Les bijoux que nous retrouvons aujourd'hui permettent de mieux comprendre son activité.
Plusieurs pièces portant son nom ont été réalisées par des ateliers spécialisés.
C'est notamment le cas de cette extraordinaire pendulette Art déco . Ce type de joyau permet de nuancer une question importante.
Broudarge ne semble pas avoir été un fabricant travaillant lui-même à l'établi.
Il apparaît plutôt comme un joaillier, négociant, expert et détaillant, capable de faire réaliser certaines pièces par les meilleurs ateliers parisiens.
Les documents de vente permettent notamment de retrouver des collaborations avec des maisons et ateliers comme Strauss, Allard & Meyer et Verger.
Les adresses de Broudarge méritent cependant quelques précautions.
Les revues Azur que je conserve indiquent encore Broudarge comme joaillier en boutique au faubourg Montmartre en 1931 et même dans l'édition de 1933. Or, j'ai retrouvé une photographie datée de 1933 montrant la maison au 2, rue de la Paix.
Il faut donc probablement tenir compte du décalage possible entre la date de publication d'une revue professionnelle et la date à laquelle les renseignements ont été recueillis. La photographie apporte en tout cas un élément particulièrement précieux : en 1933, Broudarge est bien présent au 2, rue de la Paix.
Cette photographie permet de situer concrètement la maison quelques années avant sa participation à l'Exposition internationale de 1937.
Une hypothèse personnelle.
Je me suis également posé une question en regardant ces différentes adresses. Comment Broudarge a-t-il pu financer son ascension rapide, En 49 ans, il passe de Varsovie, où il est né, à la France, du faubourg Montmartre à la rue de la Paix, puis meurt à New York ?
Je n'ai pas, à ce jour, de document permettant de répondre avec certitude. Mais mon expérience du métier m'amène à envisager une piste : le négoce de l'or, des pierres et des bijoux pouvait constituer une activité particulièrement rentable lorsqu'elle était menée à une certaine échelle.
Les adresses retrouvées pourraient peut-être correspondre à des activités complémentaires : une maison au faubourg Montmartre pour les achats, ventes et expertises, une autre implantation boulevard Poissonnière, puis, parallèlement, une montée en gamme jusqu'à la rue de la Paix.
Ce n'est pour l'instant qu'une hypothèse. Mais elle permettrait de comprendre comment un commerçant pouvait progressivement accumuler les capitaux nécessaires pour entrer dans le monde de la haute joaillerie.
Le joaillier de la rue de la Paix En 1937, Broudarge participe à l'Exposition internationale de Paris.
La presse de l'époque décrit sa vitrine au pavillon de la joaillerie.
On y trouve notamment un diadème transformable, des clips en platine et diamants, un important saphir de Birmanie, des diamants et des rubis, ainsi que des pierres spectaculaires.
La publicité de la maison insiste alors sur sa réputation : « La maison la mieux réputée de tout Paris pour les belles occasions en bijoux ».
Broudarge propose à la fois des pièces importantes et des bijoux plus accessibles.
Nous sommes loin du petit commerce du faubourg Montmartre des années précédentes.
Une famille qui nous permet de suivre sa trace.
Les archives familiales permettent également de mieux comprendre l'homme derrière le commerçant.
Son épouse est Marie Moskovitz.
Nous retrouvons ensuite leurs enfants dans les archives américaines.
Simone Broudarge, née vers 1920 à Paris, apparaît avec ses parents Charles et Marie et son frère Robert dans les documents familiaux.
En 1938, à l'âge de 18 ans, elle arrive à New York à bord du Champlain.
Elle se mariera ensuite dans le New Jersey en 1942, avec Leon Racine.
Et surtout, Simone apparaît également dans les documents relatifs à son père.
Cette découverte est importante : elle établit un lien documentaire direct entre la famille parisienne et la présence américaine. Charles Broudarge était déjà aux États-Unis en 1938.
C'est probablement l'un des éléments les plus intéressants de toute cette enquête.
Nous avions d'abord pu penser que Charles avait quitté la France pour les États-Unis en 1941.
Ce n'est manifestement pas aussi simple.
Il est notamment mentionné lors de son passage à Los Angeles, où il rencontre son ami J. P. Spitzel, président de la Gemological Society of Los Angeles.
Charles possède donc déjà des relations professionnelles américaines avant la guerre. Et sa fille Simone est déjà arrivée à New York.
1941 : un projet d'installation définitive ?
En janvier 1941, un document du Congrès américain apporte une nouvelle pièce au puzzle.
Le député Charles A. Buckley dépose :
H.R. 1130 — « A bill to record the lawful admission to the United States for permanent residence of Charles Broudarge. »
Il ne s'agit pas d'une naturalisation, mais d'une démarche concernant l'enregistrement de son admission légale à la résidence permanente.
Pourquoi cette démarche ? Nous ne pouvons pas encore l'affirmer.
Le contexte européen de l'époque, la situation des Juifs en France et la guerre constituent évidemment un contexte historique majeur. Mais il serait imprudent d'affirmer que nous connaissons aujourd'hui la raison précise de son départ définitif.
Les dossiers américains d'immigration permettront peut-être un jour de répondre à cette question.
Marie puis Charles : une disparition brutale
Le destin de la famille devient ensuite tragique.
Marie Broudarge meurt à Manhattan le 5 août 1941, à l'âge de 40 ans. Son acte de décès indique qu'elle est l'épouse de Charles Broudarge.
Sa fille Lucille Broudarge fournit les renseignements nécessaires à l'établissement du certificat et donne alors comme adresse : 745 Fifth Avenue, New York.
Marie est enterrée au cimetière Mount Hebron, dans le même secteur que celui où reposera quelques mois plus tard son mari.
Puis vient le tour de Charles.
Le certificat de décès indique : Charles Broudarge,né à Varsovie, Pologne, profession : joaillier.
décédé le 10 décembre 1941 à New York, à l'âge de 49 ans.
Ainsi se termine, à seulement 49 ans, la vie de cet homme qui était passé de Varsovie au faubourg Montmartre, puis de Montmartre à la rue de la Paix, avant de disparaître à New York.
Mais où sont passés les bijoux de Broudarge ?
C'est maintenant une autre histoire qui commence.
À ce jour, mes recherches m'ont permis de retrouver onze bijoux ou objets portant la signature Broudarge, auxquels s'ajoutent les documents et catalogues permettant d'en identifier d'autres.
Parmi eux figurent notamment des clips Art déco, des étuis, des objets précieux et cette remarquable pendulette réalisée par Strauss, Allard & Meyer pour Broudarge.
Pb: 79 gr Revendu par la Maison Aguttes
BROUDARGE Paris vers 1930 Poudrier rectangulaire en métal argenté godronné et guilloché orné de saphirs synthétiques calibrés et de deux diamants taillés en rose. Signé Broudarge Paris et poinçon d'orfèvre Jacques Loys. Dim. : 8 x 5,5 cm… Revendu par Pestel de Bord
Parti du 131 boulevard Sébastopol, regardez l'évolution de la maison. Le 2 rue de la Paix, son affaire est désormais installée dans le cœur du quartier joaillier.
BROUDARGE – PARIS. Petite minaudière rectangulaire en argent 800 et or 750 millièmes, guillochée sur toutes ses faces et contenant un miroir. Le plateau principal est orné d'un motif géométrique à boutons-poussoirs, ponctué de rubis calibrés et de roses couronnées. (Rayures, usure). Époque Art déco. Poids brut : 121,40 g. Dimensions : 7,8 × 5,3 × 0,90 cm. Revendue par Colin du Bocage.
Paire de broches à double clip, Broudarge, vers 1930
Chaque plaque en forme d'éventail, ornée de détails géométriques et sertie de diamants taille brillant, ronds et baguette, est signée Broudarge et porte les poinçons français pour le platine. Sotheby's indique Installé au 2 rue de la Paix à Paris, Broudarge était un joaillier jouissant d'une certaine réputation dans les années 1920 et 1930. Pour ses bijoux Art déco, il faisait appel à des ateliers renommés tels que Strauss, Allard & Meyer ou Verger Frères."
Mais onze pièces ne peuvent évidemment pas représenter toute l'activité d'une maison qui était suffisamment importante pour exposer en 1937 aux côtés des grandes maisons parisiennes.
Les anciens catalogues de ventes aux enchères ne sont pas tous accessibles en ligne.
Il est donc très probable que d'autres pièces existent encore.
Une enquête qui reste ouverte
Nous connaissons désormais beaucoup mieux l'homme Charles Broudarge.
Mais plusieurs questions demeurent.
Comment a-t-il financé son ascension rapide entre le faubourg Montmartre et la rue de la Paix ?
Un joaillier oublié
Ce qui me surprend le plus dans cette recherche n'est peut-être pas seulement l'ascension de Charles Broudarge, mais l'oubli presque complet dans lequel il est tombé.
Les marchands, les catalogues de ventes et les historiens du métier semblent aujourd'hui avoir très peu conservé la mémoire de cette maison. Pourtant, à la veille de la guerre, Broudarge avait atteint une position qui le plaçait manifestement au niveau de nombreux joailliers installés dans le quartier de la rue de la Paix.
Il avait quitté le faubourg Montmartre, s'était installé rue de la Paix, travaillait avec des ateliers réputés, vendait des bijoux importants et exposait en 1937 aux côtés des grandes maisons parisiennes.
Comment une maison qui avait connu une telle ascension a-t-elle pu presque disparaître de l'histoire de la joaillerie ?
C'est peut-être finalement l'une des questions les plus intéressantes de cette enquête.
Quelles étaient exactement ses relations avec les ateliers qui fabriquaient pour lui ?
Combien de bijoux portant sa signature ont-ils réellement été produits ?
Pourquoi et dans quelles circonstances son installation américaine est-elle devenue définitive ?
Que sont devenus ses archives, ses livres de comptes, ses correspondances et ses dessins ?
Et surtout :
Combien de bijoux Broudarge dorment encore dans des collections privées ?
C'est pourquoi cette recherche ne peut probablement pas se terminer dans les archives.
Un lecteur possède peut-être une broche, un clip, une boîte, une pendulette ou un autre objet portant la signature BROUDARGE.
Un collectionneur possède peut-être une pièce dont l'histoire est encore inconnue.
Une famille conserve peut-être des papiers provenant de la maison.
Et les archives anciennes des grandes maisons de ventes pourraient peut-être faire réapparaître des pièces aujourd'hui oubliées.
Si vous possédez un bijou signé Broudarge, une photographie, un catalogue ancien ou tout document concernant Charles Broudarge et sa maison, je serais très heureux de pouvoir compléter cette enquête.



































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