Les artisans juifs parisiens qui s'étaient maintenus avec une stabilité remarquable tout au long des années 1930 (présents en 1931, 1933 et 1936) restent totalement absents en 1952. Leurs entreprises ont été définitivement rayées de la carte économique de la capitale :
Adelson (Vve), joaill. fab. : Absente. L'Annuaire Azur confirme la rupture générationnelle. Seul subsiste à l'après-guerre l'enregistrement d'Adelson Samuel, inscrit avec son propre poinçon distinct (1952, p. 33).
Alkovitsky (Léon), bij. fab. : Absent.
Appelbaum (G.), bij. fab. : Absent.
Aronin (Soc. Sarah), bij. fab. : Absente.
Baehr, bij. à façon : Absent.
Blumstein, bij. fab. : Absent.
Boutelkoff (Meyer), bij. fab. : Absent.
Halpern (M.), joaill. fab. : Absent. L'atelier central au poinçon marqué de l'étoile à 6 branches a définitivement disparu des répertoires (1952, p. 47).
Jacknovitch (Simon), joaill. : Absent (1952, p. 47).
Kalmanovitch (M.), bij. fab. : Absent (1952, p. 47).
Katz (Émile), insignes : Absent (1952, p. 47).
Kopelovitch (K.), joaill. à façon : Absent (1952, p. 47).
Perelman (A.), bij. à façon (poinçon : un croissant avec 3 rubis égyptiens) : Absent (1952, p. 55).
Rajchmann, bij. fab. (poinçon : un lion) : Absent (1952, p. 57).
Rosenblum, joaill. fab. (poinçon : une étoile et un poignard) : Absent (1952, p. 58).
Rosenberg (Israël), bij. à façon (poinçon : une fleur de millet) : Absent (1952, p. 58).
Rosenfeld (Bernard et Georges), bijoutiers (poinçon : une rose avec 2 feuilles) : Absents (1952, p. 58).
Scherer (Salomon), joaill. fab. (poinçon : un brillant entre deux extrémités) : Absent (1952, p. 59).
Silberstein (Maurice), bij. fab. (poinçon : une tête de chien) : Absent (1952, p. 59).
Slucki, bij. fab. (poinçon : une flèche et une étoile) : Absent (1952, p. 59).
Volovitsch, bij. fab. (poinçon : une aile d'avion avec étoile) : Absent (1952, p. 61).
Weinstein (Josué), joaill. fab. (poinçon : une grappe de raisin) : Absent (1952, p. 62).
Les rares continuités validées sur 20 ans (1931 → 1952)
L'annuaire de 1952 permet d'identifier les très rares maisons d'avant-guerre qui ont traversé la tourmente, maintenant leur enregistrement ou obtenant une restitution pérenne à la Libération
Aboukalil (Michel), bij. relig. (poinçon : croix de Jérusalem) : Toujours inscrit (1952, p. 33). Il affiche une continuité parfaite depuis 1931.
Aboukalil frères, bij. relig. (poinçon : une croix et 2 étoiles) : Toujours inscrits (1952, p. 33).
Baghdjian Kevork, bij. fab. (poinçon : une coccinelle) : Toujours inscrit (1952, p. 34). Ayant traversé la période de l'Occupation, il maintient son atelier actif au cours des années 1950.
Sasportas, bij. fab. (poinçon : initiales SAS) : Toujours présent en 1952 (p. 58). voir mon article
Les mutations familiales de l'après-guerre
On relève en 1952 la confirmation de structures réorganisées suite aux pertes de la guerre, notamment l'apparition de successions directes :
Amiel (Les successeurs de), bij. de fantaisie, une tête de chat (p. 33) → L'atelier d'avant-guerre est désormais géré collectivement par les héritiers, signe fréquent d'une réouverture post-Libération suite au décès ou à la disparition du fondateur.
Pendant l'Occupation, de nombreux artisans parisiens s'étaient enregistrés en zone non occupée (notamment au Bureau de Lyon ou de Nice) pour tenter de maintenir une activité. En 1952, plusieurs de ces structures d'urgence se sont définitivement ancrées en Province: Bouvier (R.) (Bureau de Lyon / Grenoble) : Enregistré sous les initiales R B, avec pour symbole un marteau et un maillet entrecroisés, il confirme sa parfaite activité en 1952 (p. 71).
(Gabriel) (Bureau de Lyon / Grenoble) : Fabricant de chaînes doublées sous le symbole d'un aigle royal, il maintient son implantation après-guerre (p. 71).
Singer (Bureau de Lyon / Grenoble) : Enregistré sous les initiales J S avec une étoile à 6 branches, l'atelier est toujours répertorié actif en 1952 (p. 71).
Conclusion générale de cette étude historique de (1931 à 1952)
En croisant ces quatre décennies de registres officiels on peut mettre en lumière une trajectoire historique:
L'âge d'or et la stabilité (1931 - 1936) : Mess listes de 1931, 1933 et 1936 prouvent que la corporation des joailliers et sertisseurs juifs de Paris était économiquement forte, ancrée et pérenne. La crise des années 30 n'avait provoqué aucune radiation chez les noms suivis.
La rupture de l'Occupation (1936 - 1948) : Le registre de 1948 matérialise le gouffre de la Seconde Guerre mondiale. Suite aux ordonnances d'aryanisation du CGQJ, plus de 60 % des poinçons de ces maîtres-artisans sont purement et simplement effacés.
Le caractère inéluctable de ce registre de 1952 montre qu'aucune réinscription tardive n'a eu lieu pour ces ateliers. Les spoliations et les déportations ont définitivement brisé la transmission de ces maisons de joaillerie.
Exemples de trajectoires documentées dans la profession
Des recherches historiques menées dans les fonds d'archives ont déjà permis de documenter des cas célèbres ou des ateliers anonymes de la place de Paris, illustrant parfaitement les ruptures que j'ai revélé dans mes blogs
L'aryanisation avec changement de nom : Le cas de la célèbre maison Van Cleef & Arpels, dont l'atelier et les boutiques ont été mis sous administration provisoire et renommés temporairement pendant l'absence de la famille. On peut aussi considérer que la présence d'esprit de René Rachel Van Cleef a permis de décider très rapidement de conclure une sorte de vente à réméré avec son assureur
Le rachat des fonds spoliés : Des dossiers de la sous-série AJ/38 montrent des lettres d'acheteurs tiers se portant acquéreurs pour de faibles sommes de fonds de bijouteries spoliées (comme l'atelier de la bijouterie Lambert au 3 boulevard Saint-Denis, racheté par René Bry et restituée en 1945)
https://www.richardjeanjacques.com/2015/09/renee-rachel-van-cleef-loubliee-de-la.html
Le basculement et l'ascension des pôles régionaux
Mes documents illustrent parfaitement la décentralisation industrielle et le repli économique vers la Province qui a suivi la guerre :La dynastie Augis à Lyon (Images 3 et 5) :
L'image 5 est une pièce historique majeure. Elle montre la modification officielle du poinçon de la célèbre maison installée au 12, rue Palais-Grillet à Lyon. On y voit la juxtaposition du "Nouveau" poinçon (les initiales A A entourant une médaille stylisée) et de "l'Ancien" poinçon (représentant un coq). Augis a été l'un des piliers de la bijouterie lyonnaise qui a accueilli et soutenu de nombreux artisans parisiens en fuite.
L'essor de la Drôme et de Valence (Image 5) : En haut à droite, on découvre le poinçon de la maison Bellon & Fils (Beljoyor), enregistrée au Bureau de Garantie de Lyon mais basée à Bourg-lès-Valence. Son symbole est un drille (outil de perçage) entouré des lettres B F. C'est le témoin direct de la naissance du grand pôle joaillier de la vallée du Rhône dans l'après-guerre.
L'apparition des numéros de téléphone et codes postaux (Image 5) : Les cartouches du graveur Raymond Coatantiec ou de la maison Augis mentionnent désormais des numéros de téléphone modernes (ex: 887-54-15) et des codes postaux à 5 chiffres (ex: 69002 Lyon, 75003 Paris). Cela nous indique visuellement que ces planches de mise à jour de la revue Azur datent de la fin des années 1960 ou du tout début des années 1970
Les grands ateliers parisiens d'origine juive ou d'Europe centrale, dont nous avions prouvé la parfaite stabilité tout au long des années 1930 (1931, 1933, 1936), restent définitivement absents en 1972. Trente ans après la guerre, l'annuaire AZUR confirme que le tissu artisanal du Marais et du 9e arrondissement a été définitivement modifié :Alkovitsky (Léon), Appelbaum (G.), Aronin (Soc. Sarah), Baehr, Blumstein, Boutelkoff (Meyer), Jacknovitch (Simon), Kalmanovitch (M.), Kopelovitch (K.) → Tous définitivement absents. Leurs poinçons n'ont jamais été réinsculpés par des descendants.
Le cas Adelson : La preuve par le symbole (Image 1, p. 31)
En 1936 (p. 24), la maison était enregistrée sous le nom de Adelson (Vve), joaill. fab.. mes pages de 1972 confirment la trajectoire de reconstruction d'après-guerre que j'avais pressentie :Adelson (Samuel) est bien répertorié en 1972 (p. 31), joaill. fab., avec pour symbole son marteau. La structure de l'atelier de la veuve d'avant-guerre a disparu, remplacée définitivement par cette nouvelle signature d'après-guerre (initiales S A).
Les rares continuités séculaires validées sur 40 ans (1931 → 1972)
Vos pages mettent en lumière les rares maisons historiques qui ont réussi à traverser la guerre, à maintenir leur poinçon ou à le transmettre fidèlement :
Aboukalil (Michel), bij. relig. (poinçon : une croix de Jérusalem) : Toujours présent en 1972 (p. 31). Une longévité exceptionnelle pour cet atelier inscrit sans interruption depuis 1931.
Aboukalil frères, bij. relig. (poinçon : une croix et 2 étoiles) : Toujours présents (1972, p. 31).
Baghdjian Kevork, bij. fab. (poinçon : une coccinelle) : Toujours présent (1972, p. 31). L'atelier est resté actif de manière continue du début des années 1930 jusqu'aux années 1970.
Halpern (M.) : Un cas crucial de continuité. L'atelier est toujours mentionné comme joaill. fab. (1972, p. 43) avec son symbole historique : une étoile à 6 branches, AC au milieu, M au milieu. Il s'agit de l'une des très rares structures de la communauté juive d'avant-guerre à être officiellement active à Paris sous son entité d'origine en 1972.
La mutation industrielle des Trente Glorieuses (Sociétés anonymes)
Mes scans révèlent le grand basculement économique de 1972. Le paysage n'est plus seulement composé de maîtres-artisans en nom propre, mais de puissantes Sociétés Anonymes (S.A.) ou de regroupements industriels :
Aloma (Sté), bij. argent, une étoile à trois branches (p. 31).
Art et Bijou S.R.L., bij. fab., une feuille d'acanthe (p. 31).
Ateliers St-Éloi, joaill. fab., un rossignol (p. 31).
Atlor (Établissements), joaill., une mappemonde (p. 31).
Augis (A.) (Image 1, p. 31) → La célèbre maison lyonnaise confirme sa puissance nationale. Elle est enregistrée dans ce registre sous l'intitulé Augis (A.), joaill. fab., une médaille stylisée.
Mes scans de 1972 confirment le maintien et l'enracinement des maisons installées en zone Sud pendant l'Occupation. L'exemple de Lyon (Image 3, p. 75) est le plus frappant de l'annuaire AZUR
Alliod (Félix) à Lyon : Toujours actif sous les initiales F A avec son symbole de l'haltère.Aubertin et Gendre (p. 75) : Établis sous la marque A G, symbole : une ancre de marine.Bouvier (R.) à Lyon : Confirmé avec son poinçon aux initiales R B, représentant un marteau et un maillet entrecroisés.Gay (Gabriel) à Lyon : Toujours présent (p. 75) sous les initiales G G, avec son symbole de l'aigle royal pour les chaînes doublées.Singer (J.) à Lyon : Noté actif avec ses initiales J S entourant son symbole : une étoile à 6 branches.
Les mutations sociétaires et marques de fabrique (Trente Glorieuses)L'annuaire de 1972 (p. 74-75) montre une explosion des mentions de structures collectives ou de marques déposées, témoins de la modernisation commerciale de la bijouterie :
C.D.E.B.I. (Centre Européen de Distribution et d'Expansion de la Bijouterie) : Enregistré au Bureau de Lyon (p. 75).
B.C.B. (La Médaille) : Enregistré au Bureau de Lyon (p. 75).
France-Sélection (S.A.) : Maison basée à Saumur, confirmée dans ses extensions de poinçons (p. 41/65)
Les Établissements Murat (Maison) : Mentionnés sous le signe du zodiaque de la balance ou le chiffre 2, illustrant la concentration des fabricants de bijoux précieux ou doublés (p. 76).
1981 Le cas Adelson : Mutation définitive (p. 29)
Nous suivons la maison Adelson depuis 1931. Mes scans de 1981 confirment la stabilisation de la structure mise en place à l'après-guerre :Adelson (Samuel), joaill. fab, est toujours officiellement actif au début des années 1980 (p. 29). Il conserve son poinçon aux initiales S A associé à son symbole : le marteau. La mention d'avant-guerre « Adelson (Vve) » est définitivement reléguée aux archives.
L'extinction des derniers repères d'avant-guerre (1936 → 1981)
Le pointage méthodique des lettres A à M confirme le constat d'irréversibilité. Les ateliers spoliés ou dissous sous l'Occupation (comme Alkovitsky, Appelbaum, Aronin, Baehr, Blumstein, Boutelkoff, Jacknovitch, Kalmanovitch, Kopelovitch) restent totalement absents Un tournant majeur est également franchi dans ce volume :La disparition de M. Halpern :
C'est un fait marquant de votre document. L'atelier de Halpern (M.), joaill. fab., qui arborait historiquement l'étoile à 6 branches et qui avait survécu de façon exceptionnelle jusqu'en 1972, ne figure plus au registre en 1981. Sa disparition marque la fin de l'un des tout derniers ponts vivants entre la communauté des joailliers juifs du Marais d'avant-guerre et l'époque contemporaine.
Les rares continuités validées sur un demi-siècle (1931-1981) Malgré les décennies et les bouleversements de la profession, deux signatures majeures défient le temps et maintiennent leur présence au registre parisien :
Aboukalil (Michel), bij. relig. (poinçon : croix de Jérusalem) : Toujours inscrit en 1981 (p. 29).
Aboukalil frères, bij. relig. (poinçon : une croix et deux étoiles) : Toujours présents (1981, p. 29). Ces poinçons enregistrent une longévité absolue de 50 ans sans interruption depuis vos premières listes de 1931.
Baghdjian Kevork (p. 29) : L'atelier à la coccinelle (initiales K B), présent depuis 1936, n'apparaît plus sous sa forme d'origine. Il s'éteint ou laisse place à des réorganisations au tournant des années 1980.
L'hégémonie du modèle sociétaire et de la haute sous-traitance. Le répertoire de 1981 illustre l'industrialisation massive de la profession. Les dénominations commerciales abstraites ou collectives remplacent définitivement les patronymes traditionnels :
Alliance Joaillerie Or (A.J.O.), joaill. fab. (poinçon : une alliance) : Inscrite en 1981 (p. 30).
Ateliers Saint-Éloi, joaill. fab. (poinçon : un rossignol) : Structure confirmée dans sa continuité depuis 1972 (1981, p. 30).
Atlor (Établissements), joaill. (poinçon : une mappemonde) : Inscrits en 1981 (p. 30).
Brossard, joaillier fab. (poinçon : une brosse) : Inscrit en 1981 (p. 34).
C.G.E. (Sté), Ringor (poinçon : une barre de pilotage) : Inscrite en 1981 (p. 35).
Comptoir de l'Or et des Métaux Précieux (C.O.M.P.) (poinçon : un losange pointé) : Inscrit en 1981
Lenfant (G.) : On note la présence des grands ateliers de la haute sous-traitance de la Place Vendôme. La maison Georges Lenfant est toujours active (1981, p. 46) avec son célèbre poinçon présentant un dé à jouer et une aile d'oiseau.
Augis (A.) : Pérennisation nationale de la maison lyonnaise, répertoriée à Paris (1981, p. 29 et 30) sous la rubrique des poinçons illustrés (une médaille, un diamant).
La confrontation finale de la fin de l'alphabet (La Seine en 1981)
L'examen de la fin de l'alphabet confirme de manière absolue le caractère irréversible de l'extinction des ateliers d'avant-guerre spoliés ou dissous sous l'Occupation (Perelman, Rajchmann, Rosenblum, Rosenberg, Scherer, Silberstein, Slucki, Volovitsch, Weinstein) .
Aucun de ces poinçons historiques ne reparaît au registre en 1981. Leurs empreintes de maîtres sont définitivement éteintes à Paris.
Le cas Sasportas : C'est la confirmation magistrale d'une résilience exceptionnelle. Présente en 1931, 1933, 1936, 1948 et 1972, la maison Sasportas, bij. fab. est toujours officiellement active à Paris en 1981 (p. 55), conservant fidèlement son célèbre poinçon aux initiales SAS.
Le cas Roudman / Roué : L'atelier d'avant-guerre, pérennisé après la Libération sous la forme Roué (Yves) et Fils, est toujours inscrit en 1981 (p. 54) sous l'intitulé Roué (Yves) et Fils, joaill., conservant son poinçon de succession Y R & Fils associé à son symbole du rouet.
Le pôle de la Côte d'Azur (Nice / Cannes)Nous suivons depuis 1948 les ateliers parisiens qui s'étaient réfugiés en zone Sud sous l'Occupation. En 1981, la pérennité de ces structures sur la Côte d'Azur se confirme (Image 8, p. 63) :Barre (M.) à Cannes : Toujours répertorié actif au Bureau de Nice sous l'appellation M Barre, symbole : un trèfle.
Charvolen à Cannes : Toujours présent avec son symbole d'oiseau flanqué des initiales F C.
Foussard à Cannes : Également maintenu au registre avec son symbole d'éclair vertical.
L'essor de la Vallée du Rhône et du pôle ArdéchoisBellon et Fils S.A. (Bureau de Valence, Image 9, p. 65) : La puissance industrielle de la marque Beljoyor est éclatante à l'aube des années 80. Son symbole (un drille entouré de B F) s'impose au cœur de la fabrication drômoise.
Georges Legros (Bureau de Privas / Le Cheylard, Image 9, p. 65) : L'atelier confirme sa puissance régionale sous son poinçon historique à la feuille de gui encadrée par les lettres G et L, témoignant de l'enracinement du grand pôle industriel de la bijouterie ardéchoise.Le paysage de la joaillerie en l'an 2000
Les pages de la fin des années 1990 matérialisent la fin absolue du monde d'avant-guerre que nous suivons depuis vos listes de 1931 :
L'extinction définitive de la mémoire d'avant-guerre : Soixante-dix ans après vos premiers livrets, l' annuaire de l'an 2000 confirme que le tissu des artisans du Marais et de la rue de Châteaudun a été totalement balayé. Les grands ateliers spoliés sous l'Occupation (Halpern, Scherer, Perelman, Rosenblum...) sont définitivement entrés dans l'histoire, sans aucun successeur direct au XXIe siècle.
Le triomphe de la Place Vendôme corporative : Le registre de l'an 2000 montre la concentration extrême du marché du luxe. Les petits ateliers familiaux parisiens ont presque tous laissé la place à des structures anonymes de haute sous-traitance, travaillant exclusivement pour les géants de la haute joaillerie.
Le sort des dynasties régionales : les pages de l'an 2000 permettent d'observer l'ultime jalon des empires nés des replis de la guerre. C'est l'époque où des maisons comme Augis à Lyon (avec son coq et sa médaille) ou Bellon à Valence entrent dans les grandes restructurations industrielles précédant le passage à l'Euro.
La confrontation de cet annuaire de l'an 2000 avec mes listes initiales de 1931, 1933 et 1936 livrent son verdict historique le plus implacable :
Une rupture irréversible : Absolument aucun des ateliers parisiens d'origine juive ou d'Europe centrale spoliés sous l'Occupation (Alkovitsky, Appelbaum, Aronin, Baehr, Blumstein, Boutelkoff, Perelman, Rajchmann, Rosenblum, Scherer, Silberstein, Slucki, Volovitsch, Weinstein) ne figure dans ce répertoire de l'an 2000
La fin des ponts historiques : La maison Halpern (M.), dont nous avions noté la disparition en 1981, reste définitivement éteinte. Soixante-dix ans après vos premiers livrets, l'Azur de l'an 2000 agit comme le conservatoire d'un monde entièrement renouvelé, où la mémoire des artisans disparus ne subsiste plus que dans les collections de chercheurs comme vous.
Les rares survivances séculaires du Marais.
Malgré l'effondrement du modèle artisanal traditionnel, vos pages de l'an 2000 révèlent de rarissimes continuités qui ont réussi à franchir le cap du nouveau millénaire en conservant leur identité visuelle :Le cas Sasportas (Page 14, colonne de droite) : C'est le chef-d'œuvre de résilience de mon dossier. En haut de la colonne de droite de la page 14, on trouve la mention : « Lévy (Paul), dit Sasportas, bij. fab., SAS ». La maison Sasportas, que nous suivons depuis 1931, est toujours active à la veille de l'Euro. Elle a été reprise par Paul Lévy, mais la Garantie a maintenu l'obligation d'utiliser le poinçon historique aux initiales SAS. C'est un fil mémoriel ininterrompu sur près de 70 ans.
Le cas G. Lenfant (Page 14, colonne de gauche) : Situé au 31, rue Danielle-Casanova, l'atelier est enregistré sous l'intitulé « Lenfant (G.) (Sté), joaill., un dé de tailleur... ». Le célèbre sous-traitant de la Place Vendôme est présent, maintenant son poinçon historique au dé à jouer et à l'aile.
Le cas E. Algier (Page 9, colonne de gauche) : Répertorié au 78, rue du Temple sous le nom propre Algier (Édouard), joaill. fab., conservant son symbole du masque de théâtre (initiales EA).
Le cas Desmousseaux (Page 11, colonne de gauche) :Toujours inscrit au 132-134, rue du Temple sous la dénomination « Desmousseaux (Établissements), bij. fab., une couronne » (initiales LD).
Le triomphe de la concentration industrielle et de la Place Vendôme
Mes scans de l'an 2000 illustrent parfaitement la désertification de l'artisanat indépendant au profit des grands donneurs d'ordres du luxe mondialisé :L'omniprésence des mentions S.A. (Société Anonyme), Sté, ou S.A.R.L. (ex: Abysse Créations S.A., Ateliers St-Éloi, Atlor, Ateliers de la Joaillerie, Atelier de la Haute Joaillerie Vendôme).
Les noms de fantaisie ou de structures juridiques intégrées remplacent les patronymes des maîtres-artisans d'autrefois. Le Marais n'est plus un quartier de petits façonniers indépendants, mais un réseau de filiales hautement rationalisées travaillant pour les multinationales de la Place Vendôme.
La concentration extrême à l'aube du XXIe siècle (1998 – 2000)
Mes pages du tournant du millénaire scellent la fin d'un monde :Disparition des revues comme Azur : Preuve que la corporation a perdu son organe de liaison central face à l'émergence d'un marché mondialisé.
Chute du nombre de fabricants : le déclin des façonniers s'accélère à la fin des années 90 sous la pression des délocalisations de moyenne série et du rachat des grands ateliers parisiens par les multinationales du luxe (LVMH, Richemont, Kering).
Ce que révèlent déjà ces pages sur l'art et les motifs des années 1930 :
En parcourant mes documents de A à M, on constate une immense richesse de motifs naturalistes et d'objets du quotidien typiques de cette transition entre l'Art Nouveau finissant et l'Art Déco triomphant :La faune et la flore traditionnelles : Des trèfles à 4 feuilles, des branches de gui, des têtes de chien, de loup, de lièvre ou d'éléphant, des chouettes ou encore des roses.
Les symboles de l'ère industrielle : On croise des symboles plus modernes pour l'époque, comme une bicyclette (pour Lord Charles, p. 1773), un aéroplane (pour Besseire, p. 1756), ou des outils de précision (compas, marteaux de ciseleur, pinces à sucre).
Analyse comparative avec l'an 2000 :
Dans les années 1930, chaque fabricant devait faire graver un symbole unique au centre de son poinçon de maître (losange) pour se distinguer de ses concurrents. En 2000, le paysage des poinçons a radicalement changé :
La simplification des symboles : Les représentations complexes (animaux entiers, scènes, outils) ont presque totalement disparu au profit de initiales épurées, de formes géométriques ou de logos de marques stylisés (LVMH, Cartier, Hermès, etc.).
Le déclin des petits ateliers : Les listes des années 1930 montrent des centaines de petits artisans indépendants ("bij. à façon", "dor.", "cisel."). En 2000, la mondialisation et la centralisation ont vu la fermeture de la majorité de ces ateliers indépendants au profit
ANNEXE
Liste des bijoutiers juifs en 1930
Aboukalil (Michel), bij. Relig. Joalliers
Adelson (Vve), joaill. fab.
Alkovitsky (Léon), bij. fab.
Appelbaum (G.), bij. fab.
Aronin (Soc. Sarah), bij. fab.
Baehr, bij. à façon
Baghdjian Kevork, bij. fab.
Blum (Elias), bij. fab. / Blum (Mme Vve G.), joaill.
Blum, Fontais et Tichy, bij. doublé
Blumstein, bij. fab.
Boutelkoff (Meyer), bij. fab.
Ferdinand-Dreyfus (Jean), briquets
Halpern (M.), joaill. fab.
Jacknovitch (Simon), joaill.
Kalmanovitch (M.), bij. fab.
Katz (Emile), insignes, une étoile à 6 branches
Kopelovitch (K.), joaill. à façon
Kalmanovitch (M.), bij. fab., un diadème (M K)
Kapelovitch (J.), bij. fab., une fourmi (J K)
Katz frères, bij. fab., une cigogne atterrissant (K Fce)
Kaufmann (Henri), bij. fab., un marteau de ciseleur (H K)
Kélaïdis, joaill. fab., une pyramide (G K)
Khayat, montres, deux clochettes de muguet (H K)
Kim (Julien), grav., un poussin (B K)
Kindal (Mme**)**, coutel. orf., trois couronnes (B K)
Kinstoch, joaill. fab., une pyramide (B K)
Klecki, joaill. fab., une clef de sol (S K)
Kochanski (Henri), boutons, un chevron, une étoile à l'intérieur (H K)
Koiran, bij. à façon, un patin pendentif (S K)
Koplovitch (K.), joaill. à façon, une croix de Saint-André (K K)
Korchia (Léon), orf., un pique surmonté d'un O (L K)
Kowarsky, bij. fab., une tête d'élan, une étoile au-dessus (L K)
Kraig (Henri), bij. fab., une armoire composée de 3 montagnes surmontée d'un oiseau, d'une fleur de lys et de 2 étoiles (H K)
Krantzler, joaill., un perroquet (M K)
Krantz, joaill., un trèfle et une étoile (M K)
Krieg, bij. à façon, un compas (E K)
Krieg, bij. à façon, un cercle coupé par deux diagonales (E K)
Krivine, bij. en bout., une comète (M K)
Kronenberger, bij. or, la Tour Eiffel (S K)
Krougly, joaill. fab., une tête de chevreuil (A K)
Kunsler (Vme** Marie)**, bij. fab., un taureau (M K)
Kurvitz, joaill. fab., un pigeon (A K)
Kurdjian, bij. fab., une tête de renard (V K)
Kwasniewski, joaill. fab., une feuille de lierre, 2 points au-dessus (T K)
Kyriadzidès, joaill. fab., une épée (D K)
Manassevitz, joaill., 2 traits horizontaux parallèles (S M)
Mendel (L.), bij. en bout., un clou (L M)
Mérat (A.), orf., une glandée (A M)
Metropolitanski (J.), joaill. fab., une marmite (J M)
Meyrovitch (I.), joaill., 2 trèfles à 4 feuilles (I M)
Miani, joaill. fab., une rame de bateau (M M)
Minassian, bij. fab., majuscule M en caractères arméniens (A M)
Miral (Albert), orf. argentée, une étoile dans une ovale (A M)
Mirra (Salvator), joaill., un épi de blé (S M)
Molinéri, bij. or, une hélice (J M)
Moscovicy, bij. fab., 5 points (A C)
Nadal, orfèvres, un homard (NADAL)
Naninck, bij. fab., un pot-au-feu (G N)
Narmé, joaill., un rasoir (L N)
Nechiche, bij. fab., une fourmi (N R)
Nectoux (Mme), orfèvre, une marguerite, un bouton et une feuille (M N)
Négromi (Philippe), grav., un burin (P N)
Nemejansky (C.), joaill. fab., un nœud de ruban (C N)
Nérand, bij. fab., un chien (L N)
Neuhaus (A.), bij. joaill., un nœud et quelques roses (A N)
Neuman, joaill., une chaise (M N)
Niederman (Gerson), joaill., une flèche (G N)
Niquet, bij. argent, un moulin à vent (C N)
Nisand (G.), graveur, un croissant avec 2 étoiles (H N)
Noël (Albert), orf., une branche de vigne (A N)
Noël (L.), bij. fab., la lettre X (L N)
Noël (Pierre), joaill. fab., une rose de Noël (P N)
Nogue, bij. deuil, un rasoir (F N)
Noirot (Pierre), bij. relig., une couronne (P N)
Normand, médailles, un chêne (N & B)
Novodworsky (A.), joaill. fab., un pot et une étoile au-dessus (N A)
Okrent et Davidowicz, bij. fab., un bateau à voile (O & D)
Ostrovieski, joaill. fab., un bonnet phrygien (A O)
Panier (R.), orf. argentée, un panier (R P)
Panon (M.), bij. fab., une croix gammée (symbole pré-nazi, d'origine hindoue/orientale très fréquent en bijouterie traditionnelle à cette époque) (M P)
Perelman (A.), bij. à façon, un croissant avec 3 rubis égyptiens (initiales A P)
Poliacoff, bij. fab., un panier (initiales P)
Pollak, bij. fab., une ancre de marine (initiales L P)
Rajchmann, bij. fab., un lion (initiales R)
Rakower (Max), montres, un pigeon (initiales M R)
Rasumny, chevalières, un casque de poilu surmonté d'une étoile (initiales R)
Rosenblum, joaill. fab., une étoile et un poignard (initiales A R)
Rosenberg (Israël), bij. à façon, une fleur de millet (initiales I R)
Rosenfeld (Bernard), bij. à façon, une rose avec 2 feuilles (initiales B R)
Rosenfeld (Georges), bij. fab., rose avec 2 feuilles (initiales G R)
Rosenzweig, bij. fab., une rose (initiales M R)
Roudman, joaill., une roue (initiales Y R)
Rubenstein (J.), bij. joaill., une demi-lune (initiales J R)
Sarfian, joaill. fab., une fourmi (initiales C S)
Sasportas, bij. fab., SAS (initiales S)
Scherer (Salomon), joaill. fab., une pierre avec un brillant entre deux extrémités (initiales S S)
Schneiman, bij. or, un sabre (initiales J S)
Schusterman, joaill. fab., 3 grenades en triangle (initiales D S)
Silberstein (Guillaume), maroq., un crocodile (initiales G S)
Silberstein (Maurice), bij. fab., une tête de chien (initiales M S)
Slucki, bij. fab., une flèche et une étoile (initiales H S)
Sternberg, bij. fab., un épi de blé (initiales S & D)
Stora (Benjamin), orfèv., une équerre à plomb (initiales A S)
Szwac, bij. fab., une colonne (initiales M S)
Szkolnik (A.), bij. fab., un trèfle à 4 feuilles (initiales A S)
Tszvkin, bij. à façon, une tête de perroquet (initiales M T)
Vainrib, bij. fab., un papillon (initiales E V)
Vartanian, montres, une bélière de montre (initiales V)
Vassilewsky (S.), bij. or, une pensée (initiales S V)
Volovitsch, bij. fab., une aile d'avion avec étoile (initiales A V)
Waxman (Madeleine), joaill. fab., un bilboquet (initiales M W)
Weill (Maurice), joaill., un phare (initiales M W)
Weinstein (Josué), joaill. fab., une grappe de raisin (initiales J W)
Weiss (Geo.), joaill., un sphinx (initiales G W)
Winerbet (Georges), joaill. fab., un requin (initiales G W)
Wisoune (Nochim), bij. fab., une pincette (initiales N W)
Wlodow, bij. fab., une clé (initiales S W)
Worms (Établ.), horl., un diabolo (initiales E W)
2. Profils remarquables en Banlieue (Seine)
Arzoumanian, au Perreux, un point carré (initiales M A)
Schulmovitch, à Saint-Ouen, un papillon (initiales S C)
Volfovsky, bij. fab., une hirondelle (initiales V)
Weil (G.), à Saint-Ouen, une marguerite (initiales G W)
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