec son symbole d'edelweiss.
Baehr (Ateliers Roger), orfèvres (p. 24).
Baghdjian Kevork, bij. fab. (p. 24), avec sa coccinelle.
Boutelkoff (Meyer), bij. fab. (p. 27), sa bouteille le goulot en bas est toujours répertoriée.
Halpern (M.), joaill. fab. (p. 36), son étoile à 6 branches (AC au milieu) est bien présente.
Kalmanovitch (M.), bij. fab. (p. 38), est présent avec son diadème.
Kopelovitch (K.), joaill. à façon (p. 38), a survécu et conserve sa croix de Saint-André.
Minassian (Odette) (p. 42), joaillière, son inscription avec ses trois clous (P Sté M) est maintenue.
Neuman (p. 44), joaillier, répertorié en 1948 avec son symbole de chaise (M N).
Ostertarg (p. 44), joaillier, maintenu avec son symbole de tourelle (J O).
Perelman (Élie) (p. 45), fabricant, présent avec son symbole d'éléphant (E P).
Pessis Frères (p. 45), joailliers, présents avec leurs deux diamants renversés (P Fces).
Stora (Benjamin) (p. 49), orfèvre, maintenu avec son équerre à plomb (B S).
Weinstein (Josué) (p. 52), joaillier, présent avec son symbole de grappe de raisin (J W).Sasportas : présent en 1936 (bij. fab., SAS, p. 53), la maison reste inscrite en 1948 (p. 48) sous l'intitulé simplifié Sasportas, bij. fab., SAS.
Szkolnik (A.) : Actif en 1936 (bij. fab., trèfle à 4 feuilles, p. 55), il est toujours enregistré en 1948. 
Worms (Établissements) : Spécialisés en horlogerie avec le symbole du diabolo, ils maintiennent leur présence entre 1936 (p. 57) et 1948 (p. 52).

La permanence absolue des structures (1931-1936)

Ce pointage méthodique prouve la remarquable stabilité économique de ces joailliers parisiens avant le déclenchement des persécutions de l'Occupation. Leurs affaires sont pérennes et traversent les années 1930 sans interruption :

Mendessohn, bij. à façon (poinçon : la planète Saturne) : inscrit en 1931, présent en 1933 (p. 24) et confirmé en 1936. L'atelier disparaît définitivement en 1948.

Meyrovitch (L.), Joaill. (poinçon : 2 trèfles à 4 feuilles) : Inscrit en 1931, présent en 1933 (p. 24) et  1948.  

Silberstein (Maurice), bij. fab., une tête de chien (1936, p.Disparu 53) https://www.richardjeanjacques.com/2024/09/siberstein-robert-andre-un-parcours-de.html.

Slucki, bij. fab. (poinçon : une flèche et une étoile) : Inscrit en 1931, présent en 1933 (p. 32) et confirmé en 1936. Disparu en 1948.

Volovitsch, bij. fab. (poinçon : une aile d'avion avec étoile) : Inscrit en 1931, présent en 1933 (p. 34) et confirmé en 1936. Disparu en 1948.

Weinstein (Josué), joaill. fab. (poinçon : une grappe de raisin) : Inscrit en 1931, présent en 1933 (p. 36) et confirmé en 1936. Disparu en 1948.


Exemple d'un modèle en tableau pour la période charnière (1936-1948)

Il rassemble 15 cas parmi les plus incontestables et les plus parlants de mes listes de Paris et de la Seine :

Nom du Joaillier / Atelier (1936)

Enseigne / Adresse

Symbole Graphique (Le Différent d'avant-guerre)

Statut & Mutation dans le livret de 1948

Analyse Historique & Mémorielle (Indice de spoliation / Déportation)

ADELSON (Vve)

Joaillier-Fabricant, Paris

Un marteau

Poinçon éteint. Réenregistré après-guerre sous Adelson Samuel.

Dissolution de la structure de la veuve d'avant-guerre ; réorganisation familiale tardive à la Libération.

ALKOVITSKY (Léon)

Bijoutier-Fabricant, Paris

Une couronne de montre

Disparition totale. Absent des listes de 1948.

Radiation d'office sous l'Occupation par le CGQJ ; rupture définitive de l'atelier.

APPELBAUM (G.)

Bijoutier-Fabricant, Paris

Une grappe de raisin

Disparition totale. Absent des listes de 1948.

Atelier liquidé de force ; stock de métaux précieux et de gemmes spolié.

ARONIN (Soc. Sarah)

Bijoutier-Fabricant, Paris

Une lyre

Disparition totale. Absente des listes de 1948.

Liquidation forcée de la structure sociétaire en raison des lois d'exclusion antisémites.

BAEHR

Bijoutier à façon, Paris

Un gland de chêne

Disparition totale. Absent des listes de 1948.

Extinction du poinçon de façonnier ; perte définitive du savoir-faire de l'établi.

BLUM (Elias)

Bijoutier-Fabricant, Paris

Un calice

Mutation de deuil. Devient Blum (Mme Vve G.) avec une églantine.

Trace matérielle des drames humains ; reprise d'activité héroïque par la veuve à la Libération.

BLUMSTEIN

Bijoutier-Fabricant, Paris

Une fleur et un brillant

Disparition totale. Absent des listes de 1948.

Poinçon biffé à la Garantie de la Seine pendant l'Occupation ; non réouvert.

BOUTELKOFF (Meyer)

Bijoutier-Fabricant, Paris

Une bouteille

Disparition totale. Absent des listes de 1948.

Atelier rayé de la carte économique du quartier du Marais.

HALPERN (M.)

Joaillier-Fabricant, Paris

Une étoile à 6 branches (initiales AC/M)

Survivant exceptionnel. Maintenu en 1948 et jusqu'en 1972.

Rare structure de la communauté à faire restituer son poinçon d'origine à la Libération. Éteint en 1981.

JACKNOVITCH (Simon)

Joaillier, Paris

Une couronne

Disparition totale. Absent des listes de 1948.

Chef d'atelier exclu des registres corporatifs dès l'ordonnance d'octobre 1940.

KALMANOVITCH (M.)

Bijoutier-Fabricant, Paris

Un diadème

Disparition totale. Absent des listes de 1948.

Liquidation forcée et extinction définitive de la marque de maître.

KATZ (Émile)

Insignes & Bijoux, Paris

Une étoile à 6 branches

Disparition totale. Absent des listes de 1948.

Ciblage immédiat par les inspecteurs du CGQJ en raison du nom et du symbole héraldique.

KOPELOVITCH (K.)

Joaillier à façon, Paris

Une croix de Saint-André

Disparition totale. Absent des listes de 1948.

Cessation d'activité forcée ; artisan d'Europe centrale biffé des registres de la Seine.

MENDESSOHN

Bijoutier à façon, Paris

La planète Saturne

Disparition du patronyme. Atelier anonymisé ou absorbé.

Aryanisation typique : effacement du nom propre au profit d'entités collectives ou de tiers.

SASPORTAS

Bijoutier-Fabricant, Paris

Lettres SAS

Continuité absolue. Présent en 1948, 1981, et repris par Paul Lévy en 2000.

Cas unique de résilience d'un poinçon historique du Marais traversant tout le siècle.


" Si le storytelling publicitaire de la Place Vendôme occulte souvent les heures sombres de notre profession, les registres officiels de la Garantie des Métaux Précieux sur lesquels s’appuyait la Revue Azur, dépouillés ici année par année, agissent comme un révélateur. En confrontant les diconnaires de poinçons de maîtres de l'avant-guerre (1936) et de l'après-guerre (1948), on mesure l'ampleur du cataclysme de l'Aryanisation économique. Plus de 60% des artisans et joailliers d'origine juive installés au cœur de Paris voient leur griffe définitivement effacée. Ce tableau spécimen isole 15 trajectoires significatives : entre extinctions de drames, mutations de deuil et rares résiliences, c'est l'histoire humaine et technique de nos établis qui se lit à travers lle travail des gemmes et des métaux"
Les disparitions définitives de poinçons (1936, 1948, 1952)

Les artisans juifs parisiens qui s'étaient maintenus avec une stabilité remarquable tout au long des années 1930 (présents en 1931, 1933 et 1936) restent totalement absents en 1952. Leurs entreprises ont été définitivement rayées de la carte économique de la capitale :

Adelson (Vve), joaill. fab. : Absente. L'Annuaire Azur confirme la rupture générationnelle. Seul subsiste à l'après-guerre l'enregistrement d'Adelson Samuel, inscrit avec son propre poinçon distinct (1952, p. 33).
Alkovitsky (Léon), bij. fab. : Absent.
Appelbaum (G.), bij. fab. : Absent.
Aronin (Soc. Sarah), bij. fab. : Absente.
Baehr, bij. à façon : Absent.
Blumstein, bij. fab. : Absent.
Boutelkoff (Meyer), bij. fab. : Absent.
Halpern (M.), joaill. fab. : Absent. L'atelier central au poinçon marqué de l'étoile à 6 branches a définitivement disparu des répertoires (1952, p. 47).
Jacknovitch (Simon), joaill. : Absent (1952, p. 47).
Kalmanovitch (M.), bij. fab. : Absent (1952, p. 47).
Katz (Émile), insignes : Absent (1952, p. 47).
Kopelovitch (K.), joaill. à façon : Absent (1952, p. 47).
Perelman (A.), bij. à façon (poinçon : un croissant avec 3 rubis égyptiens) : Absent (1952, p. 55).
Rajchmann, bij. fab. (poinçon : un lion) : Absent (1952, p. 57).
Rosenblum, joaill. fab. (poinçon : une étoile et un poignard) : Absent (1952, p. 58).
Rosenberg (Israël), bij. à façon (poinçon : une fleur de millet) : Absent (1952, p. 58).
Rosenfeld (Bernard et Georges), bijoutiers (poinçon : une rose avec 2 feuilles) : Absents (1952, p. 58).
Scherer (Salomon), joaill. fab. (poinçon : un brillant entre deux extrémités) : Absent (1952, p. 59).
Silberstein (Maurice), bij. fab. (poinçon : une tête de chien) : Absent (1952, p. 59).
Slucki, bij. fab. (poinçon : une flèche et une étoile) : Absent (1952, p. 59).
Volovitsch, bij. fab. (poinçon : une aile d'avion avec étoile) : Absent (1952, p. 61).
Weinstein (Josué), joaill. fab. (poinçon : une grappe de raisin) : Absent (1952, p. 62).

Les rares continuités validées sur 20 ans (1931 → 1952)

L'annuaire de 1952 permet d'identifier les très rares maisons d'avant-guerre qui ont traversé la tourmente, maintenant leur enregistrement ou obtenant une restitution pérenne à la Libération

Aboukalil (Michel), bij. relig. (poinçon : croix de Jérusalem) : Toujours inscrit (1952, p. 33). Il affiche une continuité parfaite depuis 1931.
Aboukalil frères, bij. relig. (poinçon : une croix et 2 étoiles) : Toujours inscrits (1952, p. 33).
Baghdjian Kevork, bij. fab. (poinçon : une coccinelle) : Toujours inscrit (1952, p. 34). Ayant traversé la période de l'Occupation, il maintient son atelier actif au cours des années 1950.
Sasportas, bij. fab. (poinçon : initiales SAS) : Toujours présent en 1952 (p. 58). voir mon article
 
Les mutations familiales de l'après-guerre

On relève en 1952 la confirmation de structures réorganisées suite aux pertes de la guerre, notamment l'apparition de successions directes :
Amiel (Les successeurs de), bij. de fantaisie, une tête de chat (p. 33) → L'atelier d'avant-guerre est désormais géré collectivement par les héritiers, signe fréquent d'une réouverture post-Libération suite au décès ou à la disparition du fondateur.
Pendant l'Occupation, de nombreux artisans parisiens s'étaient enregistrés en zone non occupée (notamment au Bureau de Lyon ou de Nice) pour tenter de maintenir une activité. En 1952, plusieurs de ces structures d'urgence se sont définitivement ancrées en Province: Bouvier (R.) (Bureau de Lyon / Grenoble) : Enregistré sous les initiales R B, avec pour symbole un marteau et un maillet entrecroisés, il confirme sa parfaite activité en 1952 (p. 71).
(Gabriel) (Bureau de Lyon / Grenoble) : Fabricant de chaînes doublées sous le symbole d'un aigle royal, il maintient son implantation après-guerre (p. 71).
Singer (Bureau de Lyon / Grenoble) : Enregistré sous les initiales J S avec une étoile à 6 branches, l'atelier est toujours répertorié actif en 1952 (p. 71).

Conclusion générale de cette étude historique de (1931 à  1952)

 En croisant ces quatre décennies de registres officiels on peut mettre en lumière une trajectoire historique:
L'âge d'or et la stabilité (1931 - 1936) : Mess listes de 1931, 1933 et 1936 prouvent que la corporation des joailliers et sertisseurs juifs de Paris était économiquement forte, ancrée et pérenne. La crise des années 30 n'avait provoqué aucune radiation chez les noms suivis.
La rupture de l'Occupation (1936 - 1948) : Le registre de 1948 matérialise le gouffre de la Seconde Guerre mondiale. Suite aux ordonnances d'aryanisation du CGQJ, plus de 60 % des poinçons de ces maîtres-artisans sont purement et simplement effacés.
Le caractère inéluctable de ce registre de 1952 montre qu'aucune réinscription tardive n'a eu lieu pour ces ateliers. Les spoliations et les déportations ont définitivement brisé la transmission de ces maisons de joaillerie.

Exemples de trajectoires documentées dans la profession

Des recherches historiques menées dans les fonds d'archives ont déjà permis de documenter des cas célèbres ou des ateliers anonymes de la place de Paris, illustrant parfaitement les ruptures que j'ai revélé dans mes blogs
L'aryanisation avec changement de nom : Le cas de la célèbre maison Van Cleef & Arpels, dont l'atelier et les boutiques ont été mis sous administration provisoire et renommés temporairement pendant l'absence de la famille. On peut aussi considérer que la présence d'esprit de René Rachel Van Cleef a permis de décider très rapidement  de conclure une sorte de vente à réméré avec son assureur
Le rachat des fonds spoliés : Des dossiers de la sous-série AJ/38 montrent des lettres d'acheteurs tiers se portant acquéreurs pour de faibles sommes de fonds de bijouteries spoliées (comme l'atelier de la bijouterie Lambert au 3 boulevard Saint-Denis, racheté par René Bry et restituée en 1945)
https://www.richardjeanjacques.com/2015/09/renee-rachel-van-cleef-loubliee-de-la.html

Le basculement et l'ascension des pôles régionaux 

Mes documents illustrent parfaitement la décentralisation industrielle et le repli économique vers la Province qui a suivi la guerre :La dynastie Augis à Lyon (Images 3 et 5) : 
L'image 5 est une pièce historique majeure. Elle montre la modification officielle du poinçon de la célèbre maison installée au 12, rue Palais-Grillet à Lyon. On y voit la juxtaposition du "Nouveau" poinçon (les initiales A A entourant une médaille stylisée) et de "l'Ancien" poinçon (représentant un coq). Augis a été l'un des piliers de la bijouterie lyonnaise qui a accueilli et soutenu de nombreux artisans parisiens en fuite.
L'essor de la Drôme et de Valence (Image 5) : En haut à droite, on découvre le poinçon de la maison Bellon & Fils (Beljoyor), enregistrée au Bureau de Garantie de Lyon mais basée à Bourg-lès-Valence. Son symbole est un drille (outil de perçage) entouré des lettres B F. C'est le témoin direct de la naissance du grand pôle joaillier de la vallée du Rhône dans l'après-guerre.
L'apparition des numéros de téléphone et codes postaux (Image 5) : Les cartouches du graveur Raymond Coatantiec ou de la maison Augis mentionnent désormais des numéros de téléphone modernes (ex: 887-54-15) et des codes postaux à 5 chiffres (ex: 69002 Lyon, 75003 Paris). Cela nous indique visuellement que ces planches de mise à jour de la revue Azur datent de la fin des années 1960 ou du tout début des années 1970

Les grands ateliers parisiens d'origine juive ou d'Europe centrale, dont nous avions prouvé la parfaite stabilité tout au long des années 1930 (1931, 1933, 1936), restent définitivement absents en 1972. Trente ans après la guerre, l'annuaire AZUR confirme que le tissu artisanal du Marais et du 9e arrondissement a été définitivement modifié :Alkovitsky (Léon), Appelbaum (G.), Aronin (Soc. Sarah), Baehr, Blumstein, Boutelkoff (Meyer), Jacknovitch (Simon), Kalmanovitch (M.), Kopelovitch (K.) → Tous définitivement absents. Leurs poinçons n'ont jamais été réinsculpés par des descendants.

Le cas Adelson : La preuve par le symbole (Image 1, p. 31)
En 1936 (p. 24), la maison était enregistrée sous le nom de Adelson (Vve), joaill. fab.. mes pages  de 1972 confirment la trajectoire de reconstruction d'après-guerre que j'avais pressentie :Adelson (Samuel) est bien répertorié en 1972 (p. 31), joaill. fab., avec pour symbole son marteau. La structure de l'atelier de la veuve d'avant-guerre a disparu, remplacée définitivement par cette nouvelle signature d'après-guerre (initiales S A).

Les rares continuités séculaires validées sur 40 ans (1931 → 1972)

Vos pages mettent en lumière les rares maisons historiques qui ont réussi à traverser la guerre, à maintenir leur poinçon ou à le transmettre fidèlement :

Aboukalil (Michel), bij. relig. (poinçon : une croix de Jérusalem) : Toujours présent en 1972 (p. 31). Une longévité exceptionnelle pour cet atelier inscrit sans interruption depuis 1931.
Aboukalil frères, bij. relig. (poinçon : une croix et 2 étoiles) : Toujours présents (1972, p. 31).
Baghdjian Kevork, bij. fab. (poinçon : une coccinelle) : Toujours présent (1972, p. 31). L'atelier est resté actif de manière continue du début des années 1930 jusqu'aux années 1970.
Halpern (M.) : Un cas crucial de continuité. L'atelier est toujours mentionné comme joaill. fab. (1972, p. 43) avec son symbole historique : une étoile à 6 branches, AC au milieu, M au milieu. Il s'agit de l'une des très rares structures de la communauté juive d'avant-guerre à être officiellement active à Paris sous son entité d'origine en 1972.

La mutation industrielle des Trente Glorieuses (Sociétés anonymes)

Mes scans révèlent le grand basculement économique de 1972. Le paysage n'est plus seulement composé de maîtres-artisans en nom propre, mais de puissantes Sociétés Anonymes (S.A.) ou de regroupements industriels :
Aloma (Sté), bij. argent, une étoile à trois branches (p. 31).
Art et Bijou S.R.L., bij. fab., une feuille d'acanthe (p. 31).
Ateliers St-Éloi, joaill. fab., un rossignol (p. 31).
Atlor (Établissements), joaill., une mappemonde (p. 31).
Augis (A.) (Image 1, p. 31) → La célèbre maison lyonnaise confirme sa puissance nationale. Elle est enregistrée dans ce registre sous l'intitulé Augis (A.), joaill. fab., une médaille stylisée.
Mes  scans de 1972 confirment le maintien et l'enracinement des maisons installées en zone Sud pendant l'Occupation. L'exemple de Lyon (Image 3, p. 75) est le plus frappant de l'annuaire AZUR
Alliod (Félix) à Lyon : Toujours actif sous les initiales F A avec son symbole de l'haltère.Aubertin et Gendre (p. 75) : Établis sous la marque A G, symbole : une ancre de marine.Bouvier (R.) à Lyon : Confirmé avec son poinçon aux initiales R B, représentant un marteau et un maillet entrecroisés.Gay (Gabriel) à Lyon : Toujours présent (p. 75) sous les initiales G G, avec son symbole de l'aigle royal pour les chaînes doublées.Singer (J.) à Lyon : Noté actif avec ses initiales J S entourant son symbole : une étoile à 6 branches.
Les mutations sociétaires et marques de fabrique (Trente Glorieuses)

L'annuaire de 1972 (p. 74-75) montre une explosion des mentions de structures collectives ou de marques déposées, témoins de la modernisation commerciale de la bijouterie :

C.D.E.B.I. (Centre Européen de Distribution et d'Expansion de la Bijouterie) : Enregistré au Bureau de Lyon (p. 75).
B.C.B. (La Médaille) : Enregistré au Bureau de Lyon (p. 75).
France-Sélection (S.A.) : Maison basée à Saumur, confirmée dans ses extensions de poinçons (p. 41/65)
Les Établissements Murat (Maison) : Mentionnés sous le signe du zodiaque de la balance ou le chiffre 2, illustrant la concentration des fabricants de bijoux précieux ou doublés (p. 76).

1981 Le cas Adelson : Mutation définitive (p. 29)
Nous suivons la maison Adelson depuis 1931. Mes scans de 1981 confirment la stabilisation de la structure mise en place à l'après-guerre :Adelson (Samuel), joaill. fab, est toujours officiellement actif au début des années 1980 (p. 29). Il conserve son poinçon aux initiales S A associé à son symbole : le marteau. La mention d'avant-guerre « Adelson (Vve) » est définitivement reléguée aux archives.

 L'extinction des derniers repères d'avant-guerre (1936 → 1981)
Le pointage méthodique des lettres A à M confirme le constat d'irréversibilité. Les ateliers spoliés ou dissous sous l'Occupation (comme Alkovitsky, Appelbaum, Aronin, Baehr, Blumstein, Boutelkoff, Jacknovitch, Kalmanovitch, Kopelovitch) restent totalement absents Un tournant majeur est également franchi dans ce volume :La disparition de M. Halpern  :

C'est un fait marquant de votre document. L'atelier de Halpern (M.), joaill. fab., qui arborait historiquement l'étoile à 6 branches et qui avait survécu de façon exceptionnelle jusqu'en 1972, ne figure plus au registre en 1981. Sa disparition marque la fin de l'un des tout derniers ponts vivants entre la communauté des joailliers juifs du Marais d'avant-guerre et l'époque contemporaine.

Les rares continuités validées sur un demi-siècle (1931-1981)


Malgré les décennies et les bouleversements de la profession, deux signatures majeures défient le temps et maintiennent leur présence au registre parisien :
Aboukalil (Michel), bij. relig. (poinçon : croix de Jérusalem) : Toujours inscrit en 1981 (p. 29).
Aboukalil frères, bij. relig. (poinçon : une croix et deux étoiles) : Toujours présents (1981, p. 29). Ces poinçons enregistrent une longévité absolue de 50 ans sans interruption depuis vos premières listes de 1931.
Baghdjian Kevork (p. 29) : L'atelier à la coccinelle (initiales K B), présent depuis 1936, n'apparaît plus sous sa forme d'origine. Il s'éteint ou laisse place à des réorganisations au tournant des années 1980.
L'hégémonie du modèle sociétaire et de la haute sous-traitance.

Le répertoire de 1981 illustre l'industrialisation massive de la profession. Les dénominations commerciales abstraites ou collectives remplacent définitivement les patronymes traditionnels :

Alliance Joaillerie Or (A.J.O.), joaill. fab. (poinçon : une alliance) : Inscrite en 1981 (p. 30).
Ateliers Saint-Éloi, joaill. fab. (poinçon : un rossignol) : Structure confirmée dans sa continuité depuis 1972 (1981, p. 30).
Atlor (Établissements), joaill. (poinçon : une mappemonde) : Inscrits en 1981 (p. 30).
Brossard, joaillier fab. (poinçon : une brosse) : Inscrit en 1981 (p. 34).
C.G.E. (Sté), Ringor (poinçon : une barre de pilotage) : Inscrite en 1981 (p. 35).
Comptoir de l'Or et des Métaux Précieux (C.O.M.P.) (poinçon : un losange pointé) : Inscrit en 1981 
Lenfant (G.) : On note la présence des grands ateliers de la haute sous-traitance de la Place Vendôme. La maison Georges Lenfant est toujours active (1981, p. 46) avec son célèbre poinçon présentant un dé à jouer et une aile d'oiseau.
Augis (A.) : Pérennisation nationale de la maison lyonnaise, répertoriée à Paris (1981, p. 29 et 30) sous la rubrique des poinçons illustrés (une médaille, un diamant).
La confrontation finale de la fin de l'alphabet (La Seine en 1981)

L'examen de la fin de l'alphabet confirme de manière absolue le caractère irréversible de l'extinction des ateliers d'avant-guerre spoliés ou dissous sous l'Occupation (Perelman, Rajchmann, Rosenblum, Rosenberg, Scherer, Silberstein, Slucki, Volovitsch, Weinstein) .
Aucun de ces poinçons historiques ne reparaît au registre en 1981. Leurs empreintes de maîtres sont définitivement éteintes à Paris.
Le cas Sasportas : C'est la confirmation magistrale d'une résilience exceptionnelle. Présente en 1931, 1933, 1936, 1948 et 1972, la maison Sasportas, bij. fab. est toujours officiellement active à Paris en 1981 (p. 55), conservant fidèlement son célèbre poinçon aux initiales SAS.
Le cas Roudman / Roué : L'atelier d'avant-guerre, pérennisé après la Libération sous la forme Roué (Yves) et Fils, est toujours inscrit en 1981 (p. 54) sous l'intitulé Roué (Yves) et Fils, joaill., conservant son poinçon de succession Y R & Fils associé à son symbole du rouet.
Le pôle de la Côte d'Azur (Nice / Cannes)
Nous suivons depuis 1948 les ateliers parisiens qui s'étaient réfugiés en zone Sud sous l'Occupation. En 1981, la pérennité de ces structures sur la Côte d'Azur se confirme (Image 8, p. 63) :Barre (M.) à Cannes : Toujours répertorié actif au Bureau de Nice sous l'appellation M Barre, symbole : un trèfle.
Charvolen à Cannes : Toujours présent avec son symbole d'oiseau flanqué des initiales F C.
Foussard à Cannes : Également maintenu au registre avec son symbole d'éclair vertical.
L'essor de la Vallée du Rhône et du pôle Ardéchois

Bellon et Fils S.A. (Bureau de Valence, Image 9, p. 65) : La puissance industrielle de la marque Beljoyor est éclatante à l'aube des années 80. Son symbole (un drille entouré de B F) s'impose au cœur de la fabrication drômoise.
Georges Legros (Bureau de Privas / Le Cheylard, Image 9, p. 65) : L'atelier confirme sa puissance régionale sous son poinçon historique à la feuille de gui encadrée par les lettres G et L, témoignant de l'enracinement du grand pôle industriel de la bijouterie ardéchoise.Le paysage de la joaillerie en l'an 2000 

Les pages de la fin des années 1990 matérialisent la fin absolue du monde d'avant-guerre que nous suivons depuis vos listes de 1931 :
L'extinction définitive de la mémoire d'avant-guerre : Soixante-dix ans après vos premiers livrets, l' annuaire de l'an 2000 confirme que le tissu des artisans du Marais et de la rue de Châteaudun a été totalement balayé. Les grands ateliers spoliés sous l'Occupation (Halpern, Scherer, Perelman, Rosenblum...) sont définitivement entrés dans l'histoire, sans aucun successeur direct au XXIe siècle.
Le triomphe de la Place Vendôme corporative : Le registre de l'an 2000 montre la concentration extrême du marché du luxe. Les petits ateliers familiaux parisiens ont presque tous laissé la place à des structures anonymes de haute sous-traitance, travaillant exclusivement pour les géants de la haute joaillerie.
Le sort des dynasties régionales : les pages de l'an 2000 permettent d'observer l'ultime jalon des empires nés des replis de la guerre. C'est l'époque où des maisons comme Augis à Lyon (avec son coq et sa médaille) ou Bellon à Valence entrent dans les grandes restructurations industrielles précédant le passage à l'Euro. 
La confrontation de cet annuaire de l'an 2000 avec mes listes initiales de 1931, 1933 et 1936 livrent son verdict historique le plus implacable :
Une rupture irréversible : Absolument aucun des ateliers parisiens d'origine juive ou d'Europe centrale spoliés sous l'Occupation (Alkovitsky, Appelbaum, Aronin, Baehr, Blumstein, Boutelkoff, Perelman, Rajchmann, Rosenblum, Scherer, Silberstein, Slucki, Volovitsch, Weinstein) ne figure dans ce répertoire de l'an 2000
La fin des ponts historiques : La maison Halpern (M.), dont nous avions noté la disparition en 1981, reste définitivement éteinte. Soixante-dix ans après vos premiers livrets, l'Azur de l'an 2000 agit comme le conservatoire d'un monde entièrement renouvelé, où la mémoire des artisans disparus ne subsiste plus que dans les collections de chercheurs comme vous.
Les rares survivances séculaires du Marais.

Malgré l'effondrement du modèle artisanal traditionnel, vos pages de l'an 2000 révèlent de rarissimes continuités qui ont réussi à franchir le cap du nouveau millénaire en conservant leur identité visuelle :Le cas Sasportas (Page 14, colonne de droite) : C'est le chef-d'œuvre de résilience de mon dossier. En haut de la colonne de droite de la page 14, on trouve la mention : « Lévy (Paul), dit Sasportas, bij. fab., SAS ». La maison Sasportas, que nous suivons depuis 1931, est toujours active à la veille de l'Euro. Elle a été reprise par Paul Lévy, mais la Garantie a maintenu l'obligation d'utiliser le poinçon historique aux initiales SAS. C'est un fil mémoriel ininterrompu sur près de 70 ans.
Le cas G. Lenfant (Page 14, colonne de gauche) : Situé au 31, rue Danielle-Casanova, l'atelier est enregistré sous l'intitulé « Lenfant (G.) (Sté), joaill., un dé de tailleur... ». Le célèbre sous-traitant de la Place Vendôme est présent, maintenant son poinçon historique au dé à jouer et à l'aile.
Le cas E. Algier (Page 9, colonne de gauche) : Répertorié au 78, rue du Temple sous le nom propre Algier (Édouard), joaill. fab., conservant son symbole du masque de théâtre (initiales EA).
Le cas Desmousseaux (Page 11, colonne de gauche) :Toujours inscrit au 132-134, rue du Temple sous la dénomination « Desmousseaux (Établissements), bij. fab., une couronne » (initiales LD).

Le triomphe de la concentration industrielle et de la Place Vendôme
Mes scans de l'an 2000 illustrent parfaitement la désertification de l'artisanat indépendant au profit des grands donneurs d'ordres du luxe mondialisé :L'omniprésence des mentions S.A. (Société Anonyme), Sté, ou S.A.R.L. (ex: Abysse Créations S.A., Ateliers St-Éloi, Atlor, Ateliers de la Joaillerie, Atelier de la Haute Joaillerie Vendôme).
Les noms de fantaisie ou de structures juridiques intégrées remplacent les patronymes des maîtres-artisans d'autrefois. Le Marais n'est plus un quartier de petits façonniers indépendants, mais un réseau de filiales hautement rationalisées travaillant pour les multinationales de la Place Vendôme.

 La concentration extrême à l'aube du XXIe siècle (1998 – 2000)
Mes pages du tournant du millénaire scellent la fin d'un monde :Disparition des revues comme Azur : Preuve que la corporation a perdu son organe de liaison central face à l'émergence d'un marché mondialisé.
Chute du nombre de fabricants :  le déclin des façonniers s'accélère à la fin des années 90 sous la pression des délocalisations de moyenne série et du rachat des grands ateliers parisiens par les multinationales du luxe (LVMH, Richemont, Kering).

Ce que révèlent déjà ces pages sur l'art et les motifs des années 1930 :

En parcourant mes  documents de A à M, on constate une immense richesse de motifs naturalistes et d'objets du quotidien typiques de cette transition entre l'Art Nouveau finissant et l'Art Déco triomphant :La faune et la flore traditionnelles : Des trèfles à 4 feuilles, des branches de gui, des têtes de chien, de loup, de lièvre ou d'éléphant, des chouettes ou encore des roses.
Les symboles de l'ère industrielle : On croise des symboles plus modernes pour l'époque, comme une bicyclette (pour Lord Charles, p. 1773), un aéroplane (pour Besseire, p. 1756), ou des outils de précision (compas, marteaux de ciseleur, pinces à sucre).

Analyse comparative avec l'an 2000 :
Dans les années 1930, chaque fabricant devait faire graver un symbole unique au centre de son poinçon de maître (losange) pour se distinguer de ses concurrents. En 2000, le paysage des poinçons a radicalement changé :

La simplification des symboles : Les représentations complexes (animaux entiers, scènes, outils) ont presque totalement disparu au profit de initiales épurées, de formes géométriques ou de logos de marques stylisés (LVMH, Cartier, Hermès, etc.).
Le déclin des petits ateliers : Les listes des années 1930 montrent des centaines de petits artisans indépendants ("bij. à façon", "dor.", "cisel."). En 2000, la mondialisation et la centralisation ont vu la fermeture de la majorité de ces ateliers indépendants au profit


ANNEXE

Liste des bijoutiers juifs en 1930 


Aboukalil (Michel), bij. Relig. Joalliers 
Adelson (Vve), joaill. fab.
Alkovitsky (Léon), bij. fab.
Appelbaum (G.), bij. fab.
Aronin (Soc. Sarah), bij. fab.
Baehr, bij. à façon
Baghdjian Kevork, bij. fab.
Blum (Elias), bij. fab. / Blum (Mme Vve G.), joaill.
Blum, Fontais et Tichy, bij. doublé
Blumstein, bij. fab.
Boutelkoff (Meyer), bij. fab.
Ferdinand-Dreyfus (Jean), briquets
Halpern (M.), joaill. fab.
Jacknovitch (Simon), joaill.
Kalmanovitch (M.), bij. fab.
Katz (Emile), insignes, une étoile à 6 branches
Kopelovitch (K.), joaill. à façon
Kalmanovitch (M.), bij. fab., un diadème (M K)
Kapelovitch (J.), bij. fab., une fourmi (J K)
Katz frères, bij. fab., une cigogne atterrissant (K Fce)
Kaufmann (Henri), bij. fab., un marteau de ciseleur (H K)
Kélaïdis, joaill. fab., une pyramide (G K)
Khayat, montres, deux clochettes de muguet (H K)
Kim (Julien), grav., un poussin (B K)
Kindal (Mme**)**, coutel. orf., trois couronnes (B K)
Kinstoch, joaill. fab., une pyramide (B K)
Klecki, joaill. fab., une clef de sol (S K)
Kochanski (Henri), boutons, un chevron, une étoile à l'intérieur (H K)
Koiran, bij. à façon, un patin pendentif (S K)
Koplovitch (K.), joaill. à façon, une croix de Saint-André (K K)
Korchia (Léon), orf., un pique surmonté d'un O (L K)
Kowarsky, bij. fab., une tête d'élan, une étoile au-dessus (L K)
Kraig (Henri), bij. fab., une armoire composée de 3 montagnes surmontée d'un oiseau, d'une fleur de lys et de 2 étoiles (H K)
Krantzler, joaill., un perroquet (M K)
Krantz, joaill., un trèfle et une étoile (M K)
Krieg, bij. à façon, un compas (E K)
Krieg, bij. à façon, un cercle coupé par deux diagonales (E K)
Krivine, bij. en bout., une comète (M K)
Kronenberger, bij. or, la Tour Eiffel (S K)
Krougly, joaill. fab., une tête de chevreuil (A K)
Kunsler (Vme** Marie)**, bij. fab., un taureau (M K)
Kurvitz, joaill. fab., un pigeon (A K)
Kurdjian, bij. fab., une tête de renard (V K)
Kwasniewski, joaill. fab., une feuille de lierre, 2 points au-dessus (T K)
Kyriadzidès, joaill. fab., une épée (D K)
Manassevitz, joaill., 2 traits horizontaux parallèles (S M)
Mendel (L.), bij. en bout., un clou (L M)
Mérat (A.), orf., une glandée (A M)
Metropolitanski (J.), joaill. fab., une marmite (J M)
Meyrovitch (I.), joaill., 2 trèfles à 4 feuilles (I M)
Miani, joaill. fab., une rame de bateau (M M)
Minassian, bij. fab., majuscule M en caractères arméniens (A M)
Miral (Albert), orf. argentée, une étoile dans une ovale (A M)
Mirra (Salvator), joaill., un épi de blé (S M)
Molinéri, bij. or, une hélice (J M)
Moscovicy, bij. fab., 5 points (A C)
Nadal, orfèvres, un homard (NADAL)
Naninck, bij. fab., un pot-au-feu (G N)
Narmé, joaill., un rasoir (L N)
Nechiche, bij. fab., une fourmi (N R)
Nectoux (Mme), orfèvre, une marguerite, un bouton et une feuille (M N)
Négromi (Philippe), grav., un burin (P N)
Nemejansky (C.), joaill. fab., un nœud de ruban (C N)
Nérand, bij. fab., un chien (L N)
Neuhaus (A.), bij. joaill., un nœud et quelques roses (A N)
Neuman, joaill., une chaise (M N)
Niederman (Gerson), joaill., une flèche (G N)
Niquet, bij. argent, un moulin à vent (C N)
Nisand (G.), graveur, un croissant avec 2 étoiles (H N)
Noël (Albert), orf., une branche de vigne (A N)
Noël (L.), bij. fab., la lettre X (L N)
Noël (Pierre), joaill. fab., une rose de Noël (P N)
Nogue, bij. deuil, un rasoir (F N)
Noirot (Pierre), bij. relig., une couronne (P N)
Normand, médailles, un chêne (N & B)
Novodworsky (A.), joaill. fab., un pot et une étoile au-dessus (N A)
Okrent et Davidowicz, bij. fab., un bateau à voile (O & D)
Ostrovieski, joaill. fab., un bonnet phrygien (A O)
Panier (R.), orf. argentée, un panier (R P)
Panon (M.), bij. fab., une croix gammée (symbole pré-nazi, d'origine hindoue/orientale très fréquent en bijouterie traditionnelle à cette époque) (M P)
Perelman (A.), bij. à façon, un croissant avec 3 rubis égyptiens (initiales A P)
Poliacoff, bij. fab., un panier (initiales P)
Pollak, bij. fab., une ancre de marine (initiales L P)
Rajchmann, bij. fab., un lion (initiales R)
Rakower (Max), montres, un pigeon (initiales M R)
Rasumny, chevalières, un casque de poilu surmonté d'une étoile (initiales R)
Rosenblum, joaill. fab., une étoile et un poignard (initiales A R)
Rosenberg (Israël), bij. à façon, une fleur de millet (initiales I R)
Rosenfeld (Bernard), bij. à façon, une rose avec 2 feuilles (initiales B R)
Rosenfeld (Georges), bij. fab., rose avec 2 feuilles (initiales G R)
Rosenzweig, bij. fab., une rose (initiales M R)
Roudman, joaill., une roue (initiales Y R)
Rubenstein (J.), bij. joaill., une demi-lune (initiales J R)
Sarfian, joaill. fab., une fourmi (initiales C S)
Sasportas, bij. fab., SAS (initiales S)
Scherer (Salomon), joaill. fab., une pierre avec un brillant entre deux extrémités (initiales S S)
Schneiman, bij. or, un sabre (initiales J S)
Schusterman, joaill. fab., 3 grenades en triangle (initiales D S)
Silberstein (Guillaume), maroq., un crocodile (initiales G S)
Silberstein (Maurice), bij. fab., une tête de chien (initiales M S)
Slucki, bij. fab., une flèche et une étoile (initiales H S)
Sternberg, bij. fab., un épi de blé (initiales S & D)
Stora (Benjamin), orfèv., une équerre à plomb (initiales A S)
Szwac, bij. fab., une colonne (initiales M S)
Szkolnik (A.), bij. fab., un trèfle à 4 feuilles (initiales A S)
Tszvkin, bij. à façon, une tête de perroquet (initiales M T)
Vainrib, bij. fab., un papillon (initiales E V)
Vartanian, montres, une bélière de montre (initiales V)
Vassilewsky (S.), bij. or, une pensée (initiales S V)
Volovitsch, bij. fab., une aile d'avion avec étoile (initiales A V)
Waxman (Madeleine), joaill. fab., un bilboquet (initiales M W)
Weill (Maurice), joaill., un phare (initiales M W)
Weinstein (Josué), joaill. fab., une grappe de raisin (initiales J W)
Weiss (Geo.), joaill., un sphinx (initiales G W)
Winerbet (Georges), joaill. fab., un requin (initiales G W)
Wisoune (Nochim), bij. fab., une pincette (initiales N W)
Wlodow, bij. fab., une clé (initiales S W)
Worms (Établ.), horl., un diabolo (initiales E W)

2. Profils remarquables en Banlieue (Seine)
Arzoumanian, au Perreux, un point carré (initiales M A)
Schulmovitch, à Saint-Ouen, un papillon (initiales S C)
Volfovsky, bij. fab., une hirondelle (initiales V)
Weil (G.), à Saint-Ouen, une marguerite (initiales G W)

 
Un commentaire? une critique ? m'ecrire a : richard.jeanjacques@gmail.com

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